mercredi 6 septembre 2017

Un petit coup de main pour la Cinémathèque de Bretagne

Si vous passez par Brest ou Nantes, la Cinémathèque de Bretagne expose les photos et valorise les films de l'arrivée des Américains à Brest en 1917, sous forme de ciné-concert jazz ou de projections-conférences. Et pour lancer l'édition d'un DVD qui regroupera tout cela, elle lance une campagne de financement participatif !

Retrouvez extraits et description des projets sur la plateforme Kengo !

Egalement sur le site de la Cinémathèque de Bretagne ou sur sa page Facebook.

N'hésitez pas à relayer autour de vous, ce sont des images et un projet qui me tiennent à cœur.

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samedi 28 janvier 2017

En rade

J’ai promis. Je me suis promis. Et puis à d’autres aussi. Aux fidèles qui me demandent parfois si je reprendrai le cours de mes billets un jour (salut amical à Sprite). J’aimerais bien.

Je m’étais dit en arrivant ici que je ferais revivre mon blog, pour conter mon aventure bretonne, pour garder le contact avec les amis lointains, en trouver de nouveaux peut-être. Mais je manque de temps. Quand j’ai fini de bosser 12 heures par jour 6 jours sur 7, parfois plus, celui qui me reste est consacré à m’émerveiller devant les paysages qui m’entourent, y compris Brest la blanche que je trouve belle, intense et douce. A explorer les environs, à exercer quelques activités pour créer du lien en dehors du boulot (un atelier d’écriture, des cours d’œnologie, du kayak, un peu de danse parfois, pas assez…), bref je n’ai pas vu passer mes quinze premiers mois sur cette terre chérie.


Chaque jour qui passe je me dis que j’ai fait le bon choix, à tous points de vue : professionnellement un chantier passionnant, une équipe idéale, des responsabilités nouvelles, en lien avec tous les acteurs culturels bretons, (et Dieu sait qu’il y en a, cette région est un vivier d’art, de culture et de traditions), bref, je ne pouvais rêver mieux (et par-dessus le marché, la boite que j’ai quittée à Paris pour venir ici est en passe de fermer aujourd’hui !...). En qualité de vie, cela ne se calcule même pas : je suis rentrée dans le club très fermé de ceux qui voient la mer chaque jour, vont à la plage le week-end en été et se baigner après le boulot. J’ai baissé mon salaire de 25% mais je vis beaucoup mieux néanmoins, tout est tellement moins cher : le loyer de mon appartement de 75m² est à peine celui d’une studette parisienne, un trimestre de cours de danse ou de club de gym équivaut tout juste à un mois d’abonnement dans la capitale, et tout est l’avenant.

Ce qui me manque de ma vie d’avant ? Mes amis bien sûr, on ne remplace pas en un an des amitiés de 10, 20, 30 ans ou plus. Mais je suis tellement mobilisée par mon boulot où je rencontre tellement de monde que je ne ressens pas trop la solitude. Et puis il y a internet, skype, les mails et les textos quotidiens. Et j’ai instauré des apéros-téléphones qui fonctionnent plutôt pas mal (si, si, on se donne rendez-vous à l’heure de l’apéro, on s’installe chacun(e) de son côté avec une bouteille de blanc et des cahuètes, et on piapiate en trinquant à distance. Quelquefois on est chez soi, quelquefois sur une terrasse - parisienne pour l’autre, face au port pour moi - ça peut durer des heures et on est même parvenus à finir très très très pompettes avec quelques-uns, mais ça fait du bien !)

Etrangement, ce qui me manque – un peu – c’est de parler anglais ! C’est vrai, je passais une bonne partie de ma vie professionnelle avec des gens du monde entier et nous baragouinions* la langue de Shakespeare avec tous les accents possibles. Et j’aimais ça. Mais je trouverais bien quelques cousins Grands Bretons par ici pour pallier ce manque.

En revanche, les voyages ne me manquent pas tant que ça, je suis tellement ici là où je dois être… J’ai adoré tous mes voyages professionnels, et j’en ai bien profité, mais j’ai ici l’air que j’ai envie de respirer et les plus beaux paysages du monde à mes yeux, alors… Il est vrai que j’ai connu des endroits féériques que j’ai visités dans des conditions idéales, que j’ai assisté à des réceptions somptueuses et bu du champagne dans des décors de luxe, face à la baie de Rio ou sur la terrasse du Palais Farnese à Rome, entre autres lieux enchanteurs. Mais je n’ai pas connu meilleur breuvage que ce verre de cidre offert l’été dernier, au cœur de la splendide baie de Douarnenez, en pleine mer sur le pont d’un vieux gréement. Une bouffée de bonheur extrême, comme j’en connais souvent ici. Quelle chance j’ai.

Cerise sur le gâteau (ou sur la crêpe), après une trentaine de visites, j’ai trouvé MA maison. Comme une évidence. Une ferme qui porte l’année 1898 gravée dans le granit de son fronton, toute de pierres et de blancheur, un jardin face à la mer, nichée au creux de la rade de Brest, cette merveille méconnue. Entre mer et campagne. J’ai hâte de vivre là, de devenir familière du vieux noyer, du camélia géant, des hortensias bleus et roses, du hangar qui abrite encore quelques vestiges agricoles : une carriole de bois et son attelage, un soc de charrue fier et rouillé, un vieux sabot oublié qu’on a accroché près de la cheminée et que l’on me laisse car il est là chez lui. Comme moi dans quelques semaines. J'essaierai de raconter ce rêve qui devient réalité.


Et au fait, bonne année ! Il est tout juste temps !

  • du breton "bara" (pain) et "gwin" (vin), enfin c'est ce que j'ai toujours entendu dire, mais il y a d'autres hypothèses ici.

dimanche 14 février 2016

Brest, même…

J’ai enfin trouvé le chemin. Huit ans après mes premières tentatives de retour en Bretagne, une porte s’est ouverte dans laquelle je me suis engouffrée. Sans peur. Avec bonheur. Evidence. Chez moi, le bout de la terre, le bout d’un long chemin.

Je vis à Brest depuis novembre. Il y a la mer au bout de ma rue et par la fenêtre de mon bureau. Des goélands à la place des pigeons parisiens. Des arcs-en-ciel greffés dans l’azur et les nuages un jour sur deux car le temps change toutes les 10 minutes et tous les 10 mètres. Du vent sans relâche, musique de mes nuits, lutte des jours vacillants. Il faut tenir bon sur ses jambes, ici.

Un gros challenge professionnel dont je ne pourrai parler ici. Passionnant, un rien effrayant, enthousiasmant et épuisant. J’y consacre beaucoup d’heures de mes journées, sept par semaine, de mes nuits sans compter, avec l’impression de ne suffire à la tâche parfois malgré toute cette énergie. J’aurais été incapable de ce pari il y a 8 ans quand je tentais de venir ici. Mon heure n’était pas venue. Je suis aujourd’hui à ma place, sentiment paisible et exaltant.

J’habite à « Bress-même », comme on dit ici en mangeant le T final de cette cité pleine de majesté. Détruite et reconstruite à la hâte après la guerre, elle a aujourd’hui pris le cachet des endroits de caractère. Des blessures pansées et cicatrisées mais jamais oubliées. Je la trouve infiniment belle, cette ville du bout de la terre qui m’accueille aujourd’hui comme un évident chez-moi. Ai-je déjà vécu à ce point ce sentiment d’être là où je dois être, jour après jour ? Je ne crois pas. Joie sereine.

Je ne connais personne ici, mais les gens sont accueillants. Mes amis de Paris me manquent bien sûr. J’ai fait avant de partir une jolie fête d’au revoir, huitres, galettes et Paris-Brest gaiement arrosés et dansés au menu. C’était bon. Ici, je n’ai pas encore suffisamment de copains pour faire le tour de ma table de bois, mais je ne suis pas inquiète, ils viendront petit à petit, anciens et nouveaux à venir.

D’ici un an ou deux, je chercherai « ma maison », tant rêvée, aujourd’hui possible, pas loin d’ici, proche dans le temps. Le temps d’explorer les alentours, de trouver l’endroit où j’aurai envie de rester, de me poser pour la suite de ma vie.

