Traou

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vendredi 20 avril 2012

366/11 - Rouge

C’est sans nul doute ma couleur préférée, celle que je porte le plus volontiers. Pivoine ou carmin, pourpre ou grenat. Et aussi toutes ses variantes oranges, roses ou violettes. Elle me va au teint et à l’humeur. Pas si primaire, d’ailleurs.

Couleur sang et coeur

Révolte et soleil couchant

Piment fort et fruits d’été

Coccinelle et coquelicot

Cramoisi et vermillon

Nez de clown et Chaperon

Rose amour et vin rubis

Elle est devant mes yeux colère de tant d’in-( ...justice, ...civilité, ...différence, ...compétence...)

Elle fait mes ongles miroir et ma bouche baiser

Cardinale, elle orne mes murs et ma vie.

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mercredi 18 avril 2012

366/10 - Ça n'aurait pas dû se passer ainsi

« Ça n’aurait pas dû se passer ainsi »...

Expression étrange. Etrangère à mes pensées, à mon vocabulaire. Tout se passe comme il le doit. Tout est à sa place. Que cela me plaise ou pas est une autre affaire.

« J’aurais préféré que ça ne se passe pas ainsi »... est plus légitime. Il m’arrive de le penser fugitivement, de le chasser très vite, inutile regret. Complaisance de l’imagination qui envisage les faits passés autrement et toutes leurs conséquences qui auraient sans nul doute été bien plus heureuses ?...

Foutaises. Je préfère me tourner vers l’avenir et ses promesses.

lundi 9 avril 2012

366/9 - Itinéraire

Il aura 90 ans en mai. Ou peut-être pas. J’ai pris dans la mienne sa main ridée, aussi pâle que les murs de l’hôpital. Sa femme à son chevet parle encore de retour à la maison. Illusion. Il sourit faiblement et lui envoie un baiser muet. A d’autres il dit tout bas au moment de l’au revoir qu’il n’en a plus pour très longtemps.

1922 bébé en dentelles aux bras d’une jeune femme grave, 1930 garçonnet sérieux flanqué d’un petit frère qui sera un jour mon père, 1948 jeune marié timide aux cheveux lissés. Les souvenirs s’égrènent, itinéraire en photos sépia.

vendredi 6 avril 2012

366/8 - Temps qu'il fait

Il y a du soleil dans mon demi de bière dont les bulles tournoient au rythme du manège du parvis Montparnasse à quelques mètres de moi.

J’arrive du sud, je pars à l’ouest, et mon baromètre personnel oscille vers le beau, peu importe la météo.

Trois jours, un festival d’auteurs, des histoires contées par centaines, étourdissantes, drôles, étonnantes, poignantes. Et pour la première fois, je me suis autorisée à me dire des leurs. Auteur. Scénariste. J’en frissonne.

Peut-être un jour un écran pour l’histoire que j’ai écrite et contée moi aussi à certains ? Mes mots en images, bientôt ?

mardi 3 avril 2012

366/7 - Ce que l'on porte

Besoin de porter un peu de gaîté et de tendresse aujourd’hui : jupe voltigeante et ballerines trotteuses, voile de satin sombre doux à mes jambes, pull soyeux ponctué de fleurs et papillons, collier nacré cadeau de mes parents pour un anniversaire marquant, pendentif en forme de coeur, souvenir amoureux ancien dont j’aime le réconfort contre ma peau certains jours plus fragiles.

Bague indienne, ongles roses, cheveux ébouriffés et maquillage cache-fatigue. Je porte aussi, fardeau habituel, quelques kilos superflus que je récuse toujours car je ne parviens pas à me faire à l’idée qu’ils font partie de moi, comme ma gourmandise...

lundi 2 avril 2012

366/6 - Signature

Qui signe les rêves ?

Quel auteur fou, joueur, mégalo ou pervers appose sa signature au bas de nos songes ?

Sont-ils une version cinglée de nous-mêmes ? Un signe de l’âme en liberté ? Une récréation ? une re-création du quotidien ? D’un passé lointain ? D’un futur imaginaire ?

Parfois ils éclairent ma journée d’un éclat ludique ; j’ai le rire au bord des lèvres des folies de ma nuit endormie.

Mais aujourd’hui j’aimerais bien tenir le salopard qui m’a envoyé un cauchemar de l’aube, une fiction terrifiante qui me plombe coeur et semelles depuis mon réveil agité...

samedi 31 mars 2012

366/5 - Le monde est petit

Non, le monde n'est pas petit !

Le monde est immense quand on est un Doudou perdu dans la grande ville.

Le monde est gigantesque quand on est un petit garçon en quête de son plus cher ami disparu.

Qu’est-il arrivé à Doudou ? Est-il parti le nez et les oreilles au vent dans la douceur du printemps, à la recherche de congénères sympathiques ? Erre-t-il depuis jeudi, sale, affamé et en manque cruel de câlins dans les rues du Pré-Saint-Gervais / Seine-Saint-Denis, et qui sait bien au-delà ?

