C’est le premier week-end depuis quelques semaines où je ne « travaille » pas. (Oui, je mets entre guillemets parce que je sais bien que pour certains la majorité d’entre vous, passer un dimanche à San Sebastian, même à courir partout, n’est pas VRAIMENT travailler, mais je promets, juré craché, que si ! Enfin bon, je n’espère pas non plus apitoyer qui que ce soit sur mon sort…).

Ce matin au réveil, surprise de cette « vacance » inattendue, je me suis demandé si je ne devais pas en profiter pour aller au bureau, travailler tranquillement sur quelques dossiers en souffrance. Parce que je suis monopolisée – et ce jusqu’à la mi-novembre – par quelques américains que ma boîte accueille à Paris pour diverses collaborations et dont nous devons nous occuper (materner) quasiment à plein temps. Du coup, j’ai moins de temps pour m’occuper du « courant », il m’arrive donc souvent d’être au bureau aux aurores, ou tard le soir, ou le week-end, pour être un tant soit peu à jour. Et je me demande dans quelle mesure cela ne m’arrange pas. Pas le temps de me préoccuper de quoi que ce soit d’autre, moi la championne du monde de l'entretien des tourments habituels...

Aujourd’hui, une nouvelle rencontre était prévue avec mes amerlocks (fort sympathiques au demeurant), et puis ils ont dit qu’ils allaient se débrouiller seuls – je les soupçonne d’avoir un programme shopping et cabarets - alors me voilà en permission, un week-end tout à moi. Je peux recommencer à penser. A autre chose, je veux dire…

Parce que depuis quelques semaines, toutes mes pensées, toutes mes préoccupations sont tournées vers le boulot. Je me réveille la nuit, inquiète de telle ou telle chose oubliée ou pas encore bouclée, et le petit bloc au pied de mon lit est orné le matin non du récit de mes rêves ou d’un projet de billet à écrire né au cœur d’un demi-sommeil, mais d’une liste d’instructions toutes liées au travail : appeler Machin et Truc, penser à louer tel matériel pour la conférence, relancer l’imprimeur qui traîne, faire un virement pour payer telle facture en dollars…etc… Notre assistante, qui perd tous ses moyens dès qu’on lui donne plus d’une information à la fois, est actuellement au bord de la crise de nerfs de façon quasi-permanente et panique tellement qu’elle enchaine bourde sur oubli avec une belle constance, alors je ne lui demande plus RIEN, ce qui n’arrange pas mon emploi du temps, et m’oblige à deux fois plus de vigilance et de soucis, il faut bien le dire.

Cela faisait longtemps que je m’étais retrouvée dans cette situation : travailler à flux tendu, sans un instant de relâchement. Et dans mon métro bi-quotidien, je ne dors ni ne lis, je fais mes exercices ou j’apprends mes conjugaisons espagnoles, pour filer à mes cours du midi qui ne me laissent plus le temps de manger (je vais devenir mince et trilingue en même temps, c’est tout bénéf’).

Et j’ai du mal à décrocher, à penser à autre chose sur mon temps libre : je faisais des listes mentales de trucs à régler, tout à l’heure en soulevant la fonte de mon cours de pump, loupant un temps sur deux ; je reviens en arrière sans arrêt quand je regarde un DVD car je décroche facilement du cours de l’histoire, mon esprit vagabondant vers le bureau et le dossier Bidule. Et même l’autre soir où j’ai fait une incursion fugitive au Paris-Carnet, je m’étais jurée de ne rester que le temps de dire bonjour et de prendre un bière. Et j’ai filé comme une voleuse, répondant aux injonctions de mon Gemini Criquet personnel dont la voix grinçante et sévère m’exhortait intérieurement à aller fissa me coucher en n’oubliant pas de mettre mon réveil à sonner à 6h00 le lendemain matin. Peut-être même suis-je partie fort abruptement, sans même marquer vraiment le plaisir que j’avais à retrouver mes compagnons de table. J’espère qu’ils ne m’en tiendront pas rigueur…

Heureusement que même le boulot m’entraîne vers des lieux où je peux croiser des comparses blogueurs, comme hier soir où nous emmenions nos invités US voir « Three atmospheric studies » de William Forsythe à Chaillot. J’ai croisé à l’entracte, alors que j’emmenais l’un d’entre eux admirer la Tour Eiffel illuminée au « foyer » de Chaillot, deux blogueurs de ma connaissance en goguette, même que ça m’a fait tout drôle de m’entendre appeler Traou dans ce contexte. Je crois que nous étions aussi perplexes les uns que les autres après la première partie du spectacle, constituée de deux « studies » inégales et un rien grotesque pour la deuxième. En revanche, la dernière partie, violente et belle, m’a fascinée (même si je dérapais encore à faire des listes dans ma tête, et même griffonnées sur des bouts de papier, pendant le spectacle… on ne se refait pas)

Demain, si ça se trouve, je vais me consacrer un peu à la lecture des blogs que je survole plus qu'autre chose en ce moment. J'y capte quand même de loin des bribes de vie, quelques rires, angoisses ou larmes. Un ou deux règlements de comptes, des brouilles durables ou passagères. Des frissons d'émotion, une envie de faire connaissance, des agacements. Il y a des concours qui fleurissent auxquels je regrette de ne pas participer, et d'autres dont j'apprends in extremis que je fais partie du jury (!). Ça me manque un peu tout ça. Vivement la quille, que je puisse quand même fêter un peu mes un an de blog !