Depuis hier j’ai un compagnon tigré que j’ai appelé Siam. Comme la rue de Prévert, de Barbara, artère principale de Brest, dont les fontaines de granit vous arrosent d’embruns les jours de vent, où l’on trouve Dialogues, la plus belle librairie que je connaisse, au bout de laquelle les grues du port veillent sur l’eau scintillante au soleil du soir.

Mon Dieu, que je suis heureuse de vivre là.

Brest_decembre_2015.jpg Le bout de ma rue...

mardi 2 août 2011

Dimanche 1er août

Neuf heures : on enfourche les vélos. Les maisons de pierre sont endormies et l’on arrive à la plage déserte dans le silence. La mer est haute et transparente, le soleil frais et le ciel clair. Quelques centaines de brasses matinales avant de remonter sur nos vélos pour un petit déjeuner ensoleillé, beurre salé et confitures de mûres du jardin. La journée commence bien.

Un tour de marché rapide pour acheter quelques galettes, du pain et du jambon pour le pique-nique du midi. Nous avons rendez-vous au port : on embarque à 11h30.

Trois bateaux qui se suivent ou s’entrecroisent jusqu’au large. J’ai salué Saint Malo la belle en passant. Cela fait bien longtemps que je n’ai eu autour de moi le cercle parfait de la mer sans l’ombre d’une terre à l’horizon.

Chausey, une collection d’îles et de rochers affleurant la surface de l’eau ou dangereusement cachés. Il convient de serpenter avec prudence si l’on ne veut pas y abimer le bateau, ou même le percher, spécialité locale.

Nous nous arrêtons au milieu d’un cercle pointillé de roches brunes et vertes et je saute à l’eau. Je suis vite entraînée un peu plus loin par le courant et mettrai longtemps à le combattre pour regagner le bord. Un verre de muscadet frais et quelques tartines roboratives me réconforteront d’un effort épuisant.

Très vite la mer se retire et nous pose sur le sable. Le paysage est lunaire. Je marche là où je nageais péniblement il y a à peine une heure. Les bateaux sont obliques et les pêcheurs à pied fouillent sous les rochers avec de longues tiges, débusquant crabes, étrilles et homards. Personnellement, je préfère traquer les anémones vertes et roses avec mon appareil photo et remettre à l’eau les lançons surpris par la marée haletants sur le sable.

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Tout à coup un mouvement irrépressible : la moindre flaque d’eau revit et se met en marche. Elle rejoint ses congénères, des volutes d’eau se forment à toute allure et courent vers les bateaux plus vite qu’un galop. Le paysage de sable redevient liquide, mouvant, il pourrait être menaçant, se venger des crustacés qui se débattent dans les seaux et les paniers. Nous sommes remis à flot en un éclair, les algues se redressent à la verticale, les lançons ont fini de suffoquer, les crevettes sont en sécurité et les anémones vont refleurir. Nous repartons en file indienne, le bateau de tête zigzaguant entre les rochers traitres.

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On passe le petit port de l’île principale et ses quelques maisons. Des enfants plongent du ponton entre les bateaux. Et puis le large à nouveau.

Bien au chaud dans ma veste de quart, je m’alanguis presque aux côtés du capitaine, émerveillée comme toujours de la splendeur de l’horizon de mille bleus et verts quand un mouvement dans l’eau me fait bondir. Et crier pour prévenir : « Des dauphins ! ».

Les bateaux s’arrêtent. Et ils tournent et plongent et émergent tout autour de nous, saluant chaque bateau à son tour, dirait-on. Ils sont une dizaine peut-être, leurs ailerons en file indienne, leurs nez ronds bondissants hors de l’eau, leurs corps gris et lisses à la suite, la queue replongeant la dernière. Nous sommes tous comme des enfants, riant et s’exclamant devant ce prodigieux cadeau. Mes yeux sont tout mouillés d’émotion, rien que de l’écrire encore aujourd’hui. C’est la première fois que je vois des dauphins ainsi. Quelqu’un dit « fais un vœu ». Je n’ai pas d’autre vœu à faire que celui d’être là à vivre cet instant magique. Apothéose d'une journée parfaite. Est-ce que cela ne s’appelle pas le bonheur ?

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dédicace amicale spéciale à Paco Barn de ce billet, des dauphins merveilleux, de la mer belle, d'une région qu'il connait bien.

jeudi 5 août 2010

Bretagne, été 2010

Mes vacances bretonnes vont s’achever dans quelques jours. Je les poursuivrai dans une île de Méditerranée, un village écrasé de chaleur au ciel immuablement bleu. J’aime celui d’ici aux couleurs mouvantes, à l’humeur changeante, aux nuages filants qui dessinent des visages mobiles et amicaux. J’en vois beaucoup ici des visages, des regards, des sourires imaginaires, invisibles sauf pour mes yeux et mon esprit vagabond : dans l’herbe du jardin et la mousse de l’allée d’ardoise, dans les détours de la vigne lourde de grappes, promesses d’automne, les feuilles du cerisier tardif, dont les nez rouges et rebondis enchantent mes petits-déjeuners.

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Comme chaque été, je refais ici le plein de calme, d’air, de mer et de plaisirs tranquilles (et aussi de kilos, les spécialités locales sont roboratives et l’ordinaire familial copieux et festif, toujours…). Mon destrier-vélo fidèle et huilé de frais à mon arrivée m’emporte chaque jour vers la marée. Les petits marchés locaux regorgent de plaisirs sucrés, de colifichets colorés, de babioles qui ne serviront qu’à se rappeler l’été au cœur de l’hiver : les bulles de verre turquoise qui flottent à mes oreilles n’auront pas le même reflet de soleil marin dans les rues de Paname, peu importe, j'y verrai tout de même un souvenir de bisquine sur mer si bleue.

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Je chine dans les vide-greniers du dimanche matin des merveilles kitsch et indispensables : une Tour Solidor irisée, en hommage à la vraie qui m’accueille de loin quand je passe le barrage de la Rance, à jamais pour moi baptisée Porte des Vacances, une loupiote rouge au creux d’une moule de faïence, environnée de deux poissons rigolards, et un porte-savon d’où salue une petite baigneuse de porcelaine à l’air sage avec sa charlotte de bain… mais dont on aperçoit les fesses nues en retournant l’objet ! Et dans une boutique de Quimper, un couple bigouden tout blanc qui viendra enrichir mon "petit coin de Bretagne à moi", dont il faudra que je repousse les murs un jour pour y faire tenir tous mes souvenirs d'ici !

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Dans mon lit, le soir, le matin, la nuit, je lis et relis Etty, sereine, encore et toujours émerveillée de trouver à chacune de ses pages un bout de moi, parfois inexpliqué, ma si précieuse amie, ma semblable de tant de sentiments, de perceptions, d’imperfections combattues ou non. Je ne m’étais pas encore plongée vraiment dans l’intégralité de ses écrits, trop denses pour être lus dans le métro parisien avec l’attention nécessaire. Ici, le crayon à la main pour en souligner tant de passages essentiels, je la retrouve plus complète, indispensable sur mon chemin.

Je passe quelques jours amicaux dans ce Finistère aimé qui n’est pas encore ma maison : les emplois auxquels j’ai postulé là-bas n’ont à ce jour rien donné. Je ne suis pas pressée : je saurai toujours trouver le chemin du bout de la terre, de ses couleurs ardentes, de ses mille merveilles, en promeneuse éphémère pour l’instant, pour quelques langoustines goûteuses du côté de l’Ile Tudy, où les culottes locales sèchent sans complexe au vent venu du large, pour des hortensias multicolores et des roses trémières dressées fièrement devant des maisons blanches ou de granit, pour une mini-chapelle nichée au creux des Monts d’Arrée, repeinte naïvement de couleurs gaies et restaurée grâce à la passion de gens du cru. J’y écoute le violon et la voix chaude d’un musicien devenu ami par la grâce de ce blog, que je ne remercierai jamais assez pour ces immenses cadeaux-là. Dehors, après le concert, on boit du cidre et l’on mange des crêpes, et soudain s’élèvent des voix d’hommes dont le chant vif se répond, une bombarde aux notes stridentes, un accordéon, et quelques-uns dansent, naturellement. Je suis si heureuse d’être là.


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Chapelle de Trénivel

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Ah, n'y voyez aucune mégalomanie de ma part, mais le Traou Mad se porte géant, cette année.