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Si vous rencontrez Doudou, prévenez-moi, je transmettrai à qui de droit.

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jeudi 29 mars 2012

366/4 - Ça change tout le temps

Plaisir de printemps. Chaque jour qui passe apporte une feuille neuve, une pousse hardie.

Je l’entends presque croître, le feuillage des peupliers qui fera bientôt un rideau vert impénétrable devant mes fenêtres. Adieu les voisins de l’immeuble d’en face ! On se reverra de loin l’hiver prochain !

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La clématite que je croyais morte s’emploie à me détromper à grand renfort de boutons prometteurs, enthousiastes d’avoir échappé à la poubelle promise.

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Mes rosiers ont rongé leur frein tout l’hiver, taillés impitoyablement à ras. J’attends pour l’été une explosion d’orange marbré de jaune, de pétales écarlates ou délicatement rosés. Bonheur Balcon.

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mercredi 28 mars 2012

366/3 - Action éclair

Des bottes neuves (encore).

Chez moi, jambes nues, vêtue d’un simple T-shirt, qu’importe. Trop envie de les contempler à mes pieds. Je chausse les belles : elles seront parfaites pour les prochains frimas.

J’enlève la gauche. J’enlève la dr... Non, la fermeture Eclair accroche le fin rabat de cuir à l’intérieur, se coince irrémédiablement à mi-hauteur. Un sens, l’autre, doucement, violemment, rien à faire ! Je tente l’arrachage : ma peau nue écorchée proteste.

Seule, en petite tenue, chaussée d’une unique botte greffée à la jambe. Grand moment de solitude.

Je finirai par découper l’intérieur de la merveille, rageuse et épuisée.

mardi 27 mars 2012

366/2 - Une personne nerveuse

100 mots ? 100 mots ! Mais qu’est-ce qu’ils veulent que je fasse avec 100 mots, moi ?! (et si vous me demandez qui sont ces « ils », je parle des esprits - passablement pervers - qui ont inventé ces « 366 réels »).

C’est que j’aime m’étaler, moi... me répandre... prendre mon temps et les circonvolutions qu’il faut pour conter, raconter, décrire, évoquer, croquer, narrer, ratiociner et louvoyer dans les méandres de mes petites histoires, réelles, supposées ou imaginées.

M’octroierai-je le droit d’inventer, de tricher, de dépasser la ligne ? Assurément sinon je risque d’en devenir nerveuse !

lundi 26 mars 2012

366 réels / J'éviterai de dire que

Eviter de dire que je reprends ce blog : un billet ne fait pas le printemps.

Une envie diffuse de retrouver un rendez-vous quotidien avec les mots (quotidien ? ouh la ! ne pas s’emballer...).

Les « 366 réels à prise rapide » glanés ça et là et pratiqués avec assiduité ou intermittence par d’aucun(e)s me donnent envie de replonger mes doigts dans l’encre... en dilettante.

J’ai écrit tout l’an passé sous la contrainte, en forcenée. Envie de légèreté et de liberté maintenant, rien que pour moi.

100 mots seulement ? Quel pari, moi qui ne sais guère faire court...

vendredi 2 décembre 2011

Donoma

Moi qui suis en dehors du monde depuis onze mois (je risque de refaire surface à compter du début de l'année prochaine et vous raconterai peut-être mon marathon 2011 entre déménagement, boulot, voyages et écriture, surtout écriture mais pas ici...), j'ai néanmoins été atteinte par le buzz Donoma. Et ne suis pas fâchée de l'avoir été !

C'était il y a un peu plus d'un mois et quelqu'une me parle d'un film "fait avec 150€", m'envoie le lien vers un site internet, m'incite à venir à l'avant-première le 5 novembre. Bon.
J'avoue que l'argument du "fait avec 150€", rabaché un peu partout à propos du film, je m'en fous. Limite ça m'agace. So what ? Des gens qui filment avec trois bouts de ficelle, coûte que coûte, j'en connais un paquet. Ce n'est en aucun cas un critère pour m'attirer ou me faire fuir, je m'en fous, vous dis-je (de la même façon que je me fous des records de millions de $ affichés en promo pour d'autres films, l'argent n'a jamais empêché certains de faire des navets avec...). Je fais un tour sur le site et j'en reste là. De toute façon le 5 novembre je ne suis pas là, et je n'ai pas le temps d'aller au cinéma, j'ai vu 5 films cette année, sans blague.

Le 5 novembre, finalement je suis à Paris, on se parle avec un copain comédien qui me propose de venir avec lui "à la projection du film de Djinn Carrénard..." comme il me proposerait d'aller voir le dernier... Scorsese ou Audiard. Euh, est-ce que je suis à ce point hors du monde que j'ai loupé l'émergence d'une nouvelle star de la mise en scène ?... Je ne fais pas du tout le lien avec le site que j'ai vaguement visité quelques semaines auparavant et je prends le chemin du Grand Rex, perplexe.

