(en complément à un ricochet)

Je rentre de New York. J’y ai passé le réveillon, accueillie chez une amie qui y séjourne quelques mois, ai retrouvé avec bonheur cette ville plus intense que toutes les autres réunies.

Aéroport de Roissy. 7 heures du matin. Un peu défaite, je guette ma valise sur le tapis roulant. J’entends des coups sur la vitre un peu plus loin, auxquels je ne prête pas attention. Il me semble soudain reconnaître mon nom appelé, voilé. Ma fatigue s’envole en apercevant le grand sourire de N. qui tente d’attirer mon attention en faisant le pitre derrière la vitre depuis un moment, au grand amusement des autres voyageurs. Il semble que tout le monde l’avait remarqué, sauf moi. Oh, le bonheur de retrouver ses grands bras chauds…

Dans la voiture, il m’annonce :

- Je t’emmène à la campagne. Il ne faut surtout pas que tu dormes, sinon tu vas être toute décalée. J’ai un programme pour t’occuper.

N. habite un village ravissant à une bonne heure de Paris, en pleine forêt ou presque. Du moins, c’est là qu’il habite quand il accueille sa petite fille le week-end. Le reste du temps, nous habitons chez moi. J’aime beaucoup cet endroit. A l’arrivée, il m’accorde à peine une douche (et quelques câlins, si mes souvenirs sont bons), et nous partons illico au club équestre voisin où il a réservé deux chevaux !

Il faut dire qu’en équitation, j’ai pratiqué vaguement une année, cinq ans auparavant, que je n’ai pas eu l’occasion de continuer, et que je suis donc passablement débutante. Et me voilà, en plein décalage horaire, ne sachant plus très bien comment je m’appelle, en train de galoper à toute berzingue (tressauter lamentablement serait plus juste) dans la forêt de Fontainebleau, à la poursuite de sangliers affolés. Forcément, comme j’ignore absolument comment maîtriser ce foutu canasson, il se contente de suivre le rythme de son copain, que monte N. façon western, très à l'aise, lui… Douze heures auparavant, j’étais dans la Grande Pomme, c’est totalement irréel !...

Je descends de ma monture, un peu zigzagante, et avec des promesses de courbatures redoutables pour les jours d’après, rien que de m’être cramponnée comme une folle pour ne pas tomber de la bête déchainée (si quelqu’un a filmé la scène, il peut faire fortune dans le comique à mon avis). Je supplie N. de me laisser dormir un peu, rien qu’un peu. Il est inflexible.

Il va ainsi s’efforcer de m’occuper jusqu’au soir, délicieusement et drôlement, trouvant toujours une activité, une ballade, une course, une recette de cuisine (est-ce que nous n'avions pas fait des crêpes ?), une histoire contée, un câlin tendre, pour me détourner du sommeil. C’est de ma faute aussi : c’est moi qui lui avait confié que lors de mon séjour précédent aux Etats-Unis, j’avais commis la bêtise de me coucher en rentrant et que j’avais donc mis plusieurs jours avant de retrouver le rythme français.

Le soir, je me souviens d’un feu de cheminée crépitant et odorant, d’un dîner amoureux et rieur, de vin parfumé dans des grands verres, et qu’enfin j’avais eu le droit de me laisser glisser dans le monde des rêves, lovée à ses côtés. Je ne crois pas m’être endormie un autre jour de ma vie avec autant de bonheur et de soulagement et au soir d’une plus jolie épopée.