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mardi 4 août 2009

Août déjà, un matin

Se réveiller au son de turbine ronronnante du chat qui quémande un câlin et effectue un gymkhana savant sur l’oreiller, vous tirant affectueusement les cheveux au passage. La montre avoue 5h00. On envoie promener le fauve.

Nouveau réveil miaulant et caressant. Il est 7h00. D’accord. On se lève en titubant pour ouvrir un sachet de pâtée molle (on évite le poisson, écoeurant à cette heure) pour le vieux chat qui a perdu le seul croc qui lui restait lors de sa virée nocturne de la veille, on se demande comment.

On se recouche, bien décidée à reprendre son rêve là où on l’avait laissé, et pour un moment. On se souvient soudain que la mer est haute à 7h15. Oh non, trop loin du lit la mer…

Et puis si, on se relève. On met le café en route. Un maillot, une serviette, le vieux vélo. Il n’est pas encore 8 heures. La plage est déserte, l’eau frémissante de vagues fraiches. On va jusqu’aux bateaux et retour. Brasses régulières, bienfaisantes.

Les cheveux mouillés entortillés, le maillot sablé noué autour du guidon, on revient vers la maison par les petites rues de pierre ponctuées de roses trémières, nue sous une robe douce, la serviette lourde de sel autour du cou.

On est accueillie par un chat qui s’endort repu et reconnaissant, une odeur de café, un rayon de soleil sur la vieille table de bois qui éclaire joliment la faïence bleue des déjeuners bretons chinés chez un brocanteur la veille.

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On entend son nom appelé par-dessus le portail. Une balade à vélo ? Oh oui ! Un paysage de petits chemins de campagne le long d’un bras de mer, beau et silencieux. Un rien cahotant. Et un petit crachin bref et bienvenu sur le retour pour se rafraichir après l’équipée. Tiens, si on retournait se baigner ?

La serviette n’a pas eu le temps de sécher du bain de 8 heures. Tant pis. Enroulée dans ses rayures d’éponge roses et blanches, les pieds dans le sable doux, regarder le petit phare bleu au loin, les bateaux comme des virgules blanches et les mouettes comme des circonflexes, la trouée de lumière dorée insensée sur l’ile aux oiseaux, l’horizon bleu-vert mouvant.

Remercier le Ciel, la Mer, le Vent, la Vie, d’être née ici.

mercredi 29 juillet 2009

Vacance, vacances

Je ne connais pas de bien-être plus grand que de partir en vacances épuisée. Et de savoir que s’allongent devant soi trois pleines semaines de… rien.

Les quelques mois écoulés m’ont vue crapahuter en tous sens pour faire visiter mon appartement bellevillois en vue de le vendre (70 visites en deux mois, j’y ai consacré du temps et de l’énergie pour ne pas devoir laisser une commission à une agence). J’ai ensuite enchainé avec les visites d’un nouveau logement (en location celui-là, j’entame une période de transition avant de savoir où diriger mes pas). Le tout entrecoupé de quelques épisodes professionnels pas tout à fait négligeables (Festival de Cannes & tutti quanti).

Je viens d’achever la dernière ligne droite du déménagement : une bonne centaine de cartons qui ont formé des canyons vertigineux dans mon ancien appartement puis le nouveau, au grand étonnement des déménageurs qui ont prétendu avoir rencontré des familles de 4 ou 5 moins encombrés équipés que moi.

J’ai laissé une bonne partie de ceux-là (les cartons) reposer doucement dans la pénombre de mon nouveau logis parisien et ai pris la route de la Bretagne, soulagée, n’ayant en tête que trois idées : dormir, me baigner, buller.

Charouk le chat, un peu stressé par le changement de son logis (et sans doute aussi d’avoir quitté son amoureuse du 6è à qui il miaulait aubade et sérénade jour après jour) a été ravi de retrouver la campagne des vacances : il a passé les trois premières nuits en vadrouille, rentrant au petit matin égratigné, affamé et câlin. J’espère qu’il ne rencontrera pas sur son chemin une voiture assassine ou un renard belliqueux et friand de félin pour son petit déjeuner.

J’ai retrouvé ma vieille porte délavée juchée sur ses tréteaux malmenés par l’hiver, qui accueille sans faillir à l’ombre du vieux cerisier le café du matin, le muscadet frais de l’apéritif, mes cahiers et mon ordinateur s’il me prend le courage d’écrire un peu. Une rose trémière d’un beau pourpre a enfin daigné fleurir à côté du vieux fumoir à poissons recyclé en range-outils. Le potager nous offre une salade chaque soir, parfois une courgette, et je chipe à la passiflore grimpante son tuteur-fil de fer pour sécher ma serviette salée après le bain du matin. Mon t-shirt nocturne fleure bon le linge frais lavé parfumé de jardin. Je suis bien.

potager d'été

Repos. Silence. Sommeil. Rêveries. Je dois deux heures par jour à mon genou blessé, malmené par mes activités des derniers mois qui l’ont sollicité au-delà de ses forces : je le tartine d’argile fraiche et ai ordre de rester tranquille. Je ne me fais pas prier.

J’irai peut-être faire un tour dans mon Finistère adoré. Pas sûr. Cela dépendra de ma jambe fragile, de mon énergie recouvrée, du temps que je m’accorderai pour profiter d’ici, de mes parents, de ce paysage aimé, de ce jardin ami, de l’heure de la marée et de l’âge de mon petit capitaine intérieur qui me souffle pour l’instant de ne pas bouger. Et d’écrire, si je peux, et de lire. Pour commencer, le merveilleux « Eloge de l’ombre » de Tanizaki, premier choisi de la pile de livres emportés ici, qui nourrirait quelques mois, j’ai toujours « les yeux plus grands que le ventre » en matière de lecture. En guise de marque-pages, j’ai glissé dans l’essai japonais une feuille ramassée dans l’herbe, qui y séchera à son gré et imprimera peut-être au papier l’empreinte en relief de ses nervures fragiles.

mercredi 8 juillet 2009

Complètement à l’ouest

Drôle de tournesol je fais, tourné vers l’ouest. Toujours à l’ouest. Mon soleil à moi est là-bas. Même quand il n’y en a pas (et pour ceux qui seraient tentés de faire des réflexions vaseuses, il y en a beaucoup du soleil ! Et je suis extrêmement susceptible sur ce sujet, tenez-le vous pour dit).

Mon menton se tend vers le couchant, et mon corps à sa suite. Il me faut lutter pour rester là où je suis, loin de mon ouest. Si ça se trouve, je dois être un peu penchée, tout le temps, flèche humaine pointant la côte découpée en forme de visage tout là-bas. On dirait un cri, une bouche hurlante. Ou juste qui avale à grandes goulées l’air du large, je ne sais.

C’est pour cela sans doute que ma tête penche de côté souvent. Pour écouter le bruissement du vent ou des vagues qui me parvient de là-bas, infime et essentiel. Le son de ma vie, couvrant celui de la ville, parce que gravé dans mes oreilles à jamais.

Dans mes yeux il y a les couleurs fauves et le bleu-gris-vert-noir de la mer des jours de colère. Jours de joie. Infinie. Je suis née de cette aquarelle-là, violente et pastel tout à la fois.

Je ne cesserai jamais de respirer des embruns imaginaires, des souvenirs d’algues, d’aspirer le vent salé même s’il est loin de moi et couvert par les odeurs du train souterrain qui étouffe. Le temps s’efface, l’espace se ratatine et je suis là-bas, tout le temps. Même quand je n’y suis pas. Bretagne est terre de légendes et de magie. Je l’emmène avec moi dans une goutte d’eau, un grain de poussière voltigeant, un rayon de lumière couleur lune, un cri d’oiseau inconnu. Tout me la rappelle. Tout m’y ramène. Pensée, corps, âme. Quand j’ai l’air heureux, c’est sans doute que je suis là-bas. Même si j’ai l’air d’être là, à cette terrasse de boulevard.

