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mardi 3 avril 2012

366/7 - Ce que l'on porte

Besoin de porter un peu de gaîté et de tendresse aujourd’hui : jupe voltigeante et ballerines trotteuses, voile de satin sombre doux à mes jambes, pull soyeux ponctué de fleurs et papillons, collier nacré cadeau de mes parents pour un anniversaire marquant, pendentif en forme de coeur, souvenir amoureux ancien dont j’aime le réconfort contre ma peau certains jours plus fragiles.

Bague indienne, ongles roses, cheveux ébouriffés et maquillage cache-fatigue. Je porte aussi, fardeau habituel, quelques kilos superflus que je récuse toujours car je ne parviens pas à me faire à l’idée qu’ils font partie de moi, comme ma gourmandise...

vendredi 29 octobre 2010

Roma, bellissima

Je commence à avoir mes habitudes à Rome – comme dans quelques villes où mon boulot m’amène annuellement[1]. Arrivée sans encombres bien qu’un jeudi de grève, un monsieur m’attend à l’arrivée avec mon nom écrit maladroitement sur une pancarte. On roule vers la ville – pas trop Fangio, c’est rare, la dernière fois, le chauffeur conduisait à 180, volant tenu au genou, les mains trop occupées par deux telefoninos dans lesquels il criait en même temps. Un salut au Colisée sur le chemin, on passe par des petites rues charmantes aux façades ocres et roses. A peine le temps de poser mon sac dans une chambre d’hôtel simili-antique au confort très 21è siècle, je fonce vers ma petite trattoria préférée, nichée au fond d’une cour ombrée de feuillage, pleine d’italiens en famille et de vieux magnifiques qui s’engueulent en jouant aux cartes. On s’interpelle d’une table à l’autre, je comprends parfois quelques échanges, c’est très gai. Rituellement, je choisis le premier plat de pâtes de la liste du jour, illisible, et que personne ici ne sait me traduire. Je fais confiance et c’est toujours délicieux. Je commence par quelques gressins croustillants, une mozzarella joufflue que j’agrémente de poivre et d’huile d’olive odorante, d’un verre de vin blanc frais. Et je crois bien que je suis heureuse. Tout à l’heure, je me poserai sur le rebord de marbre lisse d’une fontaine exubérante pour offrir ma paresse post-pasta au tiède soleil d’automne, chanceuse…

Le lendemain : matin boulot. Je rencontre une foultitude d’italiens bruyants qui m’étourdissent de projets par milliers, paroles chantantes et mains expressives. Quelquefois, je ne les écoute pas beaucoup ; je les regarde et les aime bien. Une italienne sublimement belle et ronde m’expose avec passion un scénario dont elle est l’héroïne, inspiré de sa vie : les aléas d’un corps détesté, rejeté, malmené, puis accepté et sublimé, façon comédie à l’italienne. J’adore. Aujourd’hui, la belle aux formes généreuses les expose pour éduquer les yeux, les cœurs, changer les préjugés. Elle est connue ici, il parait, grâce à l’association qu’elle a créée qui montre dans toutes les écoles d’Italie, par le biais d’un petit fascicule éducatif et salutaire, des corps de femme différents pour lutter contre les troubles alimentaires adolescents. Elle publie aussi chaque année un calendrier où posent de « vraies femmes » (donna, donna !), m’offre celui de 2010 bientôt obsolète et me propose tout de go de faire partie des modèles 2011. J’accepte, enthousiaste et honorée. Nous tombons dans les bras l’une de l’autre à l’issue d’un rendez-vous professionnel devenu intime. Bon sang, que j’aime mon métier et les gens magnifiques qu’il me permet de rencontrer ! (Cependant, je ne sais pas si je ferai vraiment partie des modèles de l’année à venir : les prises de vues ont lieu à Rome et je ne suis pas sûre de pouvoir y retourner pour l’occasion.)

Après-midi libre et vagabonde, de la place d’Espagne à Santa Maria in Trastevere, en passant par la Piazza Navona, le Campo de Fiori, retour furtif par la Trevi aussi assiégée que si une horde d’Anita Ekberg se baignait encore dedans… Mes jambes fatiguées se réconfortent à la pensée des nouvelles bottes souples trouvées en chemin qu’elles arboreront dès demain (oui, je sais, j’en ai déjà 72 paires au bas mot, mais c’est ici la tentation permanente, des bottes toutes plus sublimes les unes que les autres me guettent à chaque coin de rue, et je suis très faible en ce domaine…). Quelque part au gré de quelques ruelles colorées, je me pose sur une piazza minuscule, devant une église de poupée, pour déguster une glace à la réglisse (à la réglisse !!!) à mourir de plaisir, et je comprends pourquoi une amie m’a dit récemment m'avoir reconnue à chaque ligne du livre « Mange, Prie, Aime », best-seller un peu new age/neu-neu mais néanmoins sympathique, récemment adapté façon comédie romantique américaine typique, et dont la recherche désordonnée du bonheur s'apparente, je ne peux le nier, à la mienne. Oui, j’avoue avoir expérimenté pas mal de formes de méditation et de quêtes spirituelles de tous ordres à certaines époques de ma vie, mais franchement, bien mieux qu’après une séance de zazen torturante ou une heure de méditation ponctuée de « Om » convaincus, quand je suis dans un lieu sublime, le cœur en paix, à déguster une époustouflante glace à la réglisse (à la réglisse !!!), je communie pour de bon avec l’univers tout entier et je crois que Dieu et le Bonheur existent (enfin, j’en suis persuadée la plupart du temps, mais là j’en ai la preuve…et si Javier Bardem ou assimilé est au bout du chemin, je prends, et j'y croirais plus encore !)

Néanmoins, malgré – ou à cause de – toutes ses beautés, Rome me fait parfois irrésistiblement penser à une vieille femme qui ressasserait sans fin ses succès d’antan, ses amants disparus, ses courbes divines désormais ridées et oubliées. J’ai l’impression qu’on ne parle jamais ici que de la splendeur de l’Empire ou de la Dolce Vita. Et que le temps s’est arrêté ensuite… J’avoue en être toujours surprise et parfois agacée. La Ville est peut-être Eternelle mais s’apparente à un grenier, à mes yeux. Un grenier splendide et bourré de merveilles, mais grenier quoi qu’il en soit. J’arrive ici pour un festival récent, et les films dont on parle toujours le plus ce sont « Vacances Romaines », omniprésent, et – éternellement – la « Dolce Vita », dont on fête le 50è anniversaire cette année. J’ai l’impression que – presque - tous les producteurs et réalisateurs que je croise ici se réfèrent sans fin à Fellini. Peut-être faudrait-il les informer qu’il est mort et qu’il conviendrait de passer à autre chose… sans pour autant être coupable de crime de lèse-majesté (à mon humble avis).

J’avoue me plaire parfois plus dans le mouvement de Londres l’excentrique où j’étais la semaine dernière, de Madrid où tout est plus fou et iconoclaste qu’ici, de Berlin dont l’histoire douloureuse s’est faite levier de créativité. J’aime que Paris n’ait pas hésité à construire Beaubourg au centre d’un quartier ancien et à marier une pyramide de verre au Louvre. Rome est à mes yeux un peu trop confite dans la dévotion au passé… mais infiniment belle. J’ai des sentiments partagés à l’égard de cette vieille dame qui m’a offert néanmoins cette année un bien joli séjour.

Notes

[1] C’est pour cela que je renonce aujourd’hui à migrer en Bretagne : mon avenir professionnel serait trop fade comparé à mon actualité passionnante en ce domaine. On verra plus tard.

lundi 11 octobre 2010

Cinq ans

Je reviens de quelques jours ensoleillés dans ma Bretagne aimée. Derniers bains de l’année, seule sur mes plages claires. Energisée, vivifiée par la caresse des vagues fraiches, lavée des miasmes de petits chagrins parisiens oubliés là, prête à embrasser le monde à nouveau. Mon pays d’eau et de lande émeraude me dote de tous les courages, toujours. Je repars vers Paris pleine de promesses à moi-même, de mots à apprivoiser, dont je ne sais pas très bien ce qu’ils m’offriront. Mais curieuse, sans fin.

Je me souviens soudain qu’un jour d’octobre 2005, ce blog est né. Cinq ans. Petit anniversaire qu’il ne convient pas tant que cela de célébrer, mais qui m’invite à me retourner vers ces années si vite écoulées.

Aujourd’hui, cet espace où je me nomme Traou est une ombre de blog, un souvenir de moi auquel je tiens mais qui n’attire plus guère ma plume et mes épanchements. Mes mots prennent d’autres chemins. Je tiens cependant à maintenir en vie cet aimable compagnon à qui je dois beaucoup : il a porté des fardeaux dont je voulais débarrasser mes épaules, m’a aidé à orienter la lumière différemment sur des évènements de ma vie, à les percevoir comme des cadeaux, à la fin.

Par-dessus tout, il a été un joyeux dérivatif à ma solitude, un vecteur de rencontres passionnantes et riches, des amitiés ou des camaraderies en sont nées qui me sont précieuses, et si je ne souhaite pas fermer cet espace, c’est essentiellement pour ces rencontres-là. Il arrive encore aujourd’hui que parvienne jusqu’à moi le salut amical d’un(e) inconnu(e) ayant atterri dans mes archives à la faveur d’une requête internet et ces signes-là je ne veux pas m’en priver, quand bien même sont-ils rares et aléatoires.

Cinq ans après, je ne me vois plus alimenter ce blog de mes écrits jour après jour comme je l’ai fait pendant un peu de temps, mais je n’exclus pas d’y revenir un jour de façon régulière, peut-être, pour y conter d’autres voyages, lointains ou immobiles, d’autres émotions, d’autres sentiments, d’autres évènements, d’autres amours ou d’autres chagrins. Je tente de mettre ceux-là sous des formes autres, fiction, récit, scénario, et le blog n’est plus à l'heure actuelle le meilleur support pour cela sous mes doigts. Mais je ne lui dis pas adieu. J'y reviendrai même dans les temps qui viennent, de façon irrégulière, comme on passe aérer une maison d'été au coeur de l'hiver, pour qu'elle n'ait pas l'air abandonnée, ne sente pas trop le renfermé au moment des retrouvailles...

Et je fais l’apologie de l’écriture bloguesque à d’autres qui cherchent leur plume, je leur dis les cadeaux qu’ils pourront recevoir de livrer leurs écrits au regard des autres, comme je les ai reçus moi-même. Aujourd’hui, je quête d’autres regards, d’autres chemins à arpenter, le stylo à la main, dont je ne sais où ils me mèneront. A un autre bout de moi, sans doute.

mercredi 19 mai 2010

Cannes à l’envers, Cannes à l’endroit

Je suis une très piètre festivalière, je dois bien l’avouer. Et les années passant, je « festivale » même de moins en moins, m’acquittant juste de la mission pour laquelle je me dois de passer quelques jours par an à Cannes. Point. Désolée donc de ne pouvoir vous offrir ici une chronique drolatique, festive ou passionnée de cette 63è édition, je ne ressens rien de tel pour ce festival. Je suis désespérément non-mondaine et couche-tôt, que voulez-vous, ce qui fait de moi une sorte d'ermite-ovni dans ce contexte, j'en suis bien consciente (et je m'en fous).

Il faut dire que cette année, j’ai débarqué sur la Croisette armée d’une batterie de mouchoirs, d’antibiotiques et de pastilles pour la gorge, toussant façon caverne et déjà épuisée de dix jours de crève dont j’avais grand peine à venir à bout. Donc encore moins motivée que d’habitude. A peine arrivée, Boss triomphant et gentil m’a mis dans les mains une place pour la projection de « Wall Street » de la soirée, tenue de Scarlett obligatoire, que j’ai regardée d’un œil torve et aussitôt déclinée, peu encline à abandonner mon cache-nez pour une montée des marches inconfortable et aussi réfrigérante que le grand théâtre Lumière du Palais des Festivals. D’autres m’ont confirmé qu’on s’y pelait autant que les autres années. Très peu pour moi. Je me suis collée au lit à l’heure des poules (celles des basses-cours..). Piètre, vous dis-je…

Comme l’an passé, j’ai fui les fêtes et privilégié les rencontres intimistes avec des créateurs : auteurs, réalisateurs, producteurs, dont j’aime à entendre la passion quand ils me parlent de leurs projets, me racontent des histoires que j’ai envie de les aider à mettre sur l’écran dans la mesure de mes petits moyens. Mon rôle se borne le plus souvent à identifier les bons partenaires pour un film à venir et à les mettre en contact. Quand je tombe juste et que la collaboration de deux personnes que j’ai présentée l’une à l’autre mène à quelque chose de concret, j’en suis heureuse, pour eux, pour l’histoire qui va être peut-être contée à d’autres, pour moi qui aime à faire ainsi partie de la ronde infinie de participants à l’histoire d’un film, parfois innombrables, utiles chacun à leur place, un peu ou beaucoup, certains plus essentiels que d’autres.

Cannes cette année encore, le festival veux-je dire, m’a fait l’effet d’un gigantesque barnum peuplé de créatures pour certaines grotesques, d’un bruit incessant à rendre fou, de boustifaille en pagaille, de liquides alcoolisés ou non par flots entiers, de robes très courtes ou très longues et de talons très hauts, toutes choses surdimensionnées en cet espace restreint, trop de foule, trop d’inutile et de cris. Je m’y sens la plupart du temps totalement déplacée et décalée, incapable de me mettre au diapason de ce que certains considèrent comme une fête et que je trouve pour ma part le plus souvent aussi terrifiant que dérisoire.

J’ai été frappée notamment par la débauche de moyens mis en œuvre pour cet art-industrie en mouvement : mon Dieu les quintaux de nourriture déversés là ! Les hectolitres de champagne ! Le décorum et le superflu, le papier gaspillé dans des publications innombrables que personne ne lit ! Je n’ai pas forcément à me plaindre de cette opulence dont je profite aussi : je rentre aujourd’hui lestée de quelques kilos supplémentaires, comme d’habitude, trop nourrie et abreuvée, au bord de la nausée certains jours, ma gourmandise naturelle muée en gloutonnerie parfois, devant l’offre gigantesque et infernale de denrées auxquelles je ne sais résister.