Là, comment vous dire, une file d'attente comme je n'en ai pas vu depuis le 19 octobre 1983 à 14h00 pour la première séance du "Retour du Jedi", et tout ce monde vient voir Donoma (ah, au fait, c'est du sioux...) ! Des filles portent des T-shirts du film, ça se pousse et se bouscule, on arrive à avoir une place tout là-haut, il paraît qu'ils ont refusé du monde. J'ai l'impression d'être sur la planète Mars, que tout le monde est au courant d'un truc que j'ignore. Ça fait un peu secte, cette affaire, je commence à être inquiète.

Le film commence, la première scène est maladroite, la caméra se promène un peu trop, le point est aléatoire, mais... quelque chose m'accroche, je ne sais quoi, un accent de sincérité immédiat, l'absence d'intro, l'entrée dans le coeur même d'une histoire dont on découvrira le début un peu plus tard, un ton, une patte, tout de suite. Et puis une salle de classe, une prof au regard intense, un élève buté, une confrontation qu'on ressent jusqu'à l'intérieur de soi tellement le ton est juste, tellement les personnages sont incarnés, littéralement, chair et sang. Donoma est une sacrée tranche de cinéma, de vie, une bouffée de fraicheur, une envolée culottée, un maelström d'émotions, de sentiments en pagaille. Ça frotte, ça rape, ça irrite, ça fait rire, c'est chaud et bon. Ce Djinn dont je ne risque plus d'oublier le nom est un cinéaste, certainement doublé d'un stratège un rien roublard, mais cinéaste avant tout. Et après tout, si son buzz un peu bêta sur les 150 € m'a amenée jusque là, je n'ai rien contre.

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Donoma parle d'amour, d'entrecroisements, du jeu des corps et des sentiments. Une prof avec son élève. Une inconnue et un inconnu, volontairement muets. Deux soeurs. Un amoureux sans espoir. Des mystiques aux mots crus. Un couple qui se défait (et s'était rencontré à New York devant la caméra du réalisateur dans un court-métrage visible sur le site du film, quelle jolie idée). Je ne sais pas depuis quand je n'avais rencontré une telle liberté, un tel naturel dans la narration de ces histoires quotidiennes et exceptionnelles, et surtout de tels acteurs. Ils m'ont tous bluffée.

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Je ne saurais trop vous inviter, non seulement à voir Donoma, mais à encourager sa sympathique et talentueuse "guerilla". On retrouve toute la "famille" et ses aventures sur le site Donoma. On peut même aider à financer la tournée ici (je vous recommande particulièrement les savoureux commentaires pour chaque montant de participation dans la colonne de droite, je n'ai pas les moyens de leur filer 500€ mais ça m'a fait tellement rire que ça en vaudrait la peine... mais je vais participer c'est sûr, j'en serai vachement fière !)

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Ah, dernier petit effet accessoire de Donoma, ce beau film m'aura permis de prouver que ce blog n'était pas absolument moribond ! A bientôt !

mardi 2 août 2011

Dimanche 1er août

Neuf heures : on enfourche les vélos. Les maisons de pierre sont endormies et l’on arrive à la plage déserte dans le silence. La mer est haute et transparente, le soleil frais et le ciel clair. Quelques centaines de brasses matinales avant de remonter sur nos vélos pour un petit déjeuner ensoleillé, beurre salé et confitures de mûres du jardin. La journée commence bien.

Un tour de marché rapide pour acheter quelques galettes, du pain et du jambon pour le pique-nique du midi. Nous avons rendez-vous au port : on embarque à 11h30.

Trois bateaux qui se suivent ou s’entrecroisent jusqu’au large. J’ai salué Saint Malo la belle en passant. Cela fait bien longtemps que je n’ai eu autour de moi le cercle parfait de la mer sans l’ombre d’une terre à l’horizon.

Chausey, une collection d’îles et de rochers affleurant la surface de l’eau ou dangereusement cachés. Il convient de serpenter avec prudence si l’on ne veut pas y abimer le bateau, ou même le percher, spécialité locale.

Nous nous arrêtons au milieu d’un cercle pointillé de roches brunes et vertes et je saute à l’eau. Je suis vite entraînée un peu plus loin par le courant et mettrai longtemps à le combattre pour regagner le bord. Un verre de muscadet frais et quelques tartines roboratives me réconforteront d’un effort épuisant.

Très vite la mer se retire et nous pose sur le sable. Le paysage est lunaire. Je marche là où je nageais péniblement il y a à peine une heure. Les bateaux sont obliques et les pêcheurs à pied fouillent sous les rochers avec de longues tiges, débusquant crabes, étrilles et homards. Personnellement, je préfère traquer les anémones vertes et roses avec mon appareil photo et remettre à l’eau les lançons surpris par la marée haletants sur le sable.

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Tout à coup un mouvement irrépressible : la moindre flaque d’eau revit et se met en marche. Elle rejoint ses congénères, des volutes d’eau se forment à toute allure et courent vers les bateaux plus vite qu’un galop. Le paysage de sable redevient liquide, mouvant, il pourrait être menaçant, se venger des crustacés qui se débattent dans les seaux et les paniers. Nous sommes remis à flot en un éclair, les algues se redressent à la verticale, les lançons ont fini de suffoquer, les crevettes sont en sécurité et les anémones vont refleurir. Nous repartons en file indienne, le bateau de tête zigzaguant entre les rochers traitres.

