Femme de pierre et de mousse

Femme de pierre et de mousse
Hiératique et paisible
Pierre tendre offerte au vent

Je sais tes pleurs invisibles
Solitaires et silencieux
Et ce que ton regard lointain
Compte de regrets de ce qui n’a pas été

Femme de pierre et de mousse
J’entends tes fêlures de soleil et de glace
Fragile squelette dessiné de ton corps roc

Moussue et froide au regard
Qui sait ce qui bouillonne en toi
Condamnée au maintien d’une pose fière
Sous peine d’effritement, sous peine d’éclater

Femme de pierre et de mousse
Belle, pour combien de temps encore
Emoi des regards, bientôt oubliée

Je pense à toi quand le soir tombe, solitaire
Nocturne où ta mousse frissonne
Sans que rien n'esquisse ton réchauffement

Femme de pierre et de mousse
Si semblables nous sommes
Quand le cœur se serre, pierre
Quand le temps paraît arrêté

Contours découpés sur le ciel
Clair avoué, sombre caché
Parfois deviné, parfois murmuré

Femme de pierre et de mousse
Ton nom en est recouvert
Dans ce grand cimetière
Je ne peux te nommer

Alors quelques mots volent
Pour t’accompagner
Là où tu rêves peut-être
D’échapper à l’éternité

Femme de pierre et de mousse

Père Lachaise - avril 2006