On dirait bien que les festivaliers viennent ici sans s’être nourris depuis des semaines, en prévision du festin. Les abords des buffets ont parfois des apparences guerrières, les smokings et robes du soir cachent des instincts sauvages : se nourrir au péril de tout comportement civilisé est un challenge quotidien pour certains. Je fais sans doute partie de ceux-là, sans m’en rendre compte, au fait ?... J’ai souvenir l’autre jour de plateaux qui circulaient, portés par des serveurs en grande tenue, et que je guettais comme si ma vie en dépendait car il y avait dessus un assortiment de choses délicieuses dont je voulais ma part (notamment un « thon Rossini » à mourir de plaisir : sur un mini-toast, une mini-tranche de thon surmontée de foie gras frais, les deux à peine poêlés et nappés d’un rien de vinaigre balsamique, une tuerie ! Je n’étais pas la seule à les rafler, ceux-là, vous pouvez me croire…). La palme du cocktail-fou revient à un pays d’Asie qui célèbre son cinéma chaque année sur la plage du Carlton en offrant à des centaines d’invités des buffets multiples, de sushis insensés, ou bien de mini-woks ou fritures préparés par des cuisiniers en tenue, et moult autres splendeurs pour lesquels les festivaliers s’organisent en files interminables attendant fébriles (et agressifs aux resquilleurs) leur portion de délices. Ce cocktail–là je l’avoue m’a bluffée : des verrines multicolores suspendues dans les arbres, des tables habillées de feuillages et de fleurs à profusion, un décor délicat pour une grande bouffe indécente…

Ce soir-là, j'ai observée, médusée, un homme en smoking, l’air pénétré et que je n’aurais pas osé interrompre ou déranger, en pleine crise d’une sorte de folie dévorante : debout devant le buffet des desserts, il remplissait méthodiquement une assiette de TOUT ce qui était proposé sur la table, absolument tout, en un monticule insensé, mélangeant l’immélangeable mais peu lui importait visiblement. Il avisa ensuite les diverses sauces sucrées, fruitées, chocolatées qui étaient offertes pour accommoder les desserts et recouvrit le monticule d’une louche de chacune, achevant son œuvre boulimique par une grosse rasade de TOUS les « toppings » proposés, graines, pépites de chocolats, perles diverses, confettis colorés, se moquant visiblement que tout cela ne soit pas fait pour être mangé ensemble… J’ai évité de le suivre pour voir comment il entendait ingurgiter cette mixture folle, il me faisait l’effet d’un vampire s’apprêtant à faire gicler le sang d’une carotide. J’ai moi-même, à sa vue, fait l’impasse sur le dessert ce soir-là, écoeurée.

N’attendez pas de moi un compte-rendu du festival, côté tapis rouge et programmation, j’en ignore à peu près tout, évitant autant que faire se peut les abords du Palais, bondés, où les escabeaux cadenassés aux barrières proches des marches me paraissent finalement plus pathétiques que drôles : penser que des gens passent des journées entières à ne faire qu’attendre la vision fugitive d’un individu un peu ou beaucoup connu m’interloque et me dégoûte un peu, de même que toute la pagaille pailletée qui se donne là en spectacle.

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Certaines figures de la Croisette, cependant, me font rire ou m’attendrissent : les vieilles femmes moulées de léopard de la tête aux pieds, cagoles maquillées arc-en-ciel et la peau tavelée de soleil du Midi, qui s’éclatent pendant la quinzaine, joyeuses et fières de leur vulgarité assumée; j’aime leur liberté et leur indifférence aux regards moqueurs. Je suis touchée de certaines « belles de Croisette », jeunes filles à peine sorties de l’enfance, aux mollets ronds et dorés, vêtues de leurs plus belles robes et trébuchant sur des talons trop hauts juste pour voir un film d’après-midi, agrippées à leur invitation. J’aime la gentillesse de beaucoup de gens du cru, serveurs des bars ou des restaurants, philosophes et serviables avec cette clientèle cosmopolite, bruyante et parfois condescendante qui les fait vivre cette quinzaine-là plus que d'autres. J’aime la ruche des travailleurs du Marché du Film, gigantesque lieu d’achat, de vente et de fabrication de la pellicule imprimée du monde entier, les milliers de gens qui courent d’un rendez-vous à l’autre, badges voltigeant autour du cou, petits ouvriers du cinéma dont je fais partie, affairés et polyglottes.

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Je n’aime pas en revanche, être réveillée à n’importe quelle heure par les soirées et les « afters » sans fin, la rue de Cannes résonnant sans arrêt de musiques déversées là sans que quiconque ait l'air de trouver anormal les basses sourdes envahissantes, de jour comme de nuit. J’avais cette année par ailleurs la malchance de loger dans un immeuble dont l’étage supérieur était occupé par une société friande de fêtes improvisées ou non : mes rêves et mes insomnies ont été ponctués de façon constante pendant mes cinq nuits cannoises par la techno qui venait de là-haut, et surtout par le piétinement ininterrompu des fêtards allant et venant devant ma porte pour atteindre ou revenir du lieu de la fête. Et croyez-moi, des hordes de filles chaussées de Jimmy Choo (ou imitation) sur escalier de marbre, ça fait du boucan. Je rentre fatiguée…

Finalement, mon plus joli moment cannois, c'est un producteur égyptien qui me l'a offert, en détachant de son porte-clés personnel un petit chat d'argent pour me remercier de lui rendre son portable retrouvé par hasard sous une table en terrasse ensoleillée (bien qu'il ait beaucoup plu et fait froid cette année), portable tout cassé et remis à son propriétaire pour qui il avait l'air essentiel, au terme de conversations alambiquées et difficiles avec des interlocuteurs de langue arabe fort surpris de me voir faire le standard anglophone et féminin de leur ami finalement identifié. J'adore ce petit chat porte-bonheur !

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Chroniques cannoises antérieures (plus glamours et rigolotes, j'étais jeune alors... ;-) ) :

Version 2006

Version 2007 (60è anniversaire)

Version express 2008

Je ne sais pas s'ils me réinviteront l'année prochaine...

dimanche 14 février 2010

Fox d'autrefois et des coccinelles qui dansent

De nos jours, les vœux et souhaits prennent des chemins inconnus autrefois. Pour son anniversaire (qui est le 12 de ce mois pour ce qui me concerne, message subliminal à l’attention de F. par exemple), on reçoit des petits glings de sms sur son portable dès minuit le jour J (le 12, donc), des chansons joyeuses en provenance d’Espagne que l’ordinateur vous susurre en y adjoignant des couleurs psychédéliques, des cartes de vœux animées où des coccinelles dansent et clignotent façon feu d’artifice, et parfois même quelques lettres en vrai papier écrites à la main au fond de sa boite à lettres ! Par la grâce de ceux dont le calendrier n’est pas tout à fait à jour, on se l’entend souhaiter un jour avant ou deux jours après (j’ai eu un appel pas plus tard que tout à l’heure), par téléphone ou mail ou commentaire de blog, la technologie moderne nous aime !

Comme je n’étais pas au rendez-vous du facteur le bon jour (le 12, l’avais-je déjà mentionné ?), je me suis rendue hier au bureau de poste du quartier où s’allongeait une file de gens impatients sûrement comme moi de savoir ce qu’étaient leurs cadeaux d’anniversaire parvenus jusque là par la grâce des Colissimos et autres Chronopost (nous sommes de nombreux Verseaux du 12 février dans le 20è, c’est bien connu). J’étais un peu vaseuse du dîner de la veille où mes œufs en meurette n’étaient pas aussi réussis que ceux de ma maman (damned, y arriverais-je un jour ?) mais pas mauvais quand même ; mes invités avaient l’air contents d’être là et moi heureuse de fêter mon 46è printemps (hiver, plutôt) avec ces amis chers.

A quelques mètres devant moi, une silhouette d’homme vaguement familière attendait son tour pour retirer un colis. Je regardais distraitement ce dos, cette nuque, qui bougeaient d’une façon qui me rappelait un peu quelqu’un, mais qui ? L’homme s’est tourné brièvement, et ce profil rond s’est imposé à ma mémoire : Fox, mon « ex », pas revu depuis quelques années (la dernière fois que je l’ai eu au téléphone, il devait me rappeler incessamment pour que nous fixions un déjeuner, et me rendre une écharpe mienne oubliée dans ses affaires, j’attends toujours : Fox n’a jamais su garder de lien avec les femmes dont il est séparé, je ne l’ai pas relancé…). Je me suis souvenu à cette occasion que nous sommes quasi-voisins, suffisamment pour que nous ayons ce bureau de poste en commun, à défaut de quoi que ce soit d’autre. Un vague souvenir de vie commune agréable et sans passion, assez gaie ma foi, Fox est doté d’un humour que j’aimais bien.

Je l’ai regardé parler à la fille du guichet, remercier pour l’énorme colis qui lui était remis. Je me suis dit que c’était peut-être un cadeau de Saint Valentin pour celle qui partage sa vie aujourd’hui, sa vie dont j’ignore tout depuis presque cinq ans. J’ai regardé cet homme désormais inconnu sans émotion particulière, même pas envie de me manifester ou de le saluer. Quand il a remonté la file vers la sortie, marchant vers moi, j’ai perdu mon regard au loin sans envie de croiser le sien. Son gros colis porté à hauteur de son visage lui a masqué ma présence, je préfère.

Dans mon colis à moi m’attendaient des papillons-bougeoirs de métal gris, ravissants, envoyés par ma sœur. Je porte aux oreilles ce jour des boucles d’oreille de verre chatoyant faites pour moi par un ami, j’aime ces témoignages d’amour proche ou plus lointain, les papillons arrivaient de ma Bretagne chérie, bien sûr.

Aujourd’hui, jour de Saint Valmachin, je reste au chaud chez moi avec un matou noir et blanc qui me prodigue des câlins félins, ce qui est déjà beaucoup mieux que pas de câlins du tout ! Il va falloir que je me décide à plonger dans le dossier de 300 pages que je suis censée connaître pour mon séjour à Berlin les deux prochains jours : heureusement qu’il y a les temps d’aéroport et de vol pour mes révisions… je ne sais travailler que comme cela (quand j’étais lycéenne, j’ai toujours commis mes dissertations la veille du jour où j’étais censée les remettre, après le film de la nuit, on ne se refait pas). Pourtant je suis une grande fille, maintenant (pas une « vieille » fille, nuance ! Non, absolument pas !)

Un grand merci à vous pour vos messages et pensées amicales qui me vont droit au cœur, quel que soit le jour de leur envoi ! Je vous embrasse.

dimanche 22 février 2009

Couettes et Houpettes

Suite à la mise en ligne sur un billet récent, pour rire, d'une photo de moi petite (avec couettes), une mignonne "chaine" s'est mise en route de blog en blog et des photos de blogueurs-minots ont fleuri ici et là. J'ai eu envie de les rassembler, et invite tous ceux et celles qui le souhaiteraient à venir enrichir l'album, en m'envoyant leur photo sur mon mail : traou(at)traou(point)net ou bien en faisant un trackback ici-même ou un lien dans les commentaires si vous faites un billet avec votre bobine, j'irai y récupérer la photo.. Les couettes, houpettes et épis ne sont pas obligatoires. Toutes les coiffures sont acceptées, même les bonnets ! Merci de préciser avec vos photos quel âge vous aviez et, question subsidiaire, quel est le saint du jour de votre naissance ! (pour vous aider à retrouver les dates correspondantes, vous pouvez chercher là). Pour ceux qui ne sont pas très "branchés saints du jours", je précise que c'est juste pour le plaisir de chercher les dates... et de découvrir des prénoms totalement inconnus au bataillon !

De A à Z, donc (88 participant(e)s recensé(e)s le 28 septembre 2008) : Akynou, Alice, Anne-Chiboum, Anne Bonaventure, Aymeric, Bailili, Breizh-Anne, Brol, Caramels, Cécile, Céleste, Céline, Chondre, Claude, Corine, Coumarine, Dite, Domahom, Elle_groggy, En campagne Madeleine, Erin, Fauvette, Féerisette, Filou, Framboise, François Granger, Gatito, Gazelle, Gei, Gilda, Goon, Gourmande, Jahida, Jean (Nuages), Ka, Kozlika, Labosonic, LaCuillerEnBois, Lady Tango, La Luciérnaga, La Miss, Laouenanig, LaVitaNuda, Leeloolene, Libellul, Lou, Luciole, Matoo, Michel V., Mijo, Moi, Nawal, Nady, Obni, Orpheus, Pablo, Palpatine, Pancho & Madame Pancho, Pappolène, Peio, Pim, Pivoine, Pomme, Pralinette, Samantdi, Sambucucciu, sLeAbO, Snèv, Stella Maris, Swâmi Petaramesh, Tanette, Teberli, Telle, Tirui, Tita, Traou, Urbain, Valclair, Valérie de Haute Savoie, Vlad & Dilou & Pénélope, Vroumette, Xuan-Lay, Yves Duel & Denise, Zub.

(il y a des points de suspension pour les infos que je n'ai pas, vous pouvez me les préciser dans les commentaires, je complèterai)

Akynou, à 2 ans et 7 ans et demi (née à la Sainte Lustucru, si, si)

Akynou

Akynou

Alice à 4 ans (née à la Sainte Euphémie)

Alice

Anne (Chiboum) à 4 ans (née à la Saint Régnobert)

Chiboum

Anne Bonaventure à 7 ans (née à la Saint Ardalion)

Anne Bonaventure

Anne (Breizh Anne) à 4 ans (née à la Saint Fursy)

BreizhAnne

Aymeric à 6 mois (né à la Saint...)

Aymeric

Bailili à 2 ans (née à la Saint Théodule)

Bailili

Brol à 5 ans (né à la Saint Prosdocime)

Brol

Caramels à 4 ou 5 ans (né à la Saint Eustache)

Caramels

Cécile à 3 ans (née à la Saint Néophyte, et non pas à la Saint Bambi, cherchez pas...)

Cécile

Céleste

Céleste

Céline à 2 ans (Née à la Saint Castule)

Céline

Chondre à 4 ans (né à la Saint Quiriaque)

Chondre

Claude à 4 ou 5 ans (né à la Saint Aquilin)

Claude

Corine à 1 an (née à la Saint Agrippin)

Corine

Coumarine à 5 ans (née à la Sainte Diémode)

Coumarine

Dite à 7 ans (née à la Sainte Felicula)

Dite

Domahom à 4 ans (né à la Saint...)

Domahom

Elle_groggy à 6 ans (née à la Saint Emidius)

Elle_groggy

Erin à 9 ans sur la première photo, presque 5 ans sur la deuxième (née à la Saint Décorose)

Erin

Erin

Fauvette à 6 ou 7 ans (née à la Saint Saturnin)

Fauvette

Féerisette à 4 ou 5 ans (née à la Saint Léobon).

Féerisette

Féerisette

Filou à 3 et 5 ans (né à la Saint Béat)

Filou

Filou

Framboise à 3 ans (née à la Saint Palémon)

Framboise

François Granger à je ne sais trop quel âge... 7 ? 8 ans ?... (né à la Saint Zotique)

François Granger

Gatito à 2 ou 3 ans (né à la Saint Amour)

Gatito

Gazelle à 2 ans et demi (née à la Sainte Lydie)

Gazelle

Gilda à 5 et 6 ans (née à la Saint Saens)

Gilda

Gilda

Gei à 6 ans (né à la Saint Wulfran)

Gei

Goon à 1 an (né à la Saint Adelelmus)

Goon

Gourmande à 3 ans (née à la Saint Dathe)

Gourmande

Gourmande

Jahida à 5 ans (née à la Saint Polychrone)

Jahida

Jean (Nuages) à 6 ans (né à la Sainte Adelinde)

Nuages

Nuages

Ka à 6 ans (né à la Sainte Rame)

Ka

Kozlika à 5 ans (née à la Saint Mitre)!