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On passe le petit port de l’île principale et ses quelques maisons. Des enfants plongent du ponton entre les bateaux. Et puis le large à nouveau.

Bien au chaud dans ma veste de quart, je m’alanguis presque aux côtés du capitaine, émerveillée comme toujours de la splendeur de l’horizon de mille bleus et verts quand un mouvement dans l’eau me fait bondir. Et crier pour prévenir : « Des dauphins ! ».

Les bateaux s’arrêtent. Et ils tournent et plongent et émergent tout autour de nous, saluant chaque bateau à son tour, dirait-on. Ils sont une dizaine peut-être, leurs ailerons en file indienne, leurs nez ronds bondissants hors de l’eau, leurs corps gris et lisses à la suite, la queue replongeant la dernière. Nous sommes tous comme des enfants, riant et s’exclamant devant ce prodigieux cadeau. Mes yeux sont tout mouillés d’émotion, rien que de l’écrire encore aujourd’hui. C’est la première fois que je vois des dauphins ainsi. Quelqu’un dit « fais un vœu ». Je n’ai pas d’autre vœu à faire que celui d’être là à vivre cet instant magique. Apothéose d'une journée parfaite. Est-ce que cela ne s’appelle pas le bonheur ?

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dédicace amicale spéciale à Paco Barn de ce billet, des dauphins merveilleux, de la mer belle, d'une région qu'il connait bien.

lundi 18 juillet 2011

Scénario de vacances

C’est arrivé : j’ai laissé plus d’un mois passer sans publier de billet, faisant un « trou » dans les archives de ce blog depuis longtemps réduit à l’état de joli souvenir, celui d’une époque de moi à la fois révolue et constructrice, d’un lieu d’écriture et de confidences que je serais peut-être heureuse de retrouver un jour, qui sait ?

J’ai troqué ces petits carnets réguliers et intimes de ma vie contre les émois de personnages de fiction, enfin pas tant que ça, certains ressemblent drôlement aux gens qui m’entourent et à moi-même. J’ai pris la route de la Bretagne il y a quelques jours, la voiture pleine de ces compagnons joyeux, qui envahissent ma vie depuis 6 mois et à qui je me réjouis de consacrer pleinement les quatre prochaines semaines pour leur donner la parole, les faire s’entrecroiser, se rencontrer, s’émouvoir, s’aimer ou se battre.

Le concours que j’ai passé en fin d’année dernière et heureusement réussi m’a donné accès à un atelier d’écriture de scénario au cours duquel j’ai l’occasion de développer le mien sous des regards professionnels et surtout avec des échéances de remise des différentes étapes d’écriture obligatoires, essentielles à la paresseuse que je suis pour fournir un travail régulier.

Le premier septembre j’ai donc à remettre ma première version de continuité dialoguée (le scénario complet, la précédente étape d’écriture était le séquencier : toutes les scènes du film avec l’action détaillée mais sans les dialogues). Alors mon été est studieux et sédentaire car il va être bien court pour mener à bien ce gros boulot : pas de week-end de 15 août en Cantal parmi d’autres blogueurs, pas de Baléares amicales, pas de virée finistérienne, je bosse ! Les regrets que j’en ai sont tempérés par la raison. Je connais trop ma tendance naturelle à me laisser vivre, à m’assoupir pour des siestes douces, à préférer un verre du soir au travail nécessaire, à la remise au lendemain. J’apprends depuis 6 mois une discipline inconnue, puisque je me sais une sorte de Cadichon de l’écriture, toute soumise à la carotte et au bâton. La carotte, c’est ma satisfaction personnelle d’écrire enfin à visage découvert, d’affirmer et de montrer mes écrits en chair et en os et sous mon propre nom (même si je vais modifier quelque peu celui-ci – en y accolant le nom de ma mère que j’ai toujours aimé – pour faire une distinction entre mon activité professionnelle et mon existence en tant que -apprentie-scénariste). C’est aussi la légitimité que me donne aux yeux des producteurs potentiels le passage par cet atelier dont l’enseignement est dispensé au sein d’une école réputée. Le bâton, ce serait je pense l’exclusion dudit atelier, et le non-paiement des frais afférents par l’organisme de formation professionnelle qui a accepté de me prendre en charge (au titre des contrats de professionnalisation réservés au plus de 45 ans et plus de 20 ans d’expérience professionnelle, youpi ! j’ai été ravie d’afficher mon âge !). Alors depuis janvier, je cumule mon activité professionnelle habituelle avec l’atelier et c’est intense ! Et c’est super ! Même si – on me pose parfois la question – je n’ai absolument aucune garantie que le scénario que j’écris deviendra un film un jour, il me faudra pour cela rencontrer un producteur et un réalisateur que mon histoire intéressera puis, le cas échéant, des financiers d’accord pour le monter, et ensuite, tout au bout, peut-être un public, tout ceci restant tout à fait aléatoire, mais l’espoir fait vivre !