Bientôt, bientôt, très bientôt, les tours de roue du train vont m’emporter à l’ouest, rythmant mon bonheur grandissant. Enfin à l’ouest. Pause adorée. J’ai rendez-vous avec l’essence de moi. Chez moi. Nul autre endroit ne peut porter ce nom. Pourtant, là où je pars dans quelques jours, je resterai encore un peu penchée. Vers l’ouest. Encore un peu plus loin à l’ouest. La fin de la terre est mon aimant. La bouche ne hurle pas, en fait, elle m’appelle, elle chante, elle susurre des mots d’amour, elle m’aime sans doute aucun. Finistère est ma sirène.

Finistère

dimanche 18 janvier 2009

L'offrande à Santig Du

Me voilà de retour à la capitale depuis une semaine, je trouve la fréquentation du métro un peu plus difficile qu'auparavant...

Je suis entrée dans une valse de nuits sans sommeil, qui promet de durer quelques temps, envahies qu'elles sont de pensées tournoyantes, excitation et peur mêlées, conjectures sans fin, hypothèses contradictoires, si ça marche... si ça marche pas... Bretagne... pas Bretagne... folle... pas folle... Sueurs froides du coeur de la nuit qui fait voir en noir les trucs gris clair... Exaltation du matin un peu saoul de fatigue qui donne envie de faire ses malles là, maintenant...

Boss m'a accueillie à mon retour de vacances par des bras grands ouverts, un baiser sonore sur chaque joue et des souhaits de bonne année chaleureux, se félicitant qu'elle nous verrait à nouveau travailler ensemble et réaliser de beaux projets. Glups.

Réunion de début d'année où l'on établit le programme à venir, les grandes étapes des 12 prochains mois. On parle de mai à Cannes, d'octobre à Rome. Et ce projet sur lequel on bosse depuis des mois va se concrétiser bientôt... C'est formidable, hein Traou ?! Glups. Je prépare cette opération depuis plus d'un an et je ne la verrai peut-être pas. Glups.

Ce serait plus simple si j'avais un boulot moins passionnant et si Boss était un sale con. En fait.

Après six mois tendue vers cet objectif, j'arrive au point où il se rapproche... dangereusement (c'est ce qui m'est venu en premier à l'esprit), et où je commence à ralentir le moteur, voire à envisager la marche arrière, tant il est vrai que la perspective du changement excite autant qu'elle effraie. Que commencent à se bousculer dans ma petite tête les négatifs des photos idylliques du début de ma quête. Et les petites phrases perfides :

Ma pauvre fille, est-ce que tu n'es pas complètement marteau de vouloir laisser tomber ce job en or que tu as tout fait pour décrocher il y a 5 ans ?!!! Finies les balades à Rome, Berlin, Madrid...

Tu te plains de ta solitude, mais crois-moi, quand tu auras emménagé dans une maison à la cambrousse dans une région où tu connais 5 personnes réparties sur 3 départements, tu vas en avoir un aperçu puissance 10, de la solitude !!!

Et si tu te plantes ? Si ça ne marche pas, ce job ? Tu fais quoi ? Tu reviens la tête basse supplier Boss qu'il te reprenne ?

Bon, ça c'est la petite Traou acariâtre et pessimiste, vêtue d'une cape rouge et qui arbore oreilles pointues et sabots fourchus, juchée sur mon épaule gauche, qui me tient ces propos, un peu plus fort que d'ordinaire depuis que je sais que ça peut se faire.

Sur mon épaule droite, j'ai une petite Traou tout de ciel vêtue, rigolarde et rassurante, qui me répète depuis 6 mois que ce dont j'ai tellement envie il faut le faire, que je vais rencontrer plein de gens formidables et que tout se passera bien...

Entre les deux, je me dis le plus souvent, que j'ai toujours préféré regretter d'avoir fait les choses que de ne pas les avoir faites, que j'ai lancé cette machine pour de bonnes raisons et que je souffrirais certainement de l'arrêter maintenant. Mais maintenant qu'il y a un job identifié en jeu, que j'ai de bonnes chances de l'obtenir étant donné mon profil et les premiers contacts que j'ai pris, et que la date d'attribution se rapproche à grands pas (je serai fixée d'ici un mois, ce qui signifie un départ mi-avril si ça se fait...), pour ne rien vous cacher, je pète de trouille, j'ai une peur bleue, j'ai les tripes qui se nouent, je flippe ma race !!!

Mais c'est ma faute aussi : j'ai quand même mis en oeuvre tout ce qu'il est possible pour décrocher ce job en Bretagne, croyez-moi ! D'abord j'ai un gri-gri infaillible, confectionné sans doute par quelques elfes en forêt de Brocéliande ou une troupe de korrigans des Monts d'Arrée, et qui est arrivé jusqu'à moi de façon fort magique (parfaitement : une enveloppe timbrée par une pêcheuse de baleine) au moment où je commençais à mobiliser mes pensées vers un retour au pays. Je vous présente mon gri-gri préféré, elle s'appelle Rozenn et me suit partout où je vais. Et ne vous avisez pas de rire de sa coiffe ou de son tablier, elle a un sale caractère (une bigoudène, pensez...) :

Rozenn

Ensuite, j'ai profité de mon séjour finistérien pour consulter les autochtones sur les modalités à suivre pour en devenir une à mon tour, d'autochtone. On m'a conseillé moult sortilèges traditionnels, comme d'aller piquer le nez de Saint Guirec sur la plage de Ploumanach pour me marier dans l'année, mais j'ai épargné le pauvre Guirec (cette fois-ci, il ne perd rien pour attendre !), car je vais éviter de courir tous les lièvres en même temps, j'ai déjà suffisamment à faire avec ce projet de migration.

La deuxième recommandation était d'aller offrir du pain à Santig Du dans la cathédrale (et non pas église, merci Kab-Aod) Saint Corentin, à Quimper, tradition pour retrouver un objet perdu (c'est le Saint Antoine de Padoue local) ou pour toute autre requête. Sur les conseils avisés de ma pêcheuse de baleine pourvoyeuse de gri-gris bigoudens, j'ai amélioré l'ordinaire du brave Santig Du (mort de la peste, le pauvre homme, en soignant les malades), et déposé à ses pieds... un Traou mad. La preuve en images :

Santig Du

Santig Du

Traou Mad

Santig Du

Mais ce qui me rend confiante dans ce projet malgré les angoisses de ces derniers jours (bien normales, au fond, ce qui serait inquiétant, c'est que j'y aille la fleur au fusil et sans peur d'aucune sorte, ce serait de l'inconscience), c'est ce petit visiteur d'un jour de soleil et de froid, là-bas au Cap de la Chèvre où nous attendait un soleil du soir si intense qu'on n'aurait pas été surprises d'entendre une voix profonde s'élever de derrière les nuages pour nous délivrer un message. Un petit visiteur amical, venu se percher sur mon rétroviseur à peine nous étions-nous arrêtées au bout de la route avant le cap. Un rouge-gorge, sautillante boule de plumes, symbole de renouveau, il paraît (Merci pour la photo, Anita !)

le rouge-gorge du Cap de la Chèvre

Cap de la Chèvre

dimanche 4 janvier 2009

Quelque part à la fin de la terre

Je bois un verre de cidre pression en regardant la mer et le balancement des mâts du port de Morgat. Début d'année vagabonde sur les routes du Finistère dont chaque détour m'émeut, me remplit de joie. Je suis d'ici, je reviendrai là. A ma place, infiniment. J'en suis chaque jour un peu plus certaine, c'est là que j'aimerais poursuivre mon chemin.

Chaque matin m'éveille avant le soleil, qui arrive tard du côté de Douarnenez et m'offre des ciels rouges à n'y pas croire. Hier soir, en route vers Saint Pol de Léon, venant de Quimperlé, la traversée des Montagnes Noires m'a fait cadeau d'un crépuscule pastel, un trésor de perspective, chaque mont un peu plus bleuté que son précédent découpé délicatement sur azur rose et jaune. J'ai arrêté la voiture, coupé le moteur et versé quelques larmes de tant de beauté.

Je suis heureuse ici. Croise des amis qui deviendront bientôt des voisins, je l'espère. Il y a un espoir de travail quelque part au sud... peut-être bientôt en 2009, j'aurai un code postal en 29... Je croise tous les doigts que j'ai et il y a un saint dont j'ai oublié le nom bizarre à qui je dois paraît-il offrir un pain dans l'église Saint Corentin de Quimper pour exaucer mon voeu. J'irai à la boulangerie dès demain !