Kozlika

Labosonic à quelques mois et à 3/4 ans (né à la Saint Thespésios)

Labosonic

Labosonic

LaCuillerEnBois à 6 ans (née à la Sainte Sessétrude)

LaCuillerEnBois

Lady Tango à 18 mois (née à la Saint Euprépite)

Lady Tango

La Luciérnaga à 2 et 6 ans (née à la Sainte Austregilde)

La Luciérnaga

La Luciérnaga

La Miss à 12 ans (née à la Saint Sérapion)

La Miss

Laouenanig à 3 ans (née à la Sainte Thérèse d'Aquin)

Laouenanig

LaVitaNuda à quelques mois (né à la Saint Vitalique)

LaVitaNuda

Leeloolene à 7 ans (née à la Saint Sinice)

Leeloolene

Libellul à quel âge, on ne sait pas trop... (née à la Saint Théodore de Sikion)

Libellul

Libellul

Lou à 4 ans (née à la Saint Néophyte)

Lou

Luciole à différents âges et sans Saint du jour (à compléter)...

Luciole

Luciole

Luciole

Madeleine à 7 ans, 9 ans et un peu plus tard (née à la Saint Ranulphe)

Madeleine

Madeleine

Madeleine

Matoo à 2 ans (né à la Saint Helmétrude)

Matoo

Matoo

Michel V. à 7 ou 8 ans (né à la Saint Norbert)

Michel V.

Mijo à 3 ans (née à la Saint Lifard)

Mijo

Moi à 5 et 8 ans (né à la Saint...)

Moi

Moi

Nawal à 1 an (née à la Saint Nicéphore)

Nawal

Nady à.... ans (née à la Sainte Lioba)

Nady

Obni à 9 ans (né à la Sainte Euphrosyne).

Obni

Orpheus à 5 et 6 ans (né à la Saint...)

Orpheus

Orpheus

Pablo à 2 ans et demi (né à la Saint Maimboeuf)

Pablo

Palpatine à 2 ans ou presque (né à la Saint Birin)

Palpatine

Palpatine

Pancho à 4 ans (né à la Saint Idulphe)

et Madame Pancho à 18 mois (née à la Sainte Calliope)

Pancho

Madame Pancho

Pappolène à 2 ans et 4 ans 1/2 (née à la Saint Otto de Bamberg)

Pappolène

Pappolène

Peio à 4 ou 5 ans (né à la Saint...)

Peio

Pim à 3 puis 4 ans (née à la Saint Mamertin).

Pim

Pim

Pivoine à 6 ans et demi (née à la Saint Mathieu)

Pivoine

Pomme à 4 ans, (née à la Saint Métrobe)

Pomme

Pralinette à 4 ans (née à la Saint Ursmar)

Pralinette

Samantdi à 6 ans (née à la Saint Chrodegang).

Samantdi

Sambucucciu à 8 ou 9 ans (né à la Saint Malrub)

Sambucucciu

sLeAbO à ..... ans (né à la Saint Hildegonde)

sLeAbO

Snèv à 4 ou 5 ans (né à la Saint Athénodore)

Snèv

Stella Maris à 9 ans (née à la Sainte Lutgarde)

Stella Maris

Swâmi Petaramesh à 18 mois environ (né à la Saint Taxerror, parfaitement, le premier qui trouve la date gagne une retraite à l'ashram) Ces photos et une autre tout aussi belle sont là)

Swâmi Petaramesh

Swâmi Petaramesh

Tanette à 5 ans (née à la Saint Dismas)

Tanette

Teberli à 2 ans (née à la Saint Arnulf)

Teberli

Telle à 3 ans (née à la Saint Tarcise)

Telle

Tirui à 4 ans (né à la Saint Armentaire)

Tirui

Tita à 4 ans (née à la Sainte Pulchérie)

Tita

Traou à 3 ans (née à la Saint Rioc)

Traou

Urbain à 3 ans puis 11 ans (né à la Saint Sosthène), le mari de Madeleine.

Urbain

Urbain

Valclair à 20 ans (né à la Saint Epimaque d'Egypte) et 10 ou 11 ans avant...

Valclair

Valclair

Valérie de Haute-Savoie, pas bien vieille...

Valérie de Haute Savoie

Vlad à 3 ans (née à la Saint Acepsimas). C'est celle qui a du chocolat sur les joues et tient le poupon noir, sa jumelle Dilou à peu près au même âge. Et leur soeur Pénélope à 5/6 ans (née à la Saint Frumence)...

Vlad

Dilou

Pénélope

Vroumette à 7 ou 8 ans (née à la Sainte Encratide)

Vroumette

Xuan-Lay, à 9 ou 10 ans (né à la Saint Mathurin)

Xuan Lay

Yves Duel et Denise, sa maman (pas d'indication d'âge sur la photo et de date anniversaire... à compléter)

Yves Duel

Denise

Zub à 10 ans (né à la Saint Barsimée)

Zub

mercredi 1 octobre 2008

Chronique de Saint Louis 3 – Les perles de Paulette

Or donc Paulette et moi avons joué les colocataires depuis jeudi dernier, par la force des choses mais je crois que nous nous en félicitons mutuellement. On aurait pu plus mal tomber.

Paulette a 75 ans, 2 fils, 2 petits-fils, et un très joli sourire qui devait la rendre craquante il y a quelques dizaines d’années de cela. Encore maintenant, il illumine son visage ridé. J’aime bien la regarder quand nous rions toutes les deux.

Y’a pas à dire, elle est sourde. J’ai la voix qui fatigue (et les voisins des chambres autour doivent se dire que je braille drôlement). Elle prétend qu’elle dort très peu, alors si c’est ça, c’est qu’elle doit ronfler toute éveillée une bonne partie de la nuit…

A ces menus détails près, Paulette s’avère une compagne de chambre charmante et facile à vivre. Elle aime bavarder parce qu’elle s’ennuie à cent sous de l’heure. Il faut dire qu’elle n’a prévu pour toute occupation que la lecture de « Notre temps » et un annuaire de mots fléchés niveau très moyen (hier elle m’a avoué avoir séché un bon moment sur « met breton » en cinq lettres, commençant par C… elle aurait dû me demander [1]), mots fléchés dont elle regarde les réponses un peu souvent, alors forcément, vu la longueur du temps qu’on a à tuer, elle en a vite fait le tour…

Elle me regarde comme un OVNI avec mon ordinateur perpétuellement allumé, me demande ce que je fais avec. Je lui explique : internet (yeux effarés de Paulette), e-mails (ah oui, comme mes petits-fils, dit Paulette, qui ne voit pas du tout de quoi il retourne), musique (moue de Paulette), DVD (air perplexe de Paulette), je n’ai pas prononcé le mot blog, je crois que c’est définitivement hors de portée… En revanche, je lui ai donné un petit cours de téléphone portable. Elle ignorait jusqu'à l'existence de son répertoire.

Paulette est dotée d’un bon sens nature qui s’exprime par des aphorismes définitifs. Toute allusion à sa santé se clôt invariablement par un « Faudrait pas vieillir » convaincu. Et elle tient des propos sur l’égalité humaine devant le malheur et la mort qui valent leur pesant de macarons…

Elle est fascinée par Véronique, la trisomique de la chambre d’en-face qu’elle voit de son lit, et me fait part régulièrement du « malheur » dont il s'agit pour une famille d’avoir un enfant anormal, constatant invariablement que celui-ci n’épargne ni riches ni pauvres, « ni même les gens célèbres, regardez Lino Ventura, lui aussi, sa fille… ». Et elle dodeline de la tête, navrée.

Je lui ai appris la mort de Paul Newman l’autre matin. Elle a enchainé aussi sec sur l’égalité des puissants et des faibles devant la grande faucheuse, ajoutant :

- C’est comme cet acteur, là, vous savez celui qui jouait des castagnettes…

Moi, perplexe, un acteur qui jouait des castagnettes ? Je cherche dans mes souvenirs de latin lovers musicaux, tendance Luis Mariano.

- Non, vraiment je ne vois pas, Paulette. Elle sursaute d’un coup :

- J’ai dit castagnettes, non, non, pas castagnettes, comment ça s’appelle donc ? Des claquettes ! Voilà, cet acteur qui faisait des claquettes !

- Ah oui, dis-je, Jean-Pierre Cassel.

- Ben oui, vous voyez, lui aussi il est mort. Elle garde une minute de silence, en hommage au danseur de claquettes, sans doute, puis enquille d'un même ton : C’est comme cet autre, là, qui jouait avec Sissi dans « Le Vieux Fusil », comment s’appelait-il ?

- Philippe Noiret, c’était Philippe Noiret.

- Oui, c’est ça. Mort aussi. Comme quoi, même célèbres, hein, pas épargnés non plus...

Une telle évidence d'analyse me laisse coite.

Elle revient sur Véronique l’autre matin, admirant la gentillesse de l’équipe soignante à son égard et le dévouement des aides-soignantes qui la font manger. Je lui dis que cela fait partie des tâches leur incombant et qu’il y a de nombreux patients dans un hôpital qui ne sont pas capables de se nourrir ou se laver seuls. Elle reste songeuse un moment, continuant à contempler le repas de Véronique, qu’elle voit bien de son lit, de l’autre côté du couloir, puis me dit en baissant la voix :

- Peut-être qu’elle a des parents célèbres. C’est peut-être pour ça qu’ils sont si attentionnés avec elle…

J’en suis restée comme deux ronds de flan (d’où vient cette expression, au fait ?). Et j’ai grondé gentiment Paulette de soupçonner l’équipe soignante d’avoir des favoritismes de cette sorte. Que diable lui était passé par la tête pour arriver à cette supposition ? C’est le syndrome Lino Ventura qui avait dû faire son chemin depuis la veille, sans doute… Sacrée Paulette.

Au fil de ces quelques jours, nous prenons des habitudes de vie commune, c'est drôle. J'améliore l'ordinaire avec toutes les douceurs qu'on m'apporte, elle est aussi gourmande que moi, Paulette. En retour, comme elle est la plus valide de nous deux, elle va nous chercher un vrai café à la cafétéria après le déjeuner, dont nous nous félicitons toutes les deux... Je lui attache ses colliers autour du cou le matin car elle tremble un peu, les médicaments sans doute, et elle me raconte : celui offert par ses collègues pour son départ en retraite et celui de son cinquantième anniversaire de mariage : ils avaient fait une croisière en Corse avec son mari, mort l'année d'après, et tiens il aimait beaucoup la moutarde, comme vous (j'ai demandé qu'on m'apporte de la moutarde pour masquer l'insipidité des plats). Paulette saute souvent du coq à l'âne dans nos conversations, faut suivre.

Je suis partie hier après-midi. J’ai embrassé Paulette, ses joues parcheminées étaient toutes douces. On était émues toutes les deux. Je lui ai laissé des gâteaux pour ses derniers repas ici ; elle sort aujourd’hui. Je suis allée dire au revoir à Véronique, qui m’a fait un sourire merveilleux que je n’oublierai pas. Quant à Monsieur G. qui trottinait dans les couloirs comme à son habitude (et cherchait ce jour-là à gagner les ascenseurs pour quitter le service, voire l’hôpital, tout nu sous sa chemise jaune, rattrapé régulièrement par les infirmières…), il est venu se poser un moment à côté de moi pendant que j’attendais qu’on me fasse les papiers de sortie. Il m’a demandé énigmatiquement et gravement « Qu’est-ce qu’on peut ramasser ? », il a eu l’air triste que je ne trouve rien pour lui à « ramasser », et il s’est endormi, assis, le menton tombant sur la poitrine. Je ne crois pas qu’il ait entendu mon au revoir.

Notes

[1] c’était CREPE, pour ceux qui sécheraient comme Paulette

mercredi 24 septembre 2008

Je suis une énigme pour la science

Or donc, non contente de m'avoir fait don de deux béquilles tout ce qu'il y a de design et d'une attelle couture, alors que ce n'était même pas mon anniversaire, l'aimable APHP (Assistance Publique Hôpitaux de Paris) a décidé de m'offrir quelques jours de vacances tous frais payés (merci à tous et à moi-même, donc, puisque c'est nous qu'on paye...[1]) à compter de demain et pour une durée indéterminée (ils ont dit quelques jours, donc c'est au moins deux, mais ils refusent de me dire combien de temps durera ce quelques, ça fait partie de la surprise).

Je suis donc en train de préparer mes petites affaires parce qu'il est hors de question qu'ils m'attifent avec l'uniforme traditionnel dont ils m'ont déjà gratifiée la semaine dernière, vous savez le truc sexy qui s'attache dans le dos et qui dévoile bien les fesses pour peu qu'on ait l'idée saugrenue d'aller balader sa perf dans le couloir.

Dans mon sac, "quelques" tenues confort et décentes si jamais il prend l'idée à Boss de venir me voir, mon ordi avec de la musique et des DVD, un casque, un bouquin goûteux (enfin j'espère), et j'ai passé commande aux copains de chocolat, gâteaux, C*ca et douceurs diverses parce que j'ai déjà fait connaissance avec la cuisine locale et c'est pas brillant. En plus il vont me faire dîner à 18 heures, j'adore...

Et pendant que je serai là-bas, j'espère qu'ils ne me tortureront pas trop pour - enfin - trouver ce que j'ai, parce que pour l'instant ils me regardent tous avec l'air d'une poule qui a trouvé un couteau et en se grattant l'occiput, ce qui ne fait pas bien avancer mon schmilblick personnel. Aucune amélioration notable n'est intervenue depuis une semaine dans mes déplacements, alors si ça continue à ce train-là, je suis bonne pour me faire offrir un déambulateur à Noël et vous m'excuserez, je trouve que j'ai pas l'âge, merde ! Au boulot, bande d'incapables !!!

Grave question : est-ce qu'il y a des accès internet dans les hôpitaux, de nos jours ? Sinon comment je vais continuer à faire les exercices que la fée nous donne pour le passage en Dotclear 2 ? J'espère que je pourrais copier chez un(e) petit(e) camarade en rentrant...

Notes

[1] Note à Gamacé : je fais exprès de parler mal ;-)

dimanche 27 mai 2007

Cââânnes, le retour de la vengeance

Quatre petits jours à Cannes, cela suffit à mon "bonheur".