Je suis et serai donc, jusqu’à la fin de cette année, dans un cocon d’imagination et de construction d’une histoire et de personnages au long cours, et ceux-ci forment mon cercle d’amis et ma famille la plupart du temps. J’ai pris le temps d’emménager fin janvier dans un nouvel appartement dont l’écrin de verdure est fort agréable pour travailler, mais je délaisse la vraie vie, un peu. Un peu trop. Ma vie sociale en souffre, ma vie amoureuse je ne vous en parle même pas… S’il m’était donné de vivre de mes écrits, je ne suis pas sûre que ce serait souhaitable : c’est une activité tellement solitaire et je le suis déjà terriblement.

Et je m’en veux – lisant les blogs aussi peu que j’alimente le mien - de passer peut-être à côté des soucis des uns, des joies des autres, des souffrances de quelques-uns. Qu’ils me pardonnent, retrouvons-nous bientôt, ici ou ailleurs !

dimanche 22 mai 2011

Cannes – session 2011

Bon, j'ai loupé le coche : je voulais publier ce billet avant le palmarès et me suis fait avoir par le temps, l'envie de mettre des photos qui sont restées coincées dans mon téléphone, etc... Alors voilà : billet écrit il y a quelques jours dans le train du retour de Cannes, garanti sans retouches après Palme...

Il y a quelques années que je viens chaque joli mois de mai trainer mes guêtres sur la Croisette. Avec, finalement, je ne l’aurais jamais cru, de plus en plus de plaisir. Et oui.

D’abord parce que Cannes est toujours l’antichambre de l’été : premier soleil, première mer bleue (bon, sans marée, donc ce n’est pas VRAIMENT la mer, les bretons me comprendront, les autres pesteront, j’assume :-) ). C’est la première fois de l’année que j’arbore sandales sur pieds vernis de frais, tenues légères exhumées des longues boites où elles dormaient sous mon lit en attendant leur heure, couleurs pastels un peu raccord avec ma peau blanche à peine sortie de l’hiver (j’ai fait la bêtise de tester l’autobronzant soi-disant « sans marques et sans odeur », c’est un mensonge éhonté ! Il pue et fait autant de trainées orange que les autres : poubelle donc, et blanche je resterai… du moins dès que les trainées auront disparu).

Et puis les années passant, je prends mon rythme ici, j’y connais plus de monde, j’y retrouve des visages familiers ou des nouveaux présentés par les précédents, façon boule de neige, et j’aime ça. Je retrouve dans les journaux quotidiens du Festival des têtes croisées depuis quelques années avec de jolis projets qui ont fini par émerger et se faire et je m’en réjouis pour nombre d’entre eux.

Je fais partie de la tranche des festivaliers à contretemps des fêtards : nous nous couchons et nous levons tôt, préférant les projections matinales aux fêtes jusqu’à l’aube, puisqu’à l’aube nous nous levons. J’ai ainsi pu admirer ces deux derniers jours – aux séances de 8h30 du Palais, auxquelles il n’est de surcroît pas nécessaire d’arborer robe de princesse et talons plus ou moins aiguilles, confort appréciable – deux films fort différents et magnifiques chacun dans son genre : « The Artist » de Michel Hazanavicius, superbe hommage au cinéma, 1h40 de pur plaisir et de talent (Dujardin est définitivement un superbe acteur), c’est muet, c’est en noir et blanc, c’est plein de grâce, d’humour et d’émotion, bravo !

Et un autre matin, le toujours étrange Terrence Mallick m’a saisie au cœur, alors que je ne suis pas forcément la plus fervente adepte de son cinéma, je l’avoue. J’ai quand même trouvé la première demi-heure de « The Tree of Life » parfaitement insupportable, et ai eu grande envie de quitter la salle comme l’ont d’ailleurs fait quelques-uns, exaspérés sans doute comme moi par la succession interminable d’images de nature, d’eau, de ciel, de planètes, d’étoiles, de dunes, que sais-je encore, à mi-chemin entre « La Terre vue du ciel », « Océans » et même « Jurassic Park » !... Exaspérée, vous dis-je. Et puis, et puis on revient à l’histoire « simple » d’une famille des années 50, Le père, sévère et brusque jusque dans l’expression de l’amour à ses enfants (étonnant Brad Pitt), la mère, tendre et silencieuse, et les trois garçons, dont l’un plus frondeur et révolté contre son père que les autres. J’ai été touchée au plus profond de mes émotions par la peinture délicate de l’amour infini pour l’enfant tout juste né, les souvenirs créés de premiers pas maladroits, de jeux, de petites coutumes, de lumière irisée et du sentiment mensonger que ce bonheur sensuel est et sera. Jusqu’à la peur qui vient, la violence, le déchirement de la perte. J’ai aimé tout ce qui n’était que vie dans ce film, et je laisserai volontiers de côté les dispersions oniriques du réalisateur qui me sont personnellement bien inutiles pour éprouver l’émotion de l’histoire.