A vous tous qui passez ici, j'offre tous mes voeux d'un bonheur aussi flamboyant que celui qui m'est offert chaque matin. Bonne année à vous !

Morgat

lundi 14 juillet 2008

Mal du pays

Il y a parfois des évidences qui prennent leur temps pour arriver jusqu’à la conscience. Comme des graines que l’on aurait semées il y a longtemps, parfois même à notre insu, et oubliées. Les saisons ont passé, quelquefois les années, la graine a germé, poussé timidement, affronté le temps et les intempéries. Une pousse est sortie de terre que l’on n’a même pas vue, un bourgeon minuscule est apparu auquel on n’a pas prêté attention, il s’est étoffé courageusement, a grossi et profité, et tout a coup une fleur s’est ouverte qu’on découvre soudainement et avec stupéfaction parce qu’on ne se souvenait pas avoir planté quelque chose de semblable, que l’on a nourri et encouragé en toute inconscience.

J’ai vu éclore ces dernières semaines une fleur imprévue dans ma conscience, venue d’une graine lointaine et souterraine, invisible et pourtant aujourd’hui si évidente.

Je m’amuse aujourd’hui à en retracer le chemin, à chercher des indices qui auraient dû me mettre la puce à l’oreille, mais sans doute n’étais-je pas prête alors à accepter cette fleur à venir, elle devait prendre son temps pour que je la cueille, ou que j’en espère le fruit.

C’est drôle, c’est peut-être à Boulet que je dois d’avoir permis à cette fleur d’éclore. Et même si je sais qu’on peut faire son miel de tout et que je suis même assez douée pour ça, cela ne cesse jamais de m’étonner que d’un mal sorte un bien (et inversement).

L’affaire Boulet a connu quelques rebondissements ces derniers jours, à savoir que je me suis rendue compte que Boss – pour qui j’ai toujours eu la plus grande estime – devenait d’un coup plus indulgent avec Boulet de façon étonnante, et faisait un peu marche arrière dans la reprise en main prévue du bonhomme. Je n’ai pas tardé à comprendre qu’il avait profité des relations de Boulet pour lui demander un service personnel (une recommandation familiale auprès d’un actionnaire influent…). Idem pour un autre de mes collègues autrefois fort virulent vis-à-vis de Boulet, et soudainement amadoué, qui m’a fait savoir qu’il n’était en rien solidaire de ma « croisade » désormais… Je me suis tout à coup sentie très seule avec ma bête intégrité et ai été prise d’une subite envie d’aller planter mes choux ailleurs. D’autant plus qu’il n’est pas exclu que Boulet, fort de ses nombreux soutiens, y compris de ceux qui étaient de mon avis il n’y a pas si longtemps, entreprenne maintenant de me mener la vie dure, voire de se débarrasser de l’empêcheuse de glander en rond que je suis. Et je me fais peu d’illusions sur le soutien que je pourrais attendre de ses obligés en ce cas…

J’ai donc, pour la première fois depuis 4 ans que je suis dans cette boite que j’aime (que j’aimais…) et dans laquelle je me suis épanouie professionnellement, envisagé une reconversion possible. Et pourquoi pas ailleurs ? Et pourquoi pas autrement ? Et pourquoi ne pas en profiter pour changer du tout au tout, si c’est possible, et m’éloigner de ce milieu assez féru de passe-droits, d’emplois de complaisance et de tout ce cirque malhonnête qui m’insupporte ?

A cela s’est ajoutée la question d’une amie chère qui vit fort loin et m’envoie de temps en temps des mails interrogateurs et chaleureusement préoccupés de moi. Dans le dernier, elle me demandait si j’étais heureuse… Je lui ai répondu que j’avais une vie plutôt agréable… plutôt pas désagréable, allez… Elle m’a demandé en retour ce qui pourrait me rendre vraiment heureuse, en dehors d’un compagnon aimant, bien sûr, puisqu’elle connaît ce manque qui est le mien actuellement. Je me suis posé la question à moi-même : qu’est-ce qui me rendrait VRAIMENT heureuse. Et la réponse s’est imposée à moi aussitôt : vivre auprès de la mer, chaque jour, en Bretagne. Oui, bien sûr.

Vivre auprès de la mer, c’est quelque chose que j’ai toujours envisagé pour plus tard, quand je serai en retraite… J’aime à dire que je finirai ma vie dans le Finistère. Partir là-bas est toujours un bonheur, en revenir chaque fois un crève-cœur plus grand (c’est pour cela que j’y vais peu, d’ailleurs). A lire certaine blogamie, parfois, je suis prise d’une énorme bouffée d’envie et de tristesse d’être si loin de ce pays aimé, mille petits indices de mon appartenance viscérale à cette région, et de mon envie d’y retourner.

Alors, écoeurée de l’affaire Boulet, envisageant de faire de ma vie autre chose, je me suis dit « Et pourquoi pas maintenant ? Pourquoi ne pas faire tout de suite ce qui te rendrait heureuse plutôt que d’envisager cela dans 20 ou 25 ans ??? »

Voilà la fleur qui est née dans mon esprit pas plus tard qu’il y a une dizaine de jours. Fleur d'une envie qui était enfouie en moi depuis fort longtemps, sans doute, et qui n'a d'ailleurs pas surpris une seconde les quelques amis à qui je m'en suis ouverte, timidement. Depuis je rêve et je commence à explorer les possibilités de rendre ce rêve réalité.

Je ne sais pas si cette fleur fructifiera. Je ne sais pas si cela se fera ni quand. Peut-être renoncerai-je ? Je m’octroie ce droit, aussi, si je ne trouve pas de solution satisfaisante. Je ne ferai rien à la légère ou sur un coup de tête. Il faut que j’envisage toutes les données nécessaires. Une reconversion professionnelle et personnelle, ce n’est pas rien. Aurai-je le courage de quitter Paris, cette ville que j’aime et j’habite depuis 26 ans, même si je la trouve parfois difficile à vivre ? Aurai-je le courage de quitter mes amis et de recréer un réseau social ailleurs ? Trouverai-je un boulot aussi passionnant que celui qui m’occupe actuellement ? Est-ce envisageable en célibataire (pas envie de me retrouver dépressive au bout de trois mois pour cause de solitude insupportable, faute de compagnon et d'amis; à Paris, je vois du monde...) ? Comment ? Quand ? Où ? Avec qui ? Plein de questions auxquelles je vais me donner le temps de trouver des réponses adéquates et des solutions. Mais le rêve est là. Et il n’est pas si utopique.

En tous cas, c’est certain : Traou a le mal du pays, je vous le dis.

lundi 24 décembre 2007

23 décembre*

L’air est pur et froid. Pas un souffle de vent. Soleil de décembre. La mer est turquoise, et verte, et d’un bleu ondulant. La petite digue qui serpente entre les rochers, là au bout de la plage aux cabines de bois blanches, a souffert de la tempête d’il y a quinze jours. Les fissures sont devenues entailles. Les entailles sont devenues gouffres. Quelques bouts de la chaussée de béton sont allés rejoindre les rochers en contrebas. J’enjambe les espaces manquants. Elle sera reconstruite, détruite encore bien des fois, intruse construite par l’homme pour l’homme. Les vagues, elles, considèrent qu’elle n’a rien à faire là, sans doute.

La mer est basse et dégage une partie de digue incrustée d’huitres. Je m’avance jusqu’au bout. Au-delà, les rochers. Je continue. Mes vieilles chaussures s’assurent une prise aléatoire sur la pierre mouillée, sur les bouquets de moules à perte de vue. Je saute, m’agrippe, monte et redescend au gré de la roche grise et brune. Souvenir d’enfance « Maman, je peux aller jouer dans les rochers, dis Maman ?! ». On en revenait les pieds et mains blessés, souvent. Alors, on n’avait pas souvent le droit.

Aujourd’hui, j’ai le droit, je vais jouer. Guette du coin de l’œil la mer qui court plus vite que moi. Un moment de cœur battant, peu de temps pour gagner la prochaine plage avant que la marée ait recouvert mon chemin de roche. Trop tard pour faire demi-tour. J’accélère ma course maladroite, bondis sur des arêtes douloureuses, décroche quelques coquillages sans le vouloir en me rattrapant de mes paumes nues. Le grondement des vagues voisines me dit qu’elles tiennent le pari.