D'abord j'aime pas les fêtes, j'aime pas le chobiz, j'aime pas mettre des chaussures qui font mal aux pieds pour voir un film.
Alors cette année, je n'ai "monté les marches" qu'une seule fois, pour voir le film anniversaire des 60 ans du Festival : "Chacun son Cinéma", 33 courts-métrages de 3 minutes sur le thème de la salle de cinéma, réalisés par des "pointures". Le film était diffusé le même soir sur Canal Plus et sortira en DVD en juin, je crois. Intéressantes variations, dont je retiendrai surtout celles d'Atom Egoyan, de Wenders, des frères Coen, d'Inarritu, de Walter Salles, de Nanni Moretti et de Lars von Trier...

Cannes

C'est sans doute l'effet 60è anniversaire, mais j'ai trouvé qu'il y avait beaucoup plus de monde que d'habitude. Les escabeaux des fans du tapis rouge étaient cadenassés aux barrières en bien plus grand nombre que les années passées. Il faut dire que la montée des marches a vu quelques beaux spécimens cette année : George et Brad pas plus tard qu'hier, Sharon l'autre jour [1] et tous les réalisateurs des 33 films précités, du beau monde...

Cannes

Cannes

Cannes

Cannes

Il faut relativiser néanmoins cette "montée des marches" : pour le festivalier lambda, dont je fais partie, même si nous faisons - obligés - un effort de toilette (et de chaussures, aïe, aïe, aïe...), nous les montons en troupeau, ces foutues marches. Et si nous avons le droit de nous y arrêter pour prendre quelques photos à exhiber fièrement à notre grand-mère ou à notre blog, les seules qui ont le droit de musarder et de prendre les poses devant les photographes, ce sont les stars, celles qui font vendre du papier.

Ah si, beaucoup d'autres photographes vous arrêtent et vous incitent à prendre des poses de stars devant leur objectif, ceci AVANT les marches (SUR les marches il faut une accréditation spéciale). Ces photographes-là vous donnent ensuite leur carte et vous pouvez acheter chez eux le cliché le lendemain... Souvenir frelaté, à peu près autant que la plupart des mondanités cannoises que j'exècre...

Ce que je retiendrai de ce festival 2007, c'est sa très belle affiche, le soleil bienvenu, et... la publicité scandaleuse qu'autorise la municipalité de Cannes à l'église de scientologie sur le petit train qui promène les touristes le long de la Croisette !!! ("La Dianétique" n'est autre que l'ouvrage "de référence" de Ron Hubbard, son fondateur)...

Cannes

Cannes

Cannes

Notes

[1] tic horripilant de ce métier : il est de bon ton d'appeler par leur seul prénom tous les gens un peu ou beaucoup connus, surtout quand on ne les a jamais croisé de sa vie. Cela me hérisse...

jeudi 8 mars 2007

Pas de compte-rendu...

Non, je ne ferai aucun compte-rendu du Paris-Carnet d'hier soir. J'ai trop honte.

...

J'ai confondu les Granger brothers. Je sais pas ce qui m'a pris.
Mais y'en avait un qui devait venir à trois, et puis y z'ont la barbe tous les deux. Et puis...

Je n'ai aucune excuse, je sais...

... je sais (gros soupir).

Je crois que j'irai plus jamais au Paris-Carnet.

(mais y'en a un c'est son anniversaire après-demain. Une dizaine, en plus !)

(Oui, je sais, on se rattrape comme on peut)

jeudi 1 mars 2007

Inde 2è - Auroville

Je quitte Varanasi/Bénarès à regret.

Direction Chennai (anciennement Madras), à trois heures d’avion de là, où je ne m’arrêterai pas. Une voiture m’attend à l’aéroport. Quatre/cinq heures de route en direction de Pondichéry. Je fais halte une dizaine de kilomètres avant. Ma destination finale s’appelle Auroville. Les désirs de Fauvette étant des ordres :-) voici une carte avec mon itinéraire depuis le début.

carte Inde

J’ignorais tout d’Auroville il y a encore quelques mois. J’avais envie de me reposer un peu après mon trimestre trépidant et des amis familiers de la région m’avaient conseillé quelques guest-houses tranquilles dans les arbres ou sur la plage. Exactement ce qu’il me fallait.

J’ai entendu beaucoup de choses sur Auroville avant d’y aller. L’assertion revenant la plus souvent étant : « C’est une secte ! », ce contre quoi je m’insurge absolument. J’ai noté que ceux qui m’en ont parlé le plus négativement étaient le plus souvent, d'ailleurs, ceux qui n’y avaient jamais mis les pieds…

Auroville est une sorte d’utopie à l’œuvre. Une ville créée de toutes pièces il y a près de 40 ans à l’initiative de « La Mère », la compagne de Sri Aurobindo dont l’ashram est à Pondichéry, et qui lui donne son nom. Elle a été inaugurée le 28 février 1968 en présence de représentants de 124 pays et de 23 états de l'Inde, lesquels avaient apporté chacun une poignée de terre de leur pays, rassemblées dans une urne au centre d’Auroville, pour signifier que la ville n'appartiendrait à aucune nation en particulier mais à l'ensemble de l'humanité. Cette expérience communautaire est reconnue par l'Unesco.

Sur le site internet d'Auroville, on lit en introduction ce résumé du projet aurovillien :

"Auroville se veut une cité universelle où hommes et femmes de tous pays doivent pouvoir vivre en paix et en harmonie progressive, au-dessus de toute croyance, de toute politique et de toute nationalité. Le but d'Auroville est de réaliser l'unité humaine."

Concrètement, les habitants, regroupés en communautés, centrent leurs activités et leurs recherches sur la régénération de l'environnement, l'agriculture organique, l'énergie renouvelable, le développement des villages, l'artisanat, les soins de santé les échanges interculturels... Au coeur de l'expérience aurovillienne : la recherche d'une économie sans argent et d'une organisation sans hiérarchie...

La ville a été construite sur le modèle d’une galaxie, rayonnant à partir d’un centre occupé par le « Matrimandir », "l'âme" d'Auroville, un lieu de méditation et de recueillement, qui n'est relié à aucune religion. Son nom même renvoie à l'idée de "mère universelle". Quant à la symbolique de sa construction, des 12 "pétales" qui l'entourent, je vous renvoie au site d'Auroville pour de plus amples explications, c'est assez long et complexe.

maquette Auroville

En haut du Matrimandir, qui ressemble quand même fichtrement à une balle de golf dorée (c'est vraiment de l'or, au fait : un système exclusif et allemand qui insère une feuille d'or entre deux plaques de verre), on trouve la "chambre intérieure", à laquelle on ne peut accéder que si l'on est résident d'Auroville, et après une session d'information au visitor's center (une expo, un petit film, une première simple visite des jardins, ensuite on a le droit de prendre rendez-vous pour le jour d'après, ça se mérite). Il s'agit d'une pièce toute blanche, construite d'après une vision de la Mère, sans fleurs, ni statues, ni encens, rien que le silence et le blanc. On distribue des chaussettes blanches à tous les visiteurs et on est priés de ne toucher à rien... A l'intérieur de cette pièce circulaire, 12 piliers blancs en cercle, et au centre, une énorme boule de cristal capte la lumière du soleil qui tombe à la verticale du plafond ouvert sur l'extérieur. C'est très beau. Et sûrement très serein quand il n'y a pas de marteaux-piqueurs tout autour ! (ils essaient de finir le Matrimandir pour le 40è anniversaire, l'année prochaine, il est en travaux depuis plus de 30 ans...). J'y ai connu quelques secondes d'un silence rare et appréciable, quand même.

Matrimandir

A Auroville on peut prendre des cours de tai-chi, de yoga "intégral" (celui d'Aurobindo, "qui commence là où le yoga finit", ne m'en demandez pas plus, je connais très mal Aurobindo et ne pratique pas le yoga, ni intégral ni autre), on peut faire des sessions de "danse intégration avec les 5 éléments", de "Vedic mathematics" et de "Vedic astrology". On y croise des masseurs ayurvédiques et des lecteurs d'aura. Tout est orienté partout pour le bien-être et l'éveil du corps, de l'âme, des sens, de la conscience... Bon, il faut être un peu branché sur ce genre de disciplines, sinon je conçois que ça puisse faire sourire. J'avoue que moi-même la danse avec les cocotiers, les oiseaux et le sable... (authentique).

La ville était prévue au départ pour accueillir 50 000 habitants. Ils sont aujourd’hui… 1 800. Et c’est peut-être là que le bât blesse et que la question se pose : 40 ans après, doit-on considérer Auroville comme un échec, à l’aune de son peu de fréquentation ?

J’ai passé une semaine entière à Auroville. C’est trop peu, sans doute pour se rendre vraiment compte, mais j’en garde un sentiment mitigé : j’ai trouvé là le havre de paix que je cherchais, une petite maison perdue au milieu des arbres, la mer pas très loin. J’y ai rencontré des êtres humains formidables, accueillants et généreux, au cœur de très réelles et sincères démarches spirituelles, désireux de faire d’Auroville un modèle d’humanité et s’y employant.

Je pense qu’Auroville a une réelle influence positive sur son environnement, avec notamment une aide à la scolarisation ou l’équipement des villages alentours. La ville et ses infrastructures ont également créé des emplois pour la population locale. Il y a là un vrai projet de vie, un projet écologique, social, humain. Mais…

Mais j’avoue que j’ai été quelque peu dérangée par le déséquilibre que l’on observe un peu partout à Auroville : Il y a là-bas des maisons fabuleuses, grandes, belles, perdues dans la nature, aux architectures parfois fantasques ou spectaculaires. Ceux qui les habitent sont des occidentaux en majeure partie : canadiens, allemands, italiens, français, hollandais, etc… Et les indiens occupent les emplois d’intendance, sont à leur service. Certains jours, au-delà de la fraternité qui a l’air de régner en ce lieu la plus grande partie du temps (ce sont des humains, aussi, il y a des frictions comme partout), je me suis surprise à me demander si ce projet n’était pas après tout une autre forme de colonisation…

Et je n’ai pu m’empêcher de me demander aussi s’il était bien nécessaire d’investir les sommes folles qui ont sûrement été englouties dans l’achat des terres et la construction des édifices communs, en particulier le Matrimandir, pour ce qui n’est somme toute désormais qu’un village de moins de 2000 âmes et donc pas du tout la ville qui était prévue au départ… Même s'il s'agit de donations privées. Je suis un peu perplexe, j’avoue.

Je ne crois pas que je retournerai à Auroville. J'y ai trouvé le calme, un cadre magnifique. Je ne dédaigne pas de trouver un paon perché devant ma porte quand je me lève le matin. J'y ai croisé de beaux êtres qui m'ont parlé avec émotion et sincérité de leur expérience et de leur foi en ce projet que certains accompagnaient depuis l'origine, leurs enfants et petits-enfants nés à Auroville.

paon

Mais ce n'est pas l'Inde. C'est une parenthèse en Inde, une enclave à part et coupée du reste du pays. Si je retourne en Inde, ce sera à Bénarès ou d'autres endroits qui me parlent plus. D'Auroville, je garderai quand même l'image d'un arbre sans âge que je ne connaissais pas : le banyan qui marque le centre d'Auroville, juste à côté du Matrimandir. Cet arbre est symbole d'éternité car quand une de ses branches qui ploie touche le sol, elle y plonge et y fait naître les racines d'un nouvel arbre. Un banyan est donc entouré d'une forêt de ses "enfants" tous reliés à lui et qui vont eux-mêmes s'étendre à l'infini. J'ai trouvé à l'ombre de cet arbre un calme plus grand que dans la chambre de méditation.

Banyan

Et plus proche de la vie de l'Inde que j'aime côtoyer, je garderai l'image de ma petite choupette vendeuse de poissons plein de mouches, sur la route de la mer, que mettait en joie les photos d'elle que je lui montrais sur le petit écran de mon appareil. Ma dernière et plus jolie image de l'Inde.

marchande de poissons

lundi 13 novembre 2006

Fairy birthday !

Pour un nombre incalculable de blogueurs, dont j'ai la chance de faire partie, cette journée du 13 novembre rappelle celle de 1960 qui vit la naissance d'une fée sur le berceau de laquelle quelques autres s'étaient penchées. Des journalistes virtuels ont donc parcouru la blogosphère pour recueillir nos impressions en ce jour :

- Et toi, tu l'as connue comment la fée ?

Je l'ai connue par l'intermédiaire d'une de ses copines, sorcière de son état, je crois (les fées et les sorcières sont assez copines, souvent. Parfois ce sont les mêmes, d'ailleurs...), qui écrit un blog magnifique, le premier que j'ai lu et qui m'a fait découvrir cet univers et ses auteurs. Quand l'envie m'a pris d'ouvrir le mien, c'est tout naturellement un des thèmes de la fée que j'ai choisi (et que j'utilise toujours, c'est marqué tout là-bas, en bas de la page). Je lui ai posé deux/trois questions aussi débutantes que saugrenues sur le forum Dotclear, auxquelles elle a répondu très vite et gentiment (parfois avec perplexité, en se demandant comment j'avais bien pu faire pour m'emberlificoter pareillement...)

- Quel est son billet qui t'a fait le plus rire ou pleurer ?

Incontestablement, mon préféré c'est la "Lettre à Monsieur la Vie". J'en recommande souvent la lecture autour de moi. Celui qui m'a fait le plus marrer, c'est l'histoire des bas qui tiennent tous seuls / qui ne tiennent absolument pas tous seuls, bouchon sur les chevilles en prime (et je sais de quoi elle parle !). En revanche, je n'ai pas retrouvé le billet...

- Et tu l'as rencontrée ?

La première fois, à mon premier Paris-Carnet (le premier "vrai", celui où je suis restée plus de 3mn12). Elle m'avait d'ailleurs gentiment proposé, après ma fuite éperdue à ma première tentative, de me chaperonner la fois suivante. Puis à d'autres Paris-Carnet encore, puis dans une maison pleine de souris et de zozos et puis aussi dans un drôle d'endroit où une dame et un monsieur chantaient dans du foin et une autre dame sur une balançoire. Si ! Parfaitement ! (la fée fréquente des endroits étranges et des gens fort peu recommandables : la dame sur la balançoire a trucidé son époux pas moins de trente minutes après...)

- Elle est comment en vrai ?

C'est vraiment vraiment une fée, parce que la première fois qu'elle m'a vue, elle m'a fait un grand grand sourire (elle fait souvent des grands grands sourires) en me disant "Bonjour Traou", que j'ai failli en tomber par terre, vu qu'elle ne m'avait JAMAIS rencontrée, j'en suis sûre. Comment fait-elle ?
Sinon, elle aime se lever très très tôt même quand elle ne travaille pas et prendre le petit déjeuner avec des tas de gens qui se sont levés très tôt aussi à sa demande (je le sais, je l'ai fait).
Elle est capable d'aller assister trois fois de suite au trucidage d'un époux par une dame qui trente minutes plus tôt se balançait l'air de rien. Et même, elle veut bien aller assister à la répétition de la tuerie !!!
Ce qui est sûr, c'est qu'elle tricote aussi bien les mots que la laine où les subtilités d'un template php...