Quoi d’autre : « 17 filles », beau premier film de deux soeurs, Delphine et Muriel Coulin, tourné à Lorient, avec un casting étonnant d’adolescentes, et un sujet insensé (tiré d’une histoire réelle) auquel on croit avec ses touchantes héroïnes, traité avec douceur et humanité.

J'ai vu aussi "The Beaver" ("Le complexe du castor" en français), à qui je n'accorderai au fond que la sympathie que j'ai pour Jodie Foster, car malgré son sujet incongru, il m'a paru finalement assez "formaté", ce qui m'étonne de la part de sa réalisatrice.

Sinon, beaucoup de nourriture délicieuse, un feu d'artifice tiré sur la mer et contemplé d'une terrasse tiède, un verre de champagne à la main, de beaux projets racontés par de belles personnes. Je fais un métier très agréable, j'en suis consciente, et pas seulement à Cannes, d'ailleurs.

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dimanche 24 avril 2011

"L'amanterie"

Le mot nous a fait rire. C'est elle qui l'a inventé, un après-midi ensoleillé de mars, alors que nous buvions du vin blanc en terrasse non loin de la Cinémathèque. La file d'attente qui s'allongeait nous avait facilement dissuadées de l'exposition Kubrick, et il faisait bon piapiater entre filles sur cette petite place, alors que nous ne nous étions pas vues depuis longtemps. Depuis que nous avions fait connaissance, d'ailleurs, pendant un week-end de blogueurs qui nous avait vues hilares deux jours durant.

L'amanterie, c'est venu comme ça. Pour qualifier une situation amoureuse incertaine et disparate que nous avons connue toutes deux. Moi encore aujourd'hui, elle plus.

L'amanterie par opposition à la conjugalité, au couple.

L'amanterie, multiplication des bras dans lesquels on se love, qu'ils soient successifs ou simultanés.

L'amanterie, relations amicalo-érotiques avec des amants différents aussi peu amoureux de moi que je ne le suis d'eux-mêmes, ce qui n'exclut ni la tendresse, ni l'affection, ni même l'amitié parfois (je suis adepte de longue date des amis-amants, l'expression est douce. La réalité qu'elle recouvre aussi. Sa version anglaise en revanche m'est agressive à l'oreille et ne signifie pas la même chose à mes yeux...).

L'amanterie ce sont les même cris et soupirs offerts à des caresses prodiguées fort différemment car il y a autant de comportements amoureux que d'amants. Le lit se fait champ de bataille ou cocon de tendresse, lieu de confidences, d'ébats et de rires, flacon d'ivresses et d'odeurs différentes au gré de l'amant du moment.

L'amanterie c'est la solitude oubliée quelques heures avec l'un, quelques jours ou semaines avec l'autre, retrouvée plus cruellement ensuite, ou ensuite apaisée, selon le degré de complicité que l'on y trouve et l'humeur de la saison. J'ai l'amanterie joyeuse ou morose, selon mon baromètre personnel, qui se met en grève, parfois et me fait préférer la solitude à l'intermittence des corps et du coeur.

L'amanterie est mono ou polyandre selon les saisons, les désirs se cristallisant en un homme ou plusieurs. Il y a l'amant gentil et gai, l'amant bougon et peu bavard mais qui sait parler aux sens comme personne, l'amant des sorties cinéma-théâtre et des discussions sans fin, l'amant bon vivant avec qui il est précieux de partager la cuisine et la cave aussi bien que le lit, l'amant qui écoute et celui qui s'épanche, l'amant qui sait quand on a besoin d'être blottie, l'amant qui l'ignore mais qui est toujours là au bon moment... Il y en a des multitudes, là où j'en souhaiterais un seul, mais puisque celui-là n'a pas daigné montrer ne serait-ce que l'ombre de lui-même depuis fort longtemps, j'ai l'amanterie vagabonde.

Il ne m'étonne plus guère que mon emblème soit le papillon...

(billet ami en écho à celui-ci, ici)

samedi 23 avril 2011

Tomboy, un bijou

Il y a quelques années, j’avais eu l’occasion d’entendre Céline Sciamma, lors d’un festival de cinéma breton, « pitcher » le sujet de « Naissance des Pieuvres », encore à l’état de projet et qu’elle n’envisageait pas, à l’époque, de réaliser. J’avais été impressionnée par la délicatesse du propos de cette toute jeune femme, sa façon de dépeindre une réalité intime avec une telle justesse, pudeur et audace mêlées. Le film, deux ans plus tard, m’avait troublée et ravie, conforme à la force et la subtilité que l’histoire contée avait laissé dans ma mémoire.

Aujourd’hui, Céline Sciamma a 30 ans et il émane d’elle la même beauté grave que de ses films (j’ai eu la chance de voir Tomboy lors d’une projection avant sa sortie et en sa présence).