Chemin haletant. J’aperçois l’ile un peu plus loin. Derrière cette barrière de rocher, il devrait y avoir la plage. Non, c’est la prochaine. Encore un effort, une faille à contourner, une mare à éviter, un pas glissant à rattraper. Mon genou proteste un peu. C’était plus facile il y a 30 ans.

Enfin, une petite langue de sable souple m’accueille, réconfortante. Derrière, il y a la plage, encore un effort. Je me réfugie entre deux rochers avant de la rejoindre, pour reprendre mon souffle, les pieds léchés par l’eau, déjà. Ma petite langue de sable va disparaître en un clin d’œil, à peine le temps de savourer mon pari gagné.

Je m’étends sur le sable blanc, si fin, froid sous ma main. Mon cœur joue l’air de la chamade. J’ai enlevé manteau, écharpe, fermé les yeux. Je sais encore le ciel si bleu derrière mes paupières closes.

Retour apaisé vers la maison de pierre, où se prépare un Noël tranquille. Je croise mon père sur le chemin, honteux de sa canne sur laquelle il s’appuie le moins qu’il peut. Il me la désigne d’une grimace « Je marche aussi bien sans, tu sais ». J’acquiesce, bien sûr, mais nous nous souvenons silencieusement tous les deux des bleus et contusions spectaculaires de sa dernière mauvaise chute. Je le laisse poursuivre sa promenade lente, qu’il aime solitaire, comme moi.

Sablée jusqu’aux cheveux, les joues piquantes d’air et de soleil d’hiver, je me réconforte de lampées brûlantes et parfumées, « mon » mug enserré entre mes mains à réchauffer. Il manque une cheminée dans cette maison, j’allume quelques bougies, parle cuisine avec ma mère. On ira au marché demain matin pour les dernières courses du réveillon.


"23 décembre" c'est le titre d'une chanson de Beau Dommage que j'aime beaucoup et dont je me suis rendue compte, après avoir choisi ce titre, que je l'avais déjà citée ici, dans un billet d'il y a deux ans, où je donnais d'autre part la recette d'oignons confits que je m'apprête à cuisiner aujourd'hui...

dimanche 9 décembre 2007

Avis de vent

5 heures du matin. Quelque part en Bretagne nord. Maison cocon. J’entends le vent. Avis de tempête demain, la mer sera colère. J’irai tout à l’heure affronter le ciel, me faire cingler de pluie et d’embruns mêlés, lutter contre les bourrasques, avaler de grandes goulées d’air salé au goût de larmes. Me laver de presque tout.

J’ai livré au vent venu du large tant de peines et de chagrins que parfois cette côte aimée me les rappelle, amère.

J’ai été heureuse aussi, à en hurler parfois, d’une simple goutte de mer irisée, d’un infime souffle sur la bruyère, d’une odeur d’algue fouettée de sable.

Arpenter les chemins mouillés, partager le pain du jour et le vin chavirant avec ceux que j’aime, qui vieillissent vaillamment ou titubant, c’est la réalité de ces quelques jours, parenthèse d’une vie parisienne haletante, un peu trop, bruyante et solitaire, un peu trop aussi, tout ça à la fois.

Où ai-je lu un jour cette « anecdote » qui m’avait fait rire, interrogée ? Une fille, sous l’emprise de quelques substances illicites, aux prises avec une de ces crises qui vous mettent dans des états au-delà du quotidien et du réel visible, avait connu LA révélation, soudain : le sens de la vie, rien de moins. La Vérité toute nue, celle qu’on cherche, qu’on redoute, qu’on suppose toute sa vie ou en tous cas dans les moments d’interrogation fébrile ou sereine. Au cœur de cette illumination, consciente d’être dans un état rare et sans doute jamais renouvelé, elle se dit qu’il faut qu’elle l’écrive, là, tout de suite, le sens de la vie, pour s’en souvenir le lendemain et le faire partager à l’humanité. Elle attrape un papier, un crayon, et écrit cette révélation unique, universelle, la clé du bonheur ultime, là, sur un coin de table de cuisine, avant de sombrer dans un sommeil épuisé.

Le lendemain, sur le papier, il y avait juste quelques mots : « Je suis assise à la table de la cuisine et j’écris. »

Peut-être n’y a-t-il rien d’autre que cela : être là où on est et être pleinement conscient de l’instant, rien d’autre. N’avoir ni regret ni projection d’un futur aléatoire. Juste être.

Je tends vers ça, mais les parasites sont nombreux sur la ligne, mon Dieu… Les cicatrices qu’on ne peut s’empêcher de compter ou de contempler, voire de gratter un peu. Les regrets de ce qui n’a pas été, de ce qui ne sera pas (étrange capacité de l’humain à regretter même le futur). Ressasser les douleurs récurrentes en sachant très bien que ça ne fera que les exacerber. Raviver des conflits en essayant d’y échapper. Trouver des palliatifs aux manques, combler grossièrement les trous pour ne pas tomber dedans (qu’est-ce qui fait le plus mal ?). Nom d’un chien, il y en a du chemin et du boulot avant de pouvoir se tenir simplement et sans autre fioriture devant la table de sa cuisine, ou ailleurs…

En tous cas, ce sont mes réflexions de nuit à moi, sous l’emprise d’aucune autre substance illicite qu’une insomnie génératrice de pensées en bataille. Retourner dormir maintenant. On verra bien ce qu’il y aura sur le papier au réveil.

mardi 24 juillet 2007

1er jour

Au bout d’une centaine de brasses fraiches, j’ai rejoint le bateau. Je m’aide de son bastingage verni pour me hisser hors de l’eau quelques instants, juste pour goûter la chaleur de la coque de bois verte et rouge, toute chauffée de soleil. De ce point d’observation privilégié, j'aperçois la plage au loin, replonge dans l’eau transparente, repart en nage arrière pour mieux saluer mon ami bateau, le remercier de cette halte. Tout à l’heure, de la plage, je verrai ses voiles bistres l’emmener plus loin, dans les îles du large sans doute.

La mer est haute. Sur la plage attend une femme de sable endormie. Elle regarde les vaguelettes lui lécher le ventre avec un doux sourire. A-t-elle des jambes croisées ou une queue de sirène ? L’artiste est resté flou sur cette partie, ou bien le sable en séchant a brouillé les contours de la belle.

Je m’allonge sur ma vieille serviette à rayures roses et blanches, souvenir de Barcelone 1989, dans la même position qu’elle, tournée vers la mer. C’est drôle, c’est toujours à ce moment-là, privilégié entre tous, d’après bain, les cheveux gouttant dans mon dos, le parfum du sel sur mes lèvres mouillées, la brûlure intermittente et bienvenue du soleil sur ma peau rafraichie, que… j’ai envie d’une cigarette… Après onze années d’abstinence, celle-là me manque et me manquera toujours, c’est con.

Ce matin, j’ai pédalé jusqu’au marché du village d’à-côté pour acheter quelques œufs à la vieille dame de la ferme, encore un peu plus ridée que l’année dernière, une salade géante ornée d’une sympathique limace obèse que j’ai sauvée de la noyade en évier, quelques tomates anciennes et goûteuses.

J’habite une maisonnette avec une chambre sous les combles où je dois me tenir un peu pliée pour circuler. De mon lit, je vois les étoiles dans le carré de la fenêtre, la pluie y tambourine et le soleil s’y glisse le matin pour me caresser le visage et m’appeler au bain à la marée prochaine. Il y a une autre chambre pour les amis qui vont s’y succéder, et une vieille porte de bois délavé, juchée fièrement sur des tréteaux, joue à la table de salle à manger à l’ombre du noisetier. Je n’ai pas encore vu l’écureuil, cette année.

C’est mon premier jour de vacances. Quatre longues semaines s’étalent devant moi. Je ne demande pas autre chose que ce programme-là. Et jouer avec les mots, aussi, peut-être. Et tiens, à l’heure où j’écris, je lève à votre santé un verre de vin blanc bien frais, les pieds nus dans l’herbe douce.

jeudi 15 mars 2007

Un peu de repos

Pour moi, et pour ce blog, ça ne peut pas faire de mal...
Quatre jours "chez moi" à humer l'air marin et réfléchir à la suite des évènements.