- Qu'est-ce que tu ne pourrais pas faire sans elle ?

Elle m'a appris ce que c'était qu'un orgue de verre. Je lui dois beaucoup.

- Et si la fée était un logiciel, lequel serait-ce ?

Un logiciel ? Quelle drôle de question... Un logiciel à dimension humaine, en tous cas, spécialisé dans l'aide désintéressée à autrui...


Toutes les interviews sont regroupées dans les commentaires de ce billet, chez la fée elle-même.


Kozlika, je te souhaite un très très très bel anniversaire !
Affectueusement à toi...

jeudi 1 juin 2006

Billet non-romantique

J’ai un amoureux transi. Je crois que c’est comme ça qu’on dit (quoique ces jours-ci, nous le sommes tous, transis… à l’heure qu’il est j’ai une double polaire sur le dos. Fermons la parenthèse, je m’en fous un peu de la météo…).

Il m’étonne, cet homme. Cela fait quoi, deux ans et demi, trois ans, qu’il a décrété de façon totalement unilatérale que j’étais son "âme-sœur" (les grands mots !) C’est un enthousiaste. Cependant, il n’a jamais réussi à me faire partager cet enthousiasme et sa conviction inébranlable. Et très franchement… il me saoûle.

Oh, il ne me poursuit pas tout le temps, Dieu merci. Mais il fait des sortes de "crises" : au moment de ma fête, de mon anniversaire, de la Saint Valentin (beurk). Je reçois coups de fil, messages divers, il a un peu arrêté les fleurs : j’ai renvoyé les dernières.

Au début, j’étais gentille, d’ailleurs je ne le prenais pas du tout au sérieux. Un mec qui vous déclare sa flamme d’emblée dans une fête animée avec des gens d’un peu tous horizons (c’était un copain de copain du voisin des copains amené par un copain, genre…), on prend ça à la rigolade, on croit à un jeu. Ben non, pas lui, il n’est pas joueur. Très sérieux même. Et la fête finie, ses déclarations ne se sont pas démenties. Il est du genre constant dans ses obsessions. Je n’en reviens pas qu’il en soit encore au même point, après tout ce temps.

Très vite, il s’est avéré carrément scotch : déclarations en tous genres, roses en veux-tu en voilà, cour classique, rien de très original, il n’est même pas drôle, le pauvre. J’ai employé à peu près tous les tons et tous les langages pour lui dire qu’il ne m’intéressait pas le moins du monde : d’abord gentille, puis juste courtoise, et au fur et à mesure que l’agacement grandissait, carrément cassante. J’ai tenté la persuasion, l’humour, le raisonnement, l’appel à son intelligence (?). Rien, j’ai un roc en face de moi qui reste, quoi que je fasse ou dise, persuadé qu’un jour je me rendrai à l’évidence : nous sommes faits l’un pour l’autre. Merde, c’est bien ma veine ! Et il a un argument massue pour étayer sa démonstration : nous sommes nés le même jour… Notre gémellité a fini de le convaincre que j’étais celle que, celle qui… Le fou total, quoi. Enfin, non, même pas. Tout au moins il n'en a pas l'air : il a un job fort sérieux, des amis, des enfants, des loisirs... Etrange affaire...

Quand j’étais avec Fox, il s’est un peu calmé (je pense qu’il s’arrange pour avoir de mes nouvelles via les copains de copains de copains … Je l’ai d’ailleurs recroisé une fois à une autre soirée où il me regardait avec des yeux de chien battu parce que je l'évitais tant que je pouvais). Et m’a rappelé il y a quelques mois pour me faire savoir qu’il était toujours libre pour moi (et soit il savait que je l’étais aussi, soit il s’en fout que je le sois ou non… Je crois qu’il s’en fout). Il m’a ensuite importunée non-stop avec des textos divers et variés pendant que j’étais à Berlin (c’était le moment de la Saint Valentin, ça le rend nerveux). Et il m’a même passé un coup de fil au retour, mécontent que je ne lui réponde pas et que je ne me rende pas à cette évidence selon lui que nous sommes "destinés l’un à l’autre" (il le dit sans rire)… Là, je l’ai vraiment envoyé balader et il s’est calmé depuis. Pour de bon, j’espère.

En dehors du fait que ce mec a sans doute quand même un grain, ce qui m’étonne c’est que finalement ce type d’attitude n’est pas si rare : j’ai entendu des témoignages de plusieurs personnes déjà, de ces amoureux transis ou ces amants éconduits qui s’accrochent ainsi désespérement à un autre improbable et qui peuvent être autant des hommes que des femmes.

Qu’est-ce qui peut motiver quelqu’un à se comporter ainsi ? Quelle projection fait-il sur l’autre ? Quel manque incroyable comble-t-il ainsi ?

Et quel manque de fierté… Quand l’autre ne vous veut pas, ou ne vous veut plus, qu’est-ce que qui peut pousser à tenter de s’imposer malgré tout ? Quelle folie peut faire imaginer qu’on puisse susciter l’amour ainsi ? De force ? On peut convaincre un autre de beaucoup de choses mais certainement pas de vous aimer. Ceux qui ont cette impossible quête ont sans doute une vision bien déformée – et bien piètre – de l’amour… Cela me laisse perplexe.

En fait, j’ai repensé à lui tout à l’heure car dans la rue, d’une fenêtre ouverte, s’échappaient les notes et les paroles de "Ne me quitte pas" de Jacques Brel. Magnifique chanson, soit. Mais si j’adore le grand Jacques, et si j’ai vibré comme tout un chacun en l’entendant la chanter ou le voyant dans ces vieux films en noir et blanc, complètement en transe sur la scène de l’Olympia, j’avoue que cette chanson m’a toujours parue un exercice de style. Que personne n’aime à voir se concrétiser dans la vraie vie.

C’est la dernière strophe qui m’a fait penser à mon "boulet", et qui m’a toujours parue parfaitement aberrante. Franchement sur le papier : "Laisse-moi devenir l'ombre de ton ombre, l'ombre de ta main, l'ombre de ton chien", c’est sûrement très intense, mais dans la vraie vie, un mec qui me dirait un truc pareil, ce serait une raison de plus de le fuir, n'empêche. En dehors du fait que je n’ai pas de chien, ce qui rendrait cette requête parfaitement ridicule.

Non, trêve de plaisanterie : imaginez un instant quelqu’un qui vous tiendrait des propos similaires aux paroles de cette chanson après une rupture à votre initiative (et à certains d’entre nous, c’est sûrement déjà arrivé, sous une forme moins poétique sans doute). Je suis sûre que vous considéreriez cela comme parfaitement et définitivement tue-l’amour. C’est la chanson de quelqu’un qui implore. Je ne suis pas sûre qu’on puisse aimer (ou faire revenir l'amour disparu en l’occurrence) par pitié… Je suis même persuadée du contraire.

Je ne suis pas bien romantique ce soir, moi…

lundi 1 mai 2006

Couettes et houpettes

Suite à la mise en ligne sur un billet récent, pour rire, d'une photo de moi petite (avec couettes), une mignonne "chaine" s'est mise en route de blog en blog et des photos de blogueurs-minots ont fleuri ici et là. J'ai eu envie de les rassembler, et invite tous ceux et celles qui le souhaiteraient à venir enrichir l'album, en m'envoyant leur photo sur mon mail : traou(at)traou(point)net ou bien en faisant un trackback ici-même ou un lien dans les commentaires si vous faites un billet avec votre bobine, j'irai y récupérer la photo.. Les couettes, houpettes et épis ne sont pas obligatoires. Toutes les coiffures sont acceptées, même les bonnets ! Merci de préciser avec vos photos quel âge vous aviez et, question subsidiaire, quel est le saint du jour de votre naissance ! (pour vous aider à retrouver les dates correspondantes, vous pouvez chercher là). Pour ceux qui ne sont pas très "branchés saints du jours", je précise que c'est juste pour le plaisir de chercher les dates... et de découvrir des prénoms totalement inconnus au bataillon !

De A à Z, donc (88 participant(e)s recensé(e)s le 28 septembre 2008) : Akynou, Alice, Anne-Chiboum, Anne Bonaventure, Aymeric, Bailili, Breizh-Anne, Brol, Caramels, Cécile, Céleste, Céline, Chondre, Claude, Corine, Coumarine, Dite, Domahom, Elle_groggy, En campagne Madeleine, Erin, Fauvette, Féerisette, Filou, Framboise, François Granger, Gatito, Gazelle, Gei, Gilda, Goon, Gourmande, Jahida, Jean (Nuages), Ka, Kozlika, Labosonic, LaCuillerEnBois, Lady Tango, La Luciérnaga, La Miss, Laouenanig, LaVitaNuda, Leeloolene, Libellul, Lou, Luciole, Matoo, Michel V., Mijo, Moi, Nawal, Nady, Obni, Orpheus, Pablo, Palpatine, Pancho & Madame Pancho, Pappolène, Peio, Pim, Pivoine, Pomme, Pralinette, Samantdi, Sambucucciu, sLeAbO, Snèv, Stella Maris, Swâmi Petaramesh, Tanette, Teberli, Telle, Tirui, Tita, Traou, Urbain, Valclair, Valérie de Haute Savoie, Vlad & Dilou & Pénélope, Vroumette, Xuan-Lay, Yves Duel & Denise, Zub.

(il y a des points de suspension pour les infos que je n'ai pas, vous pouvez me les préciser dans les commentaires, je complèterai)

Akynou, à 2 ans et 7 ans et demi (née à la Sainte Lustucru, si, si)

Akynou

Akynou

Alice à 4 ans (née à la Sainte Euphémie)

Alice

Anne (Chiboum) à 4 ans (née à la Saint Régnobert)

Chiboum

Anne Bonaventure à 7 ans (née à la Saint Ardalion)

Anne Bonaventure

Anne (Breizh Anne) à 4 ans (née à la Saint Fursy)

BreizhAnne

Aymeric à 6 mois (né à la Saint...)

Aymeric

Bailili à 2 ans (née à la Saint Théodule)

Bailili

Brol à 5 ans (né à la Saint Prosdocime)

Brol

Caramels à 4 ou 5 ans (né à la Saint Eustache)

Caramels

Cécile à 3 ans (née à la Saint Néophyte, et non pas à la Saint Bambi, cherchez pas...)

Cécile

Céleste

Céleste

Céline à 2 ans (Née à la Saint Castule)

Céline

Chondre à 4 ans (né à la Saint Quiriaque)

Chondre

Claude à 4 ou 5 ans (né à la Saint Aquilin)

Claude

Corine à 1 an (née à la Saint Agrippin)

Corine

Coumarine à 5 ans (née à la Sainte Diémode)

Coumarine

Dite à 7 ans (née à la Sainte Felicula)

Dite

Domahom à 4 ans (né à la Saint...)

Domahom

Elle_groggy à 6 ans (née à la Saint Emidius)

Elle_groggy

Erin à 9 ans sur la première photo, presque 5 ans sur la deuxième (née à la Saint Décorose)

Erin

Erin

Fauvette à 6 ou 7 ans (née à la Saint Saturnin)

Fauvette

Féerisette à 4 ou 5 ans (née à la Saint Léobon).

Féerisette

Féerisette

Filou à 3 et 5 ans (né à la Saint Béat)

Filou

Filou

Framboise à 3 ans (née à la Saint Palémon)

Framboise

François Granger à je ne sais trop quel âge... 7 ? 8 ans ?... (né à la Saint Zotique)

François Granger

Gatito à 2 ou 3 ans (né à la Saint Amour)

Gatito

Gazelle à 2 ans et demi (née à la Sainte Lydie)

Gazelle

Gilda à 5 et 6 ans (née à la Saint Saens)

Gilda

Gilda

Gei à 6 ans (né à la Saint Wulfran)

Gei

Goon à 1 an (né à la Saint Adelelmus)

Goon

Gourmande à 3 ans (née à la Saint Dathe)

Gourmande

Gourmande

Jahida à 5 ans (née à la Saint Polychrone)

Jahida

Jean (Nuages) à 6 ans (né à la Sainte Adelinde)

Nuages

Nuages

Ka à 6 ans (né à la Sainte Rame)

Ka

Kozlika à 5 ans (née à la Saint Mitre)!

Kozlika

Labosonic à quelques mois et à 3/4 ans (né à la Saint Thespésios)

Labosonic

Labosonic

LaCuillerEnBois à 6 ans (née à la Sainte Sessétrude)

LaCuillerEnBois

Lady Tango à 18 mois (née à la Saint Euprépite)

Lady Tango

La Luciérnaga à 2 et 6 ans (née à la Sainte Austregilde)

La Luciérnaga

La Luciérnaga

La Miss à 12 ans (née à la Saint Sérapion)

La Miss

Laouenanig à 3 ans (née à la Sainte Thérèse d'Aquin)

Laouenanig

LaVitaNuda à quelques mois (né à la Saint Vitalique)

LaVitaNuda

Leeloolene à 7 ans (née à la Saint Sinice)

Leeloolene

Libellul à quel âge, on ne sait pas trop... (née à la Saint Théodore de Sikion)

Libellul

Libellul

Lou à 4 ans (née à la Saint Néophyte)

Lou

Luciole à différents âges et sans Saint du jour (à compléter)...

Luciole

Luciole

Luciole

Madeleine à 7 ans, 9 ans et un peu plus tard (née à la Saint Ranulphe)

Madeleine

Madeleine

Madeleine

Matoo à 2 ans (né à la Saint Helmétrude)

Matoo

Matoo

Michel V. à 7 ou 8 ans (né à la Saint Norbert)

Michel V.

Mijo à 3 ans (née à la Saint Lifard)

Mijo

Moi à 5 et 8 ans (né à la Saint...)

Moi

Moi

Nawal à 1 an (née à la Saint Nicéphore)

Nawal

Nady à.... ans (née à la Sainte Lioba)

Nady

Obni à 9 ans (né à la Sainte Euphrosyne).

Obni

Orpheus à 5 et 6 ans (né à la Saint...)

Orpheus

Orpheus

Pablo à 2 ans et demi (né à la Saint Maimboeuf)

Pablo

Palpatine à 2 ans ou presque (né à la Saint Birin)

Palpatine

Palpatine

Pancho à 4 ans (né à la Saint Idulphe)

et Madame Pancho à 18 mois (née à la Sainte Calliope)

Pancho

Madame Pancho

Pappolène à 2 ans et 4 ans 1/2 (née à la Saint Otto de Bamberg)

Pappolène

Pappolène

Peio à 4 ou 5 ans (né à la Saint...)

Peio

Pim à 3 puis 4 ans (née à la Saint Mamertin).