Je m'interroge, et regrette peut-être un peu que – choix de la réalisatrice, du producteur ou du distributeur ? – la bande-annonce du film et les articles élogieux que l’on lit à son sujet fasse tous état de l'histoire complète du film et du mensonge de l’héroïne principale, que l’on ne peut deviner avant sa révélation, pour peu que l’on n’ait rien lu ou su de l’histoire au préalable et que l’on ignore – ce qui était mon cas – le sens de « Tomboy » en anglais : garçon manqué. Mais le film est splendide, que l’on en ait la surprise ou non.

Le mensonge de Laure, 9 ans, c’est de prétendre le temps d’un été être Michaël auprès des enfants de la cité dans laquelle elle vient d’emménager. Laure qui ressemble à un très joli petit garçon, le corps enfantin encore dépourvu de toute caractérisation féminine adolescente, contrairement à Lisa, la seule fille de la bande, qui va trouver ce Michaël différent des autres garçons et l’aimer pour cela.

Ces quelques jours ou semaines solaires sont contées comme une aventure, l’héroïne en danger d’être démasquée pour un pipi accroupi dans les bois ou des chahuts d’enfants lors d’un bain de rivière. On est avec Laure toujours sur le fil, les situations du quotidien susceptibles de déraper à tout moment, on reste toujours dans le juste.

Céline Sciamma suit le fil subtil de son premier film dans ce second qui évite magnifiquement l’écueil du « trop », péché courant des réalisateurs à leur deuxième opus. Sans doute parce qu’elle a pris son temps pour réaliser à nouveau, préférant l’écriture pour d’autres ces dernières années. Et qu’elle a écrit et réalisé Tomboy dans une économie de moyens et une rapidité exceptionnelles. Le résultat l’est par sa subtilité, sa douce violence, sa peinture incroyable de l’enfance, ses émotions qui pour n’être pas exubérantes n’en sont pas moins intenses. Tomboy est un bijou ciselé qui m’a émerveillée.

Mention toute spéciale au casting d’enfants (mais les parents de Laure, Sophie Cattani et Mathieu Demy sont superbes). Et à la relation fusionnelle de Laure et sa petite sœur, personnage de six ans d’une complexité rare, se jouant même des parents dans une scène de dîner hilarante, dialogue à double sens entrecoupé de rires d’enfant, complice et aimante envers cette grande sœur-frère incompréhensible mais soutenue inconditionnellement.

Après la projection l’autre jour, j’étais incroyablement émue et admirative, et je suis allée bafouiller un simple merci à la réalisatrice, puisque je suis toujours très nulle pour exprimer des émotions fortes à l’oral et en particulier à ceux qui les ont fait naître en moi. Si elle passe par là, que Céline Sciamma soit à nouveau et un peu mieux remerciée pour tant de beauté, de subtilité, de plaisir, de rires, de frissons, pour savoir conter des histoires si belles et qui touchent ce qu’il y a de plus profond en nous.

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vendredi 18 mars 2011

La fenêtre

Chez moi, il y a un petit rectangle ouvert sur la terreur du monde.

Des images de vie et de mort tressautantes et sonores, à la merci de mon index sur un petit bouton de rien.

Depuis des semaines, de la fenêtre ouverte, s’échappent vers moi et le monde entier des pixels d’espoir ou d’effroi, inodores et sans goût, en tous cas pas celui du réel. Et pourtant.

Dans mon salon et si loin de moi, des Autres aux langages étranges et aux teints différents de ma pâleur celte se battent et souffrent et meurent et espèrent et je ne peux que tendre mes doigts impuissants vers les boucles sans fin d’images – véridiques ou menteuses ? - que l’on m’envoie d’eux, frères pourtant, enfermés derrière la vitre minuscule.

La fenêtre me projette dans une dimension irréelle. Moi, devant les images accusatrices et dansantes, tellement vivante, un verre à la main, un chat ronronnant sur les genoux, enfournant un gâteau au chocolat, embrassant un amant, surveillant un risotto, coupable de mon confort et pourtant pas, des larmes dans mes yeux, pour eux.

Il y a eu l’Egypte et l’intense place sur laquelle j’aurais dû me trouver début février, voyage avorté. J’ai retrouvé quelques semaines après à Paris les amis égyptiens que j’aurais dû voir là-bas, enthousiastes et prêts à l’avenir, si beaux et forts, au coeur de l'inimaginable, pas si longtemps auparavant…

Aujourd’hui, le Japon n’a jamais été si près, si loin, si étranger et si familier. Je m’émeus plus que tout à la vision de ces vieillards fragiles et sidérés dont l’univers perdu ne sera jamais retrouvé avant la mort, et j’aimerais leur offrir un abri pour finir moins cruellement une vie. Les plus jeunes reconstruiront, pas eux. Pourquoi suis-je toujours si sensible à la souffrance des personnes âgées alors que j’en ai si peu côtoyées qui m’ont importées ?... Peut-être à cause de cela ?

Aujourd’hui Tobrouk évoque autre chose qu’un camion rempli de nitroglycérine. Quoique.