J'ai besoin de cette lumière-là, voyez-vous, quelquefois. Je ne sais ce qu'il en naitra. J'ai envie de fiction, d'imaginaire, de mêler le vécu et le rêve. Je m'y sens plus à l'aise, peut-être...

Bretagne

(je ferme les commentaires à partir de demain matin, avant de sauter à pieds joints dans mon TGV)

lundi 21 août 2006

Impressions de vacances

Je rapporte de ces trois semaines détachées de ma réalité quotidienne des sensations diverses : des parfums de fleurs éphémères, des sons infimes, des frissons sur ma peau, des rencontres nouvelles ou des retrouvailles, des rires, aucune larme sauf d’émotions liées à l’enfance, un sentiment de calme profond, des saveurs multiples, un regard lavé, du sel et de l’eau, des réserves de soleil, des couleurs aux nuances sans pareilles, l’odeur de fruits frais cueillis, de roses et d’herbe… et des mots, des petits moments, drôles ou tendres ou sensuels ou émouvants ou agaçants, fugaces pour certains, intemporels pour d’autres, de ceux qui resteront gravés quelque part dans mes cellules, intimes témoins passagers de cet été 2006…

Un bain du matin, au cœur d’une brume cotonneuse dessinant des fantômes de bateaux, des silhouettes pastels de maisons encore endormies. Décor noyé de blanc percé d’un soleil tout juste éveillé, promesse timide d’une belle journée. Silence sourd troublé par les plongeons des mouettes qui viennent pêcher à quelques mètres de mes brasses régulières. Pas une vague, mer d’huile. Etrange ouate qui s’effiloche par bribes. Sentiment calme.

Des merveilles ponctuent sans fin le jardin, sources de joies petites, essentielles : la grive au ventre moucheté fait des allées et venues sous les framboisiers, tête levée et fureteuse, guettant les derniers fruits mûrs. Un petit papillon blanc volette follement de fleur en fleur, incapable de décider de la plus odorante pour s’y arrêter. Un autre le rejoint et ils s’élèvent en un pas de deux tournoyant tout au long du jardin. On croirait les entendre rire. Un matin, dans l’abri de jardin en désordre, à la fraîcheur préservée par ses murs de vigne vierge, un minuscule crapaud a jailli sous mes pas, disparaissant dans un recoin sombre. Et la passiflore, pour la première fois, donne des fruits rebondis.

passiflore

J’aime à suspendre le linge au fil perdu au milieu des lavatères roses. Il sèchera le temps d’un coup de soleil et de vent. Pour lire ce soir dans mon lit, je mettrai un t-shirt qui en aura gardé l’odeur, juste pour le plaisir. Effluve de bonheur tranquille.

Je réalise à chaque minute quelle est ma chance d’être là. A Paris, c’est la fournaise. Il y a des milliers de gens qui n’ont nulle part où aller cet été. Et moi j’ai ce havre, cet endroit à moi, mon île, ma mer…

Et puis, une route serpentant au cœur de la forêt de Brocéliande, le cœur joyeux de rejoindre une blogamie, au son insensé de « Radio Bonheur, c’est mieux que du chou-fleur ! » (je jure que c’est vrai), jingles et chansons improbables et – heureusement – oubliées : « Le professeur est un rêveur » (dont nous avons cherché le chanteur tout le week-end : c’était Bernard Sauvat, merci internet), « Drague Party » des Martin-Circus (1976 ?...) et un peu de Sacha Distel primesautier en prime. Rien que du bonheur en effet !

Il y en a d’ineffables, des bonheurs : une princesse de 4 ans endormie contre moi, lutin rieur que le sommeil transforme en petit animal chaud et odorant, abandonné et confiant. Instant arrêté, souffle retenu au rythme du sien. Et des volutes merveilleuses de pain qui cuit dans le four (que je suis plutôt fière d’avoir un peu fait, sous la direction de la grande chef du pain au sésame et au pavot et à plein d'autres choses savoureuses, à qui je dois ces trois journées familiales si douces et gaies).

pain

Et une soirée drôle et amicale, au bout des Côtes d’Armor, dans une maison de pierre aux hortensias bleus qui a vu les parents des parents de... On met le couvert du soir dans la salle à manger qui sent le bois ciré et les feux anciens, et quelqu’un dit, mi-rieur mais pas tant que ça « Tiens, c’est comme si on était une famille ». Et je l’avais pensé aussi… S’asseoir au quotidien à plusieurs autour d’une table est un luxe que nous ne connaissons pas les uns et les autres, réunis ici…

hortensias

Et d’autres blogueurs encore, dans une campagne verte et si belle, mise en musique par les cloches pendues au cou des vaches, tintant sans fin, proches ou lointaines. Nous dialoguons et nous rions EN VRAI ! Nous qui sommes plus habitués à communiquer virtuellement. C’est chaleureux et tellement incroyable de se connaître à la fois si peu et si bien, réunis là par les voies aléatoires du net. Pas si aléatoires que ça d’ailleurs, car nous ne nous sommes pas « trouvés » sans raisons ! Et si nous sommes gourmands de mots, tous autant que nous sommes, nous le sommes aussi de nourritures bien terrestres et roboratives. En bons vivants (qu'est-ce que j'aime cette expression !) nous avons fait diablement honneur aux spécialités concoctées ou apportées par les un(e)s ou les autres : truffade locale (plat préféré de Jim), confit, foie gras, et confitures goûteuses d'une spécialiste, tourteaux fromagers et petits chèvres rapportés au gré d'un périple en camping-car, cake "Michou" et flan patissier maison, galettes de sarrasin et curry parfumé... (oui, c'est tout, enfin presque ! Et on les a dégustés au coin du feu, même !).

Cantal

Cantal

feu

Et tout à coup, je me dis en les regardant tous autour de moi : "Tiens, il y a un an à cette heure-ci, j'ignorais tout à fait ce qu'était un blog...". Et les noms de Madeleine et d'Urbain (merci pour votre accueil dans la maison aux volets bleus ! On peut déjà s'inscrire pour l'année prochaine ?), de Fauvette et Corbillo, d'Erin, de Chondre, de Samantdi et Coloc, m'étaient tout à fait inconnus ! Et ces rencontres-là - et toutes celles que j'ai pu faire tout au long de ces quelques mois - me donnent à penser que j'ai eu une sacrément fichue bonne idée le jour où j'ai décidé d'en ouvrir un !

En forme d'épilogue coloré à ces vacances, quelques roses trémières (spéciale dédicace pour Matoo, chose promise...)

roses trémières

GP rose trémière

roses trémières

GP rose trémière

roses trémières

Papillon

samedi 22 juillet 2006

La quille...

Ce n'est pas que je veuille à tout prix me montrer désagréable, sans coeur, et mettre le bourdon à ceux qui vont rester scotchés au bureau et au macadam poisseux dans les semaines à venir, mais je ne peux m'empêcher de vous dire que pour ma part, ça commence à sentir très très sérieusement les vacances. J'ai failli mettre un paréo pour aller au boulot hier (il paraît que ce n'est plus du tout trendy, mais je m'en fiche), j'ai déjà empaqueté mon seau et ma pelle, et je souris béatement dans le métro comme si je n'y étais déjà plus.

Ker Floriane

Donc à partir de dimanche, le programme c'est (en vrac) :

  • Baignade à marée haute
  • Sieste en hamac
  • Baignade à marée basse aussi
  • Muscadet frais dans le jardin sur le coup de 19h30
  • Séchage de cheveux à l'air salé
  • Absence totale de maquillage pendant trois semaines (c'est quoi, déjà, un mascara ???)
  • Ecriture sur petit calepin plein de sable
  • Lecture de pavés goûteux pleins de sable
  • Jupe qui vole à vélo
  • Crèmes solaires qui sentent bon mais qui collent
  • Embruns cinglants en bateau
  • Marché ensoleillé d'où l'on voit la mer pendant que l'on choisit son melon
  • ... etc...

Ker Joël

Je vais prendre mes quartiers d'été et respecter mes horaires préférés : couchée tôt / levée tôt, c'est à dire totalement en décalage avec mes neveux chéris qui partent en boîte à l'heure où je me couche et se lèvent à l'heure où nous attaquons les moules marinières du déjeuner. Quelquefois même nous nous croisons le matin quand je pars me baigner de bonne heure et qu'eux rentrent se coucher...