Pim

Pim

Pivoine à 6 ans et demi (née à la Saint Mathieu)

Pivoine

Pomme à 4 ans, (née à la Saint Métrobe)

Pomme

Pralinette à 4 ans (née à la Saint Ursmar)

Pralinette

Samantdi à 6 ans (née à la Saint Chrodegang).

Samantdi

Sambucucciu à 8 ou 9 ans (né à la Saint Malrub)

Sambucucciu

sLeAbO à ..... ans (né à la Saint Hildegonde)

sLeAbO

Snèv à 4 ou 5 ans (né à la Saint Athénodore)

Snèv

Stella Maris à 9 ans (née à la Sainte Lutgarde)

Stella Maris

Swâmi Petaramesh à 18 mois environ (né à la Saint Taxerror, parfaitement, le premier qui trouve la date gagne une retraite à l'ashram) Ces photos et une autre tout aussi belle sont là)

Swâmi Petaramesh

Swâmi Petaramesh

Tanette à 5 ans (née à la Saint Dismas)

Tanette

Teberli à 2 ans (née à la Saint Arnulf)

Teberli

Telle à 3 ans (née à la Saint Tarcise)

Telle

Tirui à 4 ans (né à la Saint Armentaire)

Tirui

Tita à 4 ans (née à la Sainte Pulchérie)

Tita

Traou à 3 ans (née à la Saint Rioc)

Traou

Urbain à 3 ans puis 11 ans (né à la Saint Sosthène), le mari de Madeleine.

Urbain

Urbain

Valclair à 20 ans (né à la Saint Epimaque d'Egypte) et 10 ou 11 ans avant...

Valclair

Valclair

Valérie de Haute-Savoie, pas bien vieille...

Valérie de Haute Savoie

Vlad à 3 ans (née à la Saint Acepsimas). C'est celle qui a du chocolat sur les joues et tient le poupon noir, sa jumelle Dilou à peu près au même âge. Et leur soeur Pénélope à 5/6 ans (née à la Saint Frumence)...

Vlad

Dilou

Pénélope

Vroumette à 7 ou 8 ans (née à la Sainte Encratide)

Vroumette

Xuan-Lay, à 9 ou 10 ans (né à la Saint Mathurin)

Xuan Lay

Yves Duel et Denise, sa maman (pas d'indication d'âge sur la photo et de date anniversaire... à compléter)

Yves Duel

Denise

Zub à 10 ans (né à la Saint Barsimée)

Zub

vendredi 7 avril 2006

A peu près 100

Je voulais faire une 100è note.
Genre « Tada ! C’est la 100è ! Joie dans ma chaumière ! »
J’ai loupé le coche.
D’abord, je ne sais même pas laquelle c’est la « vraie » 100è.
Mon Dotclear à moi que j’ai me dit que c’est celle d’hier.
Mais en haut il y a marqué 105… ?...
Aurais-je pondu des notes fantômes ?
Des billets invisibles ?
Des posts morts-nés ?...
Mystère…
Que celui qui m’a subtilisé subrepticement ces CINQ billets me les rende IM-MÉ-DIA-TE-MENT !!!
En plus, je suis sûre que c’étaient LES posts essentiels, ceux sur lesquels j’avais sué sang et eau. Des trucs super drôles, super profonds, super bien tournés, avec plein de révélations incroyables, des trucs que vous en seriez restés sur le cul.
C’est con.

Bon, de toute façon, y’a pas besoin de « célébrer » ça outre mesure non plus : à peine 6 mois de blog. Mais quand j’étais juste lectrice, ou bien dans mes premières semaines de blog, quand je voyais mentionné un « anniversaire » de 100 posts, je me disais « Oh la la, avant que j’en arrive là, pfff… ». Et puis non, ça se fait bien… tranquille… sans forcer… un billet tous les 2 jours, à peu près, les doigts dans le nez.

Allez, je fêterai les un an (j’espère). C’est plus parlant. Et puis après tout hier, il y avait même accès à des photos de moi alors que j’avais dit que je n’en mettrai pas, mais il paraît que c'est une tradition pour le 100è post (Vroumette ? Non ?).

Alors ça c’est rigolo, je viens de chez Vroumette pour vérifier. Et je découvre que sa centième note était publiée pile poil au moment où j’ouvrais mon blog, à quelques minutes près ! Vroumette, tu veux bien être ma marraine du centième billet ? On va aller manger un petit quelque chose pour fêter ça !

Bon, et bien voilà, rien de spécial. Je vais continuer encore un peu je crois, c'est une jolie "aventure" : beaucoup de mots écrits et lus, beaucoup d'émotions ici et ailleurs, beaucoup de belles rencontres, virtuelles et réelles. J'ai parfois l'impression que c'est encore un "brouillon", qu'il y a des choses que je n'ai pas encore osées, que sa vraie forme n'est pas encore atteinte, ou bien sans doute est-ce toujours en mouvement... C'est en tous cas un incroyable moteur d'écriture : là où je craignais que cela m'empêche de me consacrer à d'autres écrits parallèles, le blog a au contraire constitué un "entrainement" salutaire, comme si je faisais travailler un muscle, que je sens aujourd'hui plus délié, plus fort, plus endurant, plus souple. Vive le blog !

Bon quand même, pour la centième (mais tous les prétextes sont bons) je vais m'offrir, et vous offrir, un verre de mon vin chouchou (n'est-ce pas Erin), qui s'appelle le Menetou-Salon (blanc). A la vôtre !

Menetou Salon

dimanche 26 mars 2006

Mon "petit coin" de Bretagne à moi

Il y a quelques jours, Vroumette mettait en ligne des photos de son intérieur, notamment de très beaux dessins de phares des zozos. Et je me suis dit que c'était une fort jolie idée, à copier. De toute façon, maintenant c’est très clair, je fais TOUT absolument comme Vroumette, grande prêtresse des leçons de séduction, gourou vénéré de la secte du Slip Filet, lequel va prochainement devenir l’accessoire trendy indispensable à toute fashionista, même qu’on en parlera dans Elle ou sur le blog de filles d’Hélène, et que Madonna montera les marches du prochain festival de Cannes, simplement vêtue d’un slip-filet, de cuissardes et d’une cape, tel que c’est parti, mon kiki.

Mais revenons à mes moutons, donc aux photos de mon intérieur. Il se trouve – pour ceux à qui cela aurait échappé, et comme mon nom l’indique – que je suis bretonne, exilée à Paris depuis belle lurette, et qu’il m’arrive parfois d’avoir le mal du pays. J’ai donc chez moi de menus accessoires, photos, bibelots, tableaux qui me rappellent avec bonheur ma région natale, et que j’ai tous rassemblés… dans mes toilettes. Que ceux qui seraient tentés de faire une analyse psychanalytique subtile de ce choix d’emplacement me lâchent la grappe, merci.

Cette pièce essentielle de mon appartement fait très exactement 1 mètre carré, si je me réfère au relevé des surfaces habitables établi selon la loi Carrez par un architecte dplg urbaniste, et qui m’a été remis lorsque j’ai acheté mon doux logis.

Je m’en vais donc vous faire une description détaillée de ce mini lieu d’aisance, lequel remporte un franc succès auprès de mes invités, qui consacrent pas mal de temps à sa visite en général, parce qu’il y a de quoi s’occuper à l’intérieur, vous allez comprendre.

A l’intérieur de la porte, pour commencer, une carte de Bretagne, évidemment, plus quelques vues de plage.

carte

plage

Côté ouest, (logique) un mur sur lequel courent anarchiquement quelques tuyaux d’arrivée d’eau, où sont rassemblés divers tableaux, photos, cartes postales (envoyées par mes neveux pour la plupart, ils adorent contribuer à cette déco), des paniers de pêche, un bateau itou, un collier de coquillages, des aquarelles de ma maman (je lui ai même chipé pour les encadrer des bouts de papier sur lesquels elle fait juste des recherches de couleurs – la teinte de la mer par chez nous est subtile et délicate à restituer), des publicités pour les produits Malo (dont les yaourts, que j’ai le bonheur de trouver dans mon Monop’ habituel, ne sont pas donnés mais les meilleurs du monde, alors…), les marins de Mathurin Méheut dont un simple trait de crayon m’émeut, des mini-baigneuses, des cabines de plage, quelques Bécassines, des Lisettes à la pêche aussi.... en vue d'ensemble, ça donne ça (et encore, tout ne tient pas) :

Mur ouest

Et quelques vues de détails :

mur ouest

Bécassine et Lisette

pubs Malo

aquarelle

Bécassine

bateau pêche

Marins Mathurin Méheut

photo baigneuses

Sur le mur nord, sous la fenêtre, une affiche d'une expo du Muséum d'Histoire Naturelle il y a quelques années qui s'intitulait "Iles, vivre entre ciel et mer". Dans mon souvenir, l'expo était beaucoup moins bien que l'affiche... Il y a aussi un petit phare, un galet poli et gris, des coquillages prisonniers d'un carré de ciment (acheté dans une galerie de Concarneau si mes souvenirs sont bons), une beauté début de siècle figurant la reine des mers, au moins, et une publicité pour les sardines La Belle-Iloise (les meilleures !).

Iles

carré coquillages

Belle Iloise

Par terre, encore un panier de pêche bleu, avec des petits azulejos rapportés de Lisbonne, ville dont je suis amoureuse, et un livre de Sempé (comme l'écrit Anna Gavalda dans "Ensemble, c'est tout", dans la vie il y a ceux qui aiment Sempé, et il y a les autres...)

Beau temps

Si, on lève la tête, bien sûr il y a un goéland, le pauvre a malheureusement assez peu d'espace pour battre des ailes...

goéland

A l'est, il y avait un renfoncement de guingois dans lequel j'ai installé (avec mes petites mains, ma perceuse, tout ça) des étagères découpées sur mesure (au prix de battements de cils et d'un air de Calimero désespéré auprès du service découpe du BHV : ils n'ont théoriquement pas le droit de faire des découpes en biais, pour des raisons de sécurité, et je me voyais mal m'y coller à la main pour les 8 étagères qui escaladent mon mur...). C'est là que je range mes guides de voyage, les méthodes de langue, les guides de Paris, certains classiques, d'autres moins. J'aime bien le "Guide de l'autre Paris" de Christophe Bourseiller, notamment. J'y mets aussi des bouquins-témoignages sur mon quartier que j'achète dans ma librairie préférée "Le Genre Urbain", ouverte le dimanche, en haut de ma rue : "Jours tranquilles à Belleville" de Thierry Jonquet, qui habite un peu plus loin, "Babel-Ville", de Joseph Bialot, qui dressent tous deux un constat amer sur ce qu'est devenu le Belleville populaire d'autrefois...

C'est là aussi que je range mes livres de cuisine (je n'avais pas la place ailleurs), mes dictionnaires de citations, homéopathiques, etc... qui côtoient heureusement un petit phare encore égaré là.

livres

phare

C'est ici la maison de Jim, qui se plait dans cet environnement marin, et qui fait la causette à sa copine Ginette qui lézarde en maillot de bain à côté de lui. "Ginette de la Côte d'Azur" c'est le nom de ma cantoche quand j'habitais dans le 18è, j'y vais moins maintenant. On y mange d'excellents tartares coupés au couteau dans une ambiance et un cadre sympas, et jusqu'à 2 heures du matin. Tiens ça fait longtemps que je n'y suis pas allée, ça me manque... Jim a déménagé provisoirement, il est en villégiature dans l'aquarium où il sympathise avec Léon le poisson nettoyeur. Photos de leurs mamours prochainement...

Jim

Un peu plus loin, il y a une autre copine de Jim, qui s'appelle Hortense (à cause des hortensias que j'aime tant), et que j'avais trouvée très ressemblante aux baigneuses de Mariano Otero, peintre d'origine portugaise et néanmoins breton... Elles, elles sont posées par terre, y'avait plus de place sur le mur. Vous noterez derrière Hortense un sachet de graines de menhir offertes par ma nièce, des graviers que l'on vous conseille de planter et d'arroser régulièrement, résultat garanti au bout de quelques siècles... et une carte postale ancienne du phare de la Tour du Jardin à Saint Malo.

Hortense

Baigneuses Mariano Otero

A l'étage du dessous, une petite Tour Solidor peinte par ma mère à ma demande, entre deux petits bateaux piqués de rouille trouvés dans le stock en dispersion d'un vieux vendeur de jouets du Finistère, un marque-page de la librairie de Dinard, la carte d'un restau cancalais et un petit coq portugais. La Tour Solidor, c'est la première chose qu'on voit au loin quand on arrive sur le barrage de la Rance, elle se tient en sentinelle à l'entrée du port de Saint Servan, et je suis toujours heureuse de la voir quand j'arrive, toujours triste de lui dire au revoir en repartant, elle est le symbole des vacances qui commencent ou qui finissent...

Solidor

Juste au-dessus d'elle, deux petits bretons signés Henriot-Quimper, l'un de porcelaine, l'autre de papier, veillent sur mes livres de recettes...

bretons

Quimper

Non loin de là, une boite géante de paté Hénaff (le rêve !) édition limitée sortie pour l'anniversaire de ce classique des entrées de repas bretons (c'est ça ou des sardines la Belle-Iloise), surveille mon petit carnet de mensonge rigolo (dans lequel il n'y a rien de marqué, je le jure !)

Hénaff

Il y a aussi des coquillages dans un aquarium avec encore quelques bateaux, et un requin-stylo dont les yeux gélatineux sortent de leurs orbites quand on lui presse le ventre (encore un cadeau de mes neveux).

aquarium

Et puis une étoile de mer, et un pompon de marin porte-bonheur...

étoile

et une mignonne bigoudène chinée chez un antiquaire, qui attend on ne sait quoi devant son menhir...

bretonne

Vous aurez noté la présence au milieu de tous ces objets "ethniques" de livres aux titres évocateurs de l'endroit où nous nous trouvons... Le "Lire aux cabinets" d'Henry Miller, qui explique d'ailleurs qu'il ne faut pas lire aux cabinets.... Le pauvre, s'il savait : j'ai vu récemment que cet ouvrage est vendu carrément chez Résonances entre les distributeurs de pq et les abattants de WC... J'ai également quelques livres pour enfants qui traitent de ce sujet hautement intéressant et qui préoccupe toujours les petits à un moment de leur vie : le caca. Ce sont en général des livres qui m'ont fait rire chez mes soeurs ou mes copains et qui m'ont été offerts, sauf le délicieux "Livre du Caca" que je viens de m'offrir et qui est une mine de renseignements ! Sinon, je vous recommande le désopilant "De la petite taupe qui voulait savoir qui lui avait fait sur la tête" ou l'adorable histoire du petit lapin qui dit "Caca boudin". En général, quand j'entends mes invités se marrer pendant qu'ils sont aux toilettes chez moi, c'est qu'ils sont en train de feuilleter un de ceux-là. Vous avez aussi le merveilleux livre qui recense les petits riens qui font du bien et qui ne coûtent rien, entre autres (je cite) : se faire des boucles d'oreille avec des cerises doubles, glisser son pied sur le côté du drap frais quand on a trop chaud au lit, ne pas marcher dans la rue sur les traits du trottoir, croquer le pain chaud en sortant d'une boulangerie... Et bien sûr : faire pipi quand on a très envie, caca aussi !