Le monde a décidé en cette année 2011 de se révolter et de trembler. Terrorisé ou en colère. Et moi je le regarde par la fenêtre. A l’abri. Ou pas. Reliée au monde en proie au chaos que nous avons créé. Comment réparer ? Comment puis-je réparer un tant soit peu, cachée derrière ma fenêtre ? Je cherche la réponse, et n'ai pour l'instant à offrir que ma compassion.

jeudi 24 février 2011

Chez moi

Depuis quatre semaines, dans mon nouveau chez moi, il y a :

  • de la lumière qui rentre à flots par de larges baies vitrées
  • la nuit l'ombre des arbres qui danse dans ma chambre, rêve éveillé
  • du carrelage métro rouge parce que c'est gai
  • un drôle de zèbre qui quadrille un bout de mur
  • une cloison de verre qui se joue des couleurs et des ombres
  • un vieux meuble qui a repris vie grâce à un peu de peinture et de verre rouge
  • un matou heureux qui déambule sur le balcon-débarras au gré de ses envies grâce à une chatière de bon aloi
  • des meubles de métal aux flancs patinés et sonores
  • des papillons bleus qui miroitent de soleil ou de lune
  • un petit rocking-chair facétieux
  • des tas (trop) de bidules qui me racontent des souvenirs d'ici ou d'ailleurs

Et il y a une table assez vaste pour accueillir les amis, les petits-déjeuners tranquilles ou bavards, le vrac de papiers où s'écrit depuis peu une histoire en train de naître dans ma tête, dans mon coeur et sous mes doigts. Je suis si heureuse de retrouver ce bonheur-là.

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Edit du 27/02 : à la demande de Pablo, quelques papillons bleus auxquels la photo ne rend pas leur splendeur (j'avais toujours dit que dans ma collection de papillons - commencée il y a 20 ans, ils sont innombrables chez moi - je n'en voulais pas de vrais, piqués par le milieu du corps dans une boite, mais ceux-là, dénichés chez un brocanteur, ont eu raison de cette résolution : ils sont sublimes et jouent de toutes les lumières pour le plus beau...

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lundi 31 janvier 2011

Cartons Paradis

J'ai toujours bien aimé Vanessa Paradis. Je me souviens parfaitement de la première fois que je l'ai entendue à la radio, un matin d'il y a plus de 20 ans, me demandant quel âge pouvait bien avoir la gamine qui chantait cette histoire de taxi. Depuis, j'ai toujours admiré son talent d'actrice, aimé la justesse de sa voix, apprécié ses choix (elle a tout bon, n'empêche : Gainsbourg, Kravitz, Goude, M... et Johnny Depp). J'étais hier soir aux Folies Bergère, invitée à son concert acoustique, et j'ai passé une excellente soirée : elle est belle et ondule joliment, simplement vêtue d'un jean puis d'une robe tournoyante, les arrangements étaient très beaux et elle peut même se permettre de chanter du Félix Leclerc en suscitant l'émotion (je n'ai pas une folle passion pour Félix Leclerc, il me rappelle mes années adolescentes et me flanque habituellement un cafard noir). Bref, elle m'a encore bluffée : classe et grâce. (mention spéciale à une chanson qui m'était inconnue : "Dans mon café").

C'était un moyen parfait de me sortir la tête et les mains de mes cartons de déménagement. J'étais éreintée mais ce concert m'a fait un bien fou !

Je suis donc installée dans mes pénates nouvelles. C'est encore le bazar mais ça prend tournure. Je sais pourquoi on dit qu'un déménagement est un évènement stressant : c'est fatiguant physiquement et mentalement par tout ce qu'il y a à porter, déplacer, organiser et penser. Et quand par hasard, on se dit qu'on rentrerait bien chez soi pour faire une pause, on n'a plus ou pas encore vraiment de chez soi... Sentiment de transition, d'être étranger en tous lieux. Qui n'a jamais mangé une pizza (ou des nouilles chinoises) sur le rebord d'un carton de déménagement en guise en table, environné de meubles sous couvertures scotchées et de pyramides de caisses en tous genres ne peut toucher du doigt l'ultra-déprimant de la chose. Croyez-moi. Surtout quand vous avez acheté des bières, que le décapsuleur est déjà emballé et que vous vous faites un mal de chien à la main en essayant d'officier avec un briquet... Spleen et gros mots assurés.

Premier retour de boulot ce soir dans ma nouvelle casbah : je vais essayer de ne pas prendre machinalement mon ancienne ligne de métro, j'espère que mon chat n'aura pas fait moult pipis sur canapé pour se venger du changement de décor, et que je vais finir par retrouver quelques foutues lampes qui manquent encore à l'appel (un tuyau en passant : ne jamais marquer "DIVERS" sur un carton de déménagement, mauvaise idée...).

Cartons-Paradis fut le thème de mon week-end. La deuxième m'a rendue les premiers plus jolis.

Et au fait, pour la première fois depuis 28 ans, je ne suis plus parisienne !!! Je vais de ce pas réintégrer ma banlieue (pas lointaine) pour fêter ça.

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