Ker Notre Dame

Oh il m'arrivera bien de sortir et de veiller quand même, pour des dîners de soir qui tombe, où les flammes des photophores éclairent les visages dans la nuit, rythmée par le grésillement des insectes qui viennent s'y brûler...

Ker Nénette

Je n'oublierai pas de faire des photos de roses trémières (spécialement pour Matoo) et de quelques autres merveilles pour les rapporter avec moi et m'en nourrir pour l'année à venir, tendres souvenirs.

Bon, je m'en vais vous laisser : j'ai ma valise à boucler et des adieux déchirants à faire à Roger et Léon, mes deux poissons survivants que je n'emporte pas avec moi (ils n'aiment pas l'eau de mer). Il ne seront pas tout seuls puisque j'ai un locataire dans mon appartement le temps de mon absence, dont le loyer consistera à leur donner à manger des granulés qui puent et leur mettre de l'eau propre chaque semaine... Et puis ils sont si attachants que je ne désespère pas de les refourguer définitivement au susdit locataire à la fin de son séjour chez moi... (l'espoir fait vivre).

Ker Noël

Ah, j'ai semé tout au long de ce billet quelques indices photographiques subtils sur ma destination. Le premier qui trouve gagne six galettes de sarrasin et des caramels au beurre salé.

Au revoir !
Good bye !
Auf wiedersehen !
Arrivederci !
Adios !
Kenavo ! (c'est le seul mot de breton que je connaisse, il fallait bien que je le case...)


Pour protéger ce blog des vilains méchants spams (en ce moment, grosse attaque des c*sinos, en revanche c'est nettement plus calme sur le front du vi*gra, ils ont peut-être fini par capter que j'étais une fille ?...), je fermerai les commentaires avant de partir samedi. Mais si vous avez un truc à me dire qui ne souffre aucune attente ou si je vous manque par trop, vous pouvez toujours m'envoyer un mail (gentil) à : traou(at)traou(point)net (vu l'autre jour sur un autre blog, je ne sais plus chez qui, ce rappel à l'usage des blondes : remplacer (at) par @ et (point) par un point... Ça m'a fait rire, parce que je suis brune).
Internet étant un insondable mystère pour mes parents, je doute qu'ils aient fait installer une borne wi-fi dans la maison pour l'été, mais je trouverais bien un cyber-café entre deux cabines de plage pour lire mon courrier... Ceci étant et sauf grosse crise de manque de ma part (Il faut que j'écrive un billet ! Je VEUX publier un billet ! Je vous en prie, il faut ABSOLUMENT que je blogue là maintenant tout de suite !), je ne publierai RIEN pendant trois semaines. C'est les vacances, quoi, merde !

mardi 18 juillet 2006

Premier bain

Aujourd’hui, le ciel est immaculé. La mer au loin reflète un bleu strié de vert que je n’ai vu nulle part ailleurs qu’ici. Tout à l’heure elle sera haute, recouvrira l’immensité de sable-miroir devant moi, les rochers chaotiques et les algues moussues qui n’auront pas eu le temps de se dessécher. Je l’attends. Pour la rejoindre et m’y fondre.

Il y a deux bracelets de froidure à mes chevilles, mordant ma peau qui se souvient : c’était il y a un an déjà, la dernière fois. J’avance bravement, heureuse. Les bracelets remontent le long de mes mollets, de mes cuisses, se rassemblent en un seul autour de mes hanches, de ma taille… Mais non, ce n’est pas si net. Tout cela bouge et tangue, l’eau me happe par morceaux, par à-coups, au gré des vagues, du ressac et de l’écume trompeuse. Et puis il y a tout le reste : l’odeur forte de l’iode et des algues mêlées, le parfum salé de ma Bretagne du cœur que j’emporte partout avec moi ; le bruit des rouleaux sans trêve, bruissement léger des vagues petites, grondement des plus fortes, jusqu’au rugissement presque inquiétant des plus grosses d’entre elles selon que la marée est descendante ou montante. Je sais que celles-là parfois peuvent vous emporter contre votre gré. Mais je n’ai jamais peur . Je suis parmi elles comme parmi des sœurs, à la maison, enfant prodigue et fêtée, revenue enfin. Chaque année. Me plonger dans la mer, m’y engloutir tout à fait, c’est toujours comme une prière. Je m’y ensevelis corps et âme, heureuse comme nulle part ailleurs, abandonnée, confiante. Je regrette presque de devoir laisser émergée ma bouche au moins pour respirer. Que ne suis-je poisson, algue flottante, coquillage, étoile !

Dans les flots, je deviens vague, je deviens lame (âme ?), je deviens goutte d’eau parmi des milliards. Rien ne peut m’arriver, je me laisse flotter, ballotter, sans crainte. Je suis ici lavée de tout, de tout chagrin, de toute souffrance, de tout souci, angoisse, peur, doute. Tout, je laisse tout ici.

Je n’aime rien tant qu’être lovée au creux d’une vague fraîche, blottie entre deux eaux, flottant au gré de son désir. Je reste là, assise au large, me reposant après avoir longuement nagé, avant de repartir plus loin encore, ou bien de retourner à regret, toujours à regret, vers la plage. J’étends mes jambes devant moi ; le soleil à travers l’eau y imprime des arabesques dansantes de lumière. Mes mains dessinent paresseusement, presque inconsciemment, les signes cabalistiques nécessaires pour repousser le fond et me maintenir à flot.

Je regarde vers le large. Parfois il n’y a rien, juste une ligne infinie et rigoureuse entre le ciel et l’eau. Quelquefois des bateaux, un oiseau, un rocher, ou ce petit phare à rayures bleues et blanches qui n’a pas l’air vrai.

Je suis là, si calme. Je regarde au loin et je prie. Que puis-je faire d’autre ? Que peut-on faire d’autre que prier ? Je crois que même quand j’étais petite fille, dès que j’ai su nager assez bien pour qu’on me laisse m’évader seule au loin, plus loin que la bande d’eau emplie de cris, de bouées, de gens, de collisions et de tumulte ; dès que j’en ai eu le droit, j’ai pris mon « envol marin » pour aller au-delà, laissant la foule derrière moi pour aller contempler l’infinitude bleue, ou grise, ou verte, qui s’offrait à moi après des centaines de brasses. Et même enfant, quand je me posais là, au gré des flots placides ou tourmentés, je me tournais vers le lointain, et ce qui naissait là, dans ma tête, dans mon cœur et dans ma bouche – puisqu’il m’arrive souvent de parler à haute voix dans ce refuge-là – ce qui montait du fond de moi, rêves ou chagrins de petite fille, s’apparentait toujours à une incantation. Comment pourrait-il en être autrement ? La mer pour moi n’est que prière.

Mer

dimanche 16 juillet 2006

Avant-goût de vacances

Être accueillie par un soleil rouge à marée haute,

soleil rouge

Retrouver les vraies valeurs dans le moindre restaurant,

beurre

Faire la sieste sous un pommier chargé, me dire que c'est une agréable manière de vivre dangereusement,

hamac

pommier

Petit-déjeuner pieds nus dans la rosée d'un mug de café au soleil et de quelques framboises frais cueillies, les cheveux mouillés du bain du matin, sur la plage encore déserte,


framboise
Admirer les hortensias roses, les bleus, et les mille couleurs des roses trémières croisées à vélo dans tous les chemins de pierre,

hortensia

Me dire que ce n'est que le début, encore quelques jours au bureau et je recommence tout cela la semaine prochaine...

jeudi 13 avril 2006

Grand grand week-end

Quoique... Il va juste durer 5 jours, ce qui me paraît fort honnête pour un week-end.

Je vais là :

Bretagne

Pas d'internet (on y survit, Swâmi, je te le jure, mais c'est dur).

Pour ceux qui seraient à Paris ce week-end (ou à un autre moment jusqu'au 31 juillet), je signale la belle exposition Almodovar, à la belle nouvelle Cinémathèque Française, à Bercy. A condition d'aimer l'univers de Pedro, bien sûr. C'est coloré, foisonnant, joyeux et émouvant, comme ses films. Et une magnifique scénographie.

Expo Almodovar
photo Juan Gatti

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