Le Livre du Caca

Moi je dis que voilà un billet qui va révolutionner la blogosphère, foi de Traou !

Caca Boudin

jeudi 23 mars 2006

Les vivants...

Alice et Vroumette sont en train de coudre des costumes de justicières pour voler à mon secours suite à un billet récent. Qu’est-ce qu’elles sont mignonnes mes blogs-copines, quand même, j’en suis toute émotionnée. Je me dois cependant de les interrompre dans cette noble tâche et de les laisser retourner à des occupations beaucoup plus utiles pour elles-mêmes et l’ensemble de la blogosphère : recettes savoureuses et textes délicats chez Alice et leçons de séduction qui débutent chez Vroumette et qui vont faire un tabac, je vous le dis, moi : m’est avis que ses statistiques vont flamber ; nous sommes déjà quelques dizaines d’aficionadas qui prenons des notes fiévreusement et faisons des travaux pratiques le soir (avec Jim, en ce qui me concerne, il est bonne pâte), le Ping-Pong est terminé, nous avons trouvé une nouvelle occupation, ouf !

Oui, oui en fait, je vous rassure les filles, personne ne me veut du mal, enfin pas à ma connaissance (bon, y’a un grand qu’a pas été très gentil avec moi récemment pendant mon voyage en Inde, mais il est super baraqué alors je vais pas vous envoyer au casse-pipe non plus, laissons tomber).

Non, quand je disais que je n’étais pas vraiment en paix avec les vivants, on va dire que c’est en grande partie de mon fait. Je ne suis pas facile, facile comme fille (farpaitement, je ne suis pas une fille facile, qu’est-ce que vous croyez !), et parfois… parfois j’en paie le prix…

C’est drôle comme on change, on évolue au cours du temps. J’étais une petite fille sautillante et joyeuse. Je me suis muée en adolescente renfermée et complexée (pléonasme pour beaucoup d’entre nous ?), puis en jeune fille/femme sociable mais qui avait du mal à s’affirmer. Je me liais très facilement et fidèlement, mais j’évitais soigneusement tout conflit, personnel et professionnel.

Et puis j’ai pris quelques coups et je crains que ceux-là m’aient un peu trop endurcie parfois… Mon boulot dans un milieu qui peut être très « requin » m’a appris à montrer les dents, à taper du poing sur la table, à ne pas me laisser faire. Et aujourd’hui je sais très bien crier plus fort que l’adversaire, chose dont j’étais incapable autrefois. Pas sûr que j’y aie gagné… C’est une chose qui m’est venue quand je travaillais pour une chaine privée propriété d’un bétonneur. Là-bas, j’entendais dire plusieurs fois par jour par nos supérieurs « Vous êtes là pour faire où on vous dit de faire »… comme à des chiens. Alors forcément, au bout d’un moment, on apprend à mordre. J’étais censée coordonner une équipe, et j’avais si peu d’autorité et fuyais tellement les rapports de force que tout ce petit monde me mangeait allègrement sur la tête et se foutait royalement de mes directives. Jusqu’au jour où un des journalistes est allé un peu trop loin dans la désinvolture à mon égard et j’ai vu rouge. Je l’ai remis à sa place très vertement – pour la première fois de ma vie, le cœur battant et les mains tremblantes - et à partir de ce moment-là, il m’a respectée, et les autres aussi. Alors j’ai pris le pli. D'aboyer dès qu'on m'attaquait ou faisait semblant. Peut-être un peu trop. Je me montre parfois très cassante avec les gens avec qui je travaille. J’en suis consciente et m’en veux après. Il y a des jours où je me dis que je dois terrifier notre pauvre assistante, mais bon, elle c’est un cas : c’est une toute petite chose fragile et délicate, pas très compétente, en plus, tellement émotive qu’elle a les larmes aux yeux quand il y a un bourrage papier à la photocopieuse… alors je dois lui faire l’effet d’un général à la bataille, c’est sûr. L’année dernière ma nièce a fait un stage dans ma boîte. Elle m’a dit après qu’elle avait été très surprise de me trouver si différente de celle qu’elle voyait en vacances (ça c’est sûr, je suis beaucoup plus youkaïdi, youkaïda l’été en Bretagne avec mes neveux qu’au boulot avec Boss, mais c’est un peu normal), mais qu’elle m’avait aussi trouvée très dure…. Depuis, je médite et je m’efforce de changer ça. Pas facile.

Dans le privé, c’est plus complexe. Autrefois j’avais une « bande ». Et même plusieurs : les copains de Bretagne (beaucoup sont à Paris), les copains de fac, et puis les copains boulot qu’on se fait au fur et à mesure… Forcément la vie, le quotidien se chargent de vous séparer, parfois même insensiblement. On se rend compte que les chemins ne sont plus parallèles, qu’on n’a plus les mêmes envies, les mêmes rires, les mêmes affinités, les mêmes façons de voir, ça se fait doucement et un jour on réalise qu’on ne se souhaite même plus les vœux de bonne année ou d’anniversaire, voilà, c’est tout. On est passé à autre chose, à d’autres amitiés. C’est la vie. Et puis il y en a qui durent, de belles histoires d’amitié, heureusement.

Il y a des ruptures plus brutales, plus inattendues. Ou au contraire des rapprochements auxquels on n’aurait jamais cru. On les constate plus particulièrement quant il y a des évènements particuliers, des passages difficiles. La sagesse populaire dit que c’est dans ces moments-là qu’on reconnaît ses amis. Pas faux. Pas tout à fait exact non plus.

Ce qui est vrai c’est que le chagrin, la souffrance, le deuil, ça éloigne plus de gens que ça n’en rapproche de vous. J’ai eu l’occasion de le constater. A la mort de Julio, il y a des gens qui ont littéralement disparu de ma vie, comme ça, d’un coup. Gênés, mal à l’aise, ne sachant pas comment se comporter sans doute (ce que je peux parfaitement comprendre), ils ont préféré prendre le large. Celle qui était à l’époque ma « meilleure amie » avait notamment pris la tangente dans un silence assourdissant : plus un coup de fil, plus un mot, rien. Et à mon ami P. qui me tenait à bout de bras et lui faisait savoir que je n’allais pas bien du tout elle répondait : « Si Traou ne va pas bien, elle sait qu’elle peut toujours m’appeler… ». Mais elle-même n’a jamais décroché son téléphone pour me dire « J’arrive » ou juste pour parler de tout et de rien entre filles comme on le faisait avant, même en sachant que j’étais dans le 36è dessous. J’étais témoin à son mariage l’année d’avant… J’avoue qu’aujourd’hui je me méfie de cette appellation de « meilleure amie », cela fait belle lurette que je n’en ai plus, voire même je m’y refuse. Chat échaudé…

A la mort de Choul, j’ai remis une deuxième couche, quelques disparitions encore… Un connard m’avait d’ailleurs aimablement fait remarquer que je portais sans doute la poisse… Et pour un qui l’a dit, combien qui l’ont pensé ?....

Bien sûr et Dieu merci, tout le monde ne disparaît pas. Il y en a beaucoup qui sont là et bien là. Mais quoi qu’il en soit, quoi qu’ils puissent faire, ses souffrances, on les vit et on les porte seul. Absolument. Et il arrive que l’on s’éloigne soi-même des autres, à cause de cela. Mes nuits à scruter sans fin le plafond, yeux grands ouverts sur les démons qui les hantaient, sans espoir de sommeil, anéantie, écorchée vive qu’on aurait saupoudrée de sel, ces nuits-là je les ai vécues seule. Celles aussi qui me voyaient prostrée sur le sol, le cœur et les tripes comme lacérés de milliers de lames de rasoir ou secouée de sanglots interminables, cruels, des heures durant, parfois terrassée enfin d’un peu de sommeil à l’aube, à l’heure où les démons désertent un peu, un tout petit peu, et où la dernière lueur de conscience qu’on a sert à supplier de ne pas se réveiller. Ces heures-là on les vit seul, ce n’est la faute de personne, mais on n’en sort pas indemne. Plus dure, parfois.

J’ai gardé des séquelles de tout cela et j’ai parfois choisi de m’éloigner des autres, de rester seule pour lécher mes plaies dans un coin, incapable de communiquer, pas envie d’emmerder. Et puis le temps passe et les vies s’organisent autour de soi : des couples, des familles, des enfants, des maisons, des vacances en tribu et tout ça je m’en suis sentie exclue, interdite de ce bonheur-là et trouvant à la solitude un goût de plus en plus amer, mais m’y enfermant parce que je n’avais pas envie de participer à tout cela en « invitée ». Faire la « solo » le dimanche au milieu de copains en famille me faisait plus de mal que de bien. Quant la quarantaine s’est profilée, ça a été dur à encaisser. J’avais envie de faire une grande fête, j’en parlais depuis longtemps et finalement je me suis recroquevillée, ai envoyé balader ceux qui m’en parlaient, ai réclamé le silence sur ce sujet. Alors, ils se sont tus, ont respecté ce que je leur demandais. Et je leur en ai voulu, parce que quelquefois quand on pète un câble et c’était le cas je crois, on crie noir et on voudrait que les gens comprennent blanc… Je me débattais dans mon malaise, contre la petite voix qui perfidement dans ma tête me chantait la chanson de Souchon « Tu la voyais pas comme ça ta vie…. La vie t’a mis KO » et me disait qu’en plus j’avais perdu mes amis…. Oui ils étaient perdus, ça c’est sûr, ils ne comprenaient plus rien à ce que je voulais ou non, ne savaient pas quoi faire face à mon désarroi palpable, à mon éloignement. J’ai fait beaucoup de peine et j’ai laissé sur le carreau des amis de plus de 20 ans qui ne savaient plus comment me prendre, comment me parler sans que je parte en vrille, et qui ont souffert de mon souhait de m’éloigner d’eux sans en comprendre les raisons… En plus j’ai détruit ma « bande », ma « gang » comme on dit au Québec. J’avais rassemblé autour de moi des gens d’horizons divers, j’en étais le « liant ». Je sais qu’aujourd’hui certains se voient sans moi, ça doit leur faire tout drôle. A moi aussi. Je l’ai bien cherché. J’ai rompu des fils qui étaient d’or.

Aujourd’hui, on a repris quelques liens, cahin-caha, de plus loin. Mon ami D., mon vieil ami D. de la fac de ciné, j’étais témoin à son mariage lui aussi (merde, il faut peut-être que j’évite) a eu une petite fille il y a quelques mois, et peut-être que ce bébé-là va nous éloigner encore un peu. Quand je suis allée la voir – je l’ai raconté ici – il a voulu me la mettre dans les bras, si fier, si heureux, et j’ai eu un mouvement de recul, incapable… Je peux me réjouir pour lui, mais pas avec lui, je m’en veux, mais je n’y arrive pas. Quant à P. mon ami, mon frère, avec qui j’ai arpenté la vie, le pire et le meilleur, pendant 23 ans, dont je ne pouvais imaginer une semaine passée sans le voir, lui parler des heures au téléphone ou au zinc d’un bistro comme nous les aimons, qui me connaît mieux que moi-même parfois, avec qui j’ai tout partagé, nous entretenons aujourd’hui un dialogue décousu, de loin en loin… et j’en suis responsable. Coupable ?

La seule chose que je sais c’est que la vie n’est pas linéaire. Peut-être qu’on se retrouvera au détour d’une autre route. Peut-être différemment. Peut-être que j’aurais envie de leur donner le lien vers ce billet-là un jour, pour qu’ils sachent. Que je suis désolée de ce qui s’est passé. Mais que je n’ai pas su faire autrement.

lundi 20 mars 2006

Anniversaire paisible

Je préfère fêter les anniversaires des autres que les miens. Quoi ? J'ai rien dit !

Les anniversaires rythment le temps qui passe. Quelquefois c’est mélancolique. Quelquefois c’est un soulagement. Par exemple, le 19 mars est pour moi un anniversaire à plusieurs titres, une date qui sert à me souvenir que le temps file inexorablement et que c’est tant mieux.

Hier j’ai passé un 19 mars ensoleillé en bonne compagnie. Nous nous sommes extasiées sur la transparence des marbres de Rodin, et ces visages et corps de plâtre ou de bronze qui pourraient se mouvoir ou se mettre à respirer sans que nous en soyons surpris outre mesure. Nous avons aussi brunché et piqué des fous-rires sur des sujets que je serais bien en peine de raconter ici !…

Il y a deux ans, le 19 mars, j’ai mis le mot « Fin » pour la première fois sur un scénario achevé, après deux mois d'écriture intensive, dans un état d'inspiration étrange, jamais connu, le même jour où je signais mon contrat pour le job que j’occupe aujourd’hui, avec bonheur et soulagement, ayant réussi le tour de force de me débarrasser en même temps de la boîte qui m’employait alors et dont je savais qu’elle n’irait nulle part.

Il y a quatre ans, le 19 mars, cette boîte pourtant m’offrait – en tous cas je l’ai cru un moment - l’occasion de revenir vers le cinéma en me sollicitant de façon inattendue pour un rendez-vous. Je me souviens de mon excitation et d’avoir failli appeler Choul illico pour lui annoncer la bonne nouvelle de cette perspective ciné, mais de m’en être empêchée parce que je venais à peine de raccrocher avec lui après une longue conversation et que je lui faisais déjà suffisamment reproche de téléphoner sans cesse de sa voiture. A la place je lui avais envoyé un mail enthousiaste et tendre lui demandant de me rappeler quand il rentrerait. Sauf qu’il ne l’a jamais lu, n’est jamais parvenu chez lui ce jour là, ayant rencontré brutalement un car scolaire dans un virage.

Hier, donc, il y a eu quatre ans que Choul est mort. Et je ne suis pas triste. Pas plus que je n’ai été triste de retrouver le week-end passé chez mes parents des dessins de mes neveux me représentant avec Julio il y a au moins quinze ans de cela, des dessins de maisons entourées de fleurs, avec des cœurs dans le ciel, nos prénoms entrelacés maladroitement, et deux petits-pois superposés avec deux yeux et une bouche ronde qui devaient être censés figurer un bébé, je pense. J’ai le souvenir d’avoir trouvé ces dessins-là sur notre lit parfois quand nous venions passer le week-end, ou bien ils nous les apportaient sur la terrasse à l’apéritif, avant de s’enfuir en riant comme des fous de leur propre audace… Les enfants sont très « une chaumière et deux cœurs » : mes nièces particulièrement rêvaient de tenir la traîne d’une robe de mariée (j’ai plusieurs dessins qui me représentent en grande tenue, y’a de la dentelle partout, vous pouvez me croire, et des kilos de roses sur ma pauvre tête) et de jouer à la poupée avec un petit cousin supplémentaire qu’elles m’ont souvent réclamé. Aujourd’hui, elles commencent à parler de leurs bébés à elles, ça va me faire tout drôle (mais je n’aurais peut-être pas tellement envie de rire) le jour où ça arrivera…

Je suis en paix avec mes morts, je crois. Je pense à eux aujourd’hui avec une tendresse souriante. Leur souvenir ne me vrille plus le cœur ni les tripes. Tout est douceur ou presque. La solitude un peu plus vive ou amère quand je pense à eux, c'est tout.

Finalement, je suis beaucoup moins en paix avec les vivants. Pas envie d'en parler ce soir…

dimanche 12 février 2006

Lettre à un inconnu

Je ne te connais pas encore. Ou peut-être que si, d’ailleurs. Sûrement un jour tu vas débarquer dans ma vie. Un nouvel homme, un nouvel amour. Enfin j’espère. Sinon ça voudrait dire que Cupidon ne m’aurait pas à la bonne… Oh, Cupidon, tu m’en as déjà assez fait, alors maintenant t’es gentil, tu me lâches ! Ou plutôt non, tu t’occupes de moi une bonne fois pour toutes, tu te préoccupes juste de LE mettre sur ma route et de l’y laisser, et après je me débrouille, merci. Et s’il a pas son permis, je préfère.

Donc, inconnu à venir (ne traîne pas trop, soit dit en passant, parce que sinon quelqu’un d’autre pourrait bien se présenter et ça serait quand même bête de se louper…), j’ai un truc très important à te dire : je HAIS la Saint Valentin ! Voilà, c’est dit. Il fallait que tu le saches. Et j’aime autant te prévenir tout de suite, si tu m’offres quoi que ce soit en forme de cœur ou assimilé le 14 février, je te colle un pain. Direct.

Je me suis promenée dans les rues aujourd’hui, j’en avais presque la nausée : des cœurs partout, dans toutes les vitrines, pour inciter à acheter ci ou ça ! Dans N’IMPORTE QUELLE vitrine, ça frise le ridicule. Non, ça ne frise pas, C’EST ridicule ! Les fleuristes, je veux bien. Les bijoutiers, passe encore. Les cavistes, why not : un bon Saint Amour n’a jamais fait de mal à personne, amoureux ou non. Mais j’aimerais que mon pharmacien m’explique pourquoi il colle des cœurs dans sa vitrine, au milieu des promos pour les laits amincissants, les béquilles et les ceintures chauffantes du Docteur Gibaud ?!!! C’est glamour, ça ? Et le cordonnier (si, je vous jure que si) ? Et le charcutier (« tiens ma chérie, amour de ma vie, j’t’ai rapporté un cervelas, pasque les fleurs c’est périssable… » ) ???

J’en ai marre. La Saint Valentin devrait être interdite. C’est une atteinte au bon goût, à la gratuité des sentiments et une agression caractérisée envers les célibataires qui en souffrent, les divorcés qui morflent, les tout juste largués qui en bavent, les veufs et veuves en plein chagrin, les sans-amour désespérés, ceux qui ont des souvenirs émus ou douloureux de l’année dernière ou de celle d’avant et généralement tout ceux qui aiment leur amoureux quel que soit le jour de l’année ! Merde à la fin !!!

L’année dernière, Fox m’avait offert un bouquet de roses en forme de cœur. Et parce que je ne voulais pas être en reste, j’avais confectionné un petit dîner dont une tarte fine pommes-cannelle… en forme de cœur également. Je crois qu’on se sentait un peu obligés de marquer le coup. Peur de la réaction de l’autre si on oubliait ?… Trois mois plus tard, on se séparait… Vous voyez le topo…

Alors voilà, inconnu de mon cœur (futur), tu auras 364 jours dans l’année pour me déclarer ta flamme, m’assurer de ton affection plus qu’hier moins que demain et de ta joie infinie d’être à mes côtés, 365 les années bissextiles parce que tu es un petit veinard, rends-toi compte… Tu auras mon anniv’, ma fête (la Sainte Traou, c’est en novembre), l’anniversaire de notre rencontre, Noël et la Saint Glinglin, mais ce jour-là, je t’en prie, épargne-moi !!! D’ailleurs, le 14 février, on ne se verra pas : tu iras voir un match de foot avec des copains ou trainer dans les bars ou faire ce que tu veux, même aller aux putes, tiens, non, je déconne... Moi je passerai une soirée avec des copines célibataires (faut qu’j’en trouve, denrée rare), ou à faire la tournée des grands-ducs avec mon pote P., ou dans un bain avec un masque vert concombre, ou à manger des M&M’s devant la télé, mais je nous interdis le moindre dîner-chandelles et cadeaux à la con juste parce que le marketing commercial en aura décidé ainsi ! Ou alors, tiens, si, on passera la soirée ensemble mais on fera des trucs décalés : on ira voir un match de catch (j’adore, ça me fait rire), ou de boxe si tu préfères, ou une conférence super-pointue sur un sujet hyper-sérieux et intello, ou bien on se fera une soirée où on ne mangera que des trucs à l’ail et des fromages très forts, bien tue-l’amour. Ou en peignoirs avachis en matant un film anti-romantique genre "Les Bronzés 5, nous y'en a vouloir encore des sous" ou un documentaire sur l'élevage des palourdes, peu importe ! Mais épargne-moi la soirée neu-neu « je t’assure de mon amour parce que le calendrier en a décidé ainsi », ou je te tue ! Et on finira en couv’ de « Détective » sous un titre racoleur : « La meurtrière de la Saint Valentin : des roses et un poignard », ou quelque chose d’approchant…

Attention, ne te méprends pas : j’adore qu’on me dise « je t’aime » quand c’est sincère, j’adore le dire quand je le pense et crois moi, je ne l’ai pas dit souvent dans ma vie. J’adore les fleurs, qu’on m’en offre et en offrir à l’homme que j’aime (absolument). J’aime les cadeaux en tous genres, les bijoux (si tu as envie de m’offrir un diam’s ne te retiens pas, 1,5/2 carats, ça commence à être sympa), les petites attentions, les dîners en amoureux, les témoignages de tendresse et tout ce qui veut dire « tu es importante à mes yeux ». Et je le rends bien ! Mais ça, non !!! Cette fête programmée, imposée, fabriquée, maniérée, merchandisée, sans moi ! Et sans toi, donc. Ou alors avec une autre. Sans blague !

Bon au moins cette année, je suis tranquille. « Ma » Saint Valentin je la passe à Berlin pour le boulot. Dans le meilleur des cas, je vais passer ma soirée avec des gens de nationalités diverses qui seront tous là en célibataires, on parlera boutique en bouffant de la charcuterie et en buvant de la bière et voilà. S’il n’y a pas de dîner professionnel prévu, je n’exclus pas de passer la soirée dans ma chambre d’hôtel avec un plateau et la télé (Derrick en vo, pour la Saint Val’, pas mal, non ?). Au moins, je n’aurais pas un vieux fond de déprime – inévitable – parce que tout sera mis en œuvre partout (vitrines, radio, pubs, télé…) pour bien me faire sentir que moi je n’ai personne avec qui fêter cette calamité, et mine de rien, ça mine quand même quoi qu’on fasse et quoi qu’on pense. Et ce jour-là plus que d’autres, quand on voit des amoureux s’embrasser sur les bancs publics, on ne leur trouve pas du tout une petite gueule bien sympathique, on a juste envie de les déchiqueter cruellement, j’vous jure ! Que celui qui n’a jamais vécu une Saint Valentin en célibataire, en pleine rupture, en deuil, malheureux ou… me jette le premier cœur de pierre !

J’m’en fous, je rentre le 15. Tranquille jusqu’à l’année prochaine (le temps d'étudier une bannière de lutte contre la date fatidique en haut de ce blog). Et si d’ici là, tu as envie de pointer le bout de ton nez, chéri, c’est quand tu veux ! (je t’assure que la plupart du temps, je suis douce et tendre, ne t’inquiète pas, là je suis juste un chouïa en colère).

Bon voilà, à part ça, je file. Je suis la fuyarde du 14 février. Je suis agacée parce que j’ai ouvert un lien spécial « club des couettes et houpettes » sur la sidebar et le logo ne veut pas s’afficher, je ne sais pas pourquoi. Je me penche là-dessus au retour, si quelqu’un a une suggestion, elle est la bienvenue. En tous cas, c’est là que vous pouvez faire les trackbacks sur vos photos de vous minots, et j’essaierai de m’essorer les neurones pour faire un petit album…

vendredi 10 février 2006

Marcel et Paulette

Quand je vais chez les unes ou les autres, ou d’autres encore, je suis toujours touchée des histoires de famille, des histoires de mémoire, de la recherche du passé. J’aime qu’il soit posé ici pour ne plus être oublié, peut-être.

Je fais partie d’une famille où on ne dit rien, on ne raconte pas. L’oubli nous guette. C’est dommage. J’ai un peu passé le relais à mes neveux pour qu’ils interrogent leurs grands-parents. Les récits sont plus enclins à sauter une génération, j’ai l’impression. Et les enfants sont toujours friands de savoir comment c’était… avant.

Parfois j’ai capté des histoires. Eparses, décousues, imprécises. J’essaierai moi aussi peut-être de les déposer ici, pour ne pas les oublier à mon tour…

Ils s’appelaient Marcel et Paulette. C’étaient des cousins, de ceux qui ne vous disent absolument rien quand on est petit : ils sont vieux, ils ont deux grandes filles beaucoup trop grandes pour jouer avec et qui d’ailleurs ne les accompagnent jamais, ils viennent de loin, tous les cinq ans en moyenne, pour une communion, un mariage ou un enterrement, lui pique un peu quand il vous embrasse la joue, on est obligée d’être très sage à table pendant que les grands parlent de trucs très ennuyeux qu’on ne comprend pas, et de passer le plateau de petits toasts à l’apéritif comme une bonne petite fille polie alors qu’on rêverait de se les empiffrer tranquillou au fond de la cuisine, ou d’aller courir et se crotter dans le jardin. Bref, Marcel et Paulette, quoi, pas très glamour les prénoms, déjà.

Lui était bedonnant, barbichu et jovial, et partageait avec elle un accent bourguignon à couper au couteau (ils roulaient les « r » comme Colette devait le faire à l’époque des « Claudine », ils venaient du même coin). Elle, une femme toujours très élégante, souvent en tailleur blanc, et qui fascinait la petite fille que j’étais avec ses sourcils totalement épilés et redessinés au crayon roux. Je trouvais que ça faisait comme mes poupées.

Voilà, de vieux cousins pas très intéressants pour moi, ma foi. C’est tout. Jusqu’au jour où...

Un jour, donc. J’étais déjà plus âgée, peut-être étudiante. Un petit déjeuner chez mes parents, arrivée du courrier, une invitation pour l’anniversaire de mariage de Marcel et Paulette, lequel, je ne sais plus, une dizaine en tous cas, de ceux qu’on célèbre plus que les autres.

Et mes parents, mi-amusés, mi-choqués, de s’interroger mutuellement « Mais enfin, de quel mariage parlent-il ? Le premier ou le deuxième ? ». Je dresse l’oreille : « Comment ça, le premier ou le deuxième ? ». Et c’est là que j’apprends que les cousins se sont dit oui deux fois, à pas mal d’années d’intervalle, avec un divorce entre les deux ! Comme Burton-Taylor ! Marcel et Paulette !!!

J’interroge ma mère « Mais qu’est-ce que c’est que cette histoire ? ». Ma mère me répond « Mais enfin, tu sais bien ! » (ma mère, c’est comme pour les recettes de cuisine, elle croit toujours que « je sais bien »…). Non, je ne sais rien du tout, moi. Alors elle va finir par me raconter la belle histoire. Je vous raconte à mon tour le peu que j’en sais, le peu dont je me souviens. Je vais faire simple pour essayer de ne pas trop broder, de ne pas trop romancer. L’histoire suffit.

Elle est banale au début. Ils sont mariés. Depuis un moment. Ils n’ont pas d’enfant. Elle ne peut pas en avoir. Il la trompe. Une relation suivie, avec sa secrétaire peut-être. Et la maîtresse tombe enceinte. Nous sommes au début des années cinquante.

Alors Paulette s’en va. Elle dit à Marcel qu’elle ne peut pas avoir d’enfant, qu’elle ne peut lui refuser ce bonheur d’avoir une famille, et qu’elle s’efface. Et elle disparaît. Elle part ailleurs, vivre une autre vie, je ne sais où ni pour faire quoi. Sans aucun doute elle a souffert, énormément.

Les années passent. Marcel s’est donc remarié. Une petite fille est née, puis une deuxième. Il a une famille. Un troisième enfant est annoncé. Et ça se passe mal. La maman est de santé fragile et meurt en mettant au monde un bébé qui ne survivra pas non plus. Marcel est tout seul. Avec deux petites filles. A la fin des années cinquante.

Comment cela s’est-il passé exactement, je crois que nul ne le sait. C’est vraiment leur secret. Peut-être avait-il toujours su où elle était, Paulette, et qu’il l’a appelé à l’aide dans son désarroi. Peut-être le surveillait-elle de loin et est-elle accourue à son secours. Ou bien quelqu’un l’a prévenue… Toujours est-il que Paulette est revenue. Pour s’occuper de lui, et des deux petites filles. Elle est restée, s’en est occupée comme de ses propres enfants, mais n’a jamais occulté leur maman. Elle faisait faire leur prière aux petites le soir devant sa photo sur la table de chevet, pour lui dire bonsoir et la recommander au Bon Dieu. Elle les a aimées autant qu’elle aimait leur père, d’ailleurs ils se sont remariés. Une nouvelle famille. Et moi qui ai entendu Paulette beaucoup plus tard parler de ses petits-enfants avec tendresse et fierté, je peux vous dire qu’elle était VRAIMENT leur grand-mère.

Ils sont morts tous les deux maintenant, mais j’ai souvent pensé à eux depuis. Différemment. Je me suis souvent demandé si je serais capable d’autant d’amour que Paulette : s’en aller pour que l’homme qu’elle aimait ait droit à un bonheur qu’elle ne pouvait lui donner, et revenir pour aimer à nouveau cet homme, et les enfants d’une autre femme, sa rivale…

Les vieux cousins un peu ridicules ou ennuyeux n’existent plus. Ils sont un homme et une femme avec leurs faiblesses, leurs passions, leurs souffrances et leur amour. Tellement d’amour. Marcel et Paulette, où que vous soyez aujourd’hui, ensemble je pense, je voulais juste vous dire : Total